Chaque été, le même scénario se répète : quelques semaines de canicule et la haie de thuyas vire au roux. Des plaques brunes apparaissent, d’abord en bas, puis la décoloration grimpe, inexorable. Le stress hydrique représente la principale cause du brunissement des thuyas, qu’il s’agisse d’un excès d’eau ou d’un manque d’eau prolongé. Et le plus cruel dans l’histoire ? Le thuya ne fait pas de nouvelles pousses sur le vieux bois. Si vous taillez plus loin que la dernière petite feuille verte, la branche est condamnée, c’est l’erreur classique du jardinier qui veut réduire drastiquement le volume de sa haie et se retrouve avec un mur de bois mort.
À retenir
- Les thuyas ne sont pas faits pour être des haies compactes et s’effondrent dès que l’été devient chaud
- Une fois qu’une haie de thuyas est atteinte de phytophthora, traiter c’est jeter l’argent par les fenêtres
- Trois espèces surpassent le thuya en tous points : l’Elaeagnus, le Photinia et le laurier-tin
Un conifère conçu pour être un arbre de 20 mètres, pas un mur de jardin
Les haies de thuyas se sont multipliées dans les années 1980 et 1990. Ce conifère présente l’avantage de rester vert toute l’année, ce qui est bien pratique pour conserver son intimité. Mais ce choix pratique cache un problème structurel que peu de jardiniers mesurent vraiment. À l’état naturel, ce sont des plantes très volumineuses, des arbres de 20 mètres de haut. Ils ne supportent pas d’être plantés les uns à côté des autres comme on le fait dans nos jardins pour créer des haies compactes.
Les espèces de Thuja occidentalis, comme le Thuya Brabant et le Thuya Smaragd, les plus plantées en France — ont des racines plutôt superficielles et ne peuvent pas survivre un été très chaud et sec sans eau supplémentaire. C’est précisément la variété que 9 propriétaires sur 10 ont dans leur jardin. Les résineux rendent également le sol trop acide pour que d’autres espèces poussent à leurs pieds. Résultat : sous la haie, la terre s’appauvrit, se compacte, et la plante s’affaiblit progressivement, ouvrant la porte aux attaques.
Le bupreste du thuya, un coléoptère, pond ses œufs dans l’écorce. Les larves creusent des galeries dans le bois et provoquent la mort des branches situées au-dessus de leurs dégâts. Ce ravageur profite précisément des plants stressés par la chaleur. Les maladies fongiques comme le Phytophthora cinnamomi attaquent les racines du thuya et provoquent un dépérissement rapide, tandis que les ravageurs comme les araignées rouges et les buprestes fragilisent la santé des thuyas. Une haie de thuyas sous canicule, c’est littéralement un buffet à ciel ouvert pour les parasites.
Quand faut-il vraiment tirer le rideau sur sa haie ?
Si des branches entières sèchent en partant du bas et qu’elles sont cassantes comme du bois mort jusqu’au tronc, il n’y a plus de sève. Il n’y a plus d’espoir. La décision la plus sage, c’est d’arracher pour repartir à zéro. Pas de sentimentalisme : traiter une haie de thuyas phytophthora, c’est jeter de l’argent par les fenêtres. Vous trouverez peu de paysagistes qui conseillent de traiter les thuyas car avec l’expérience du métier, on a vu que cela ne marche pas.
Un détail que peu anticipent au moment de l’arrachage : s’il s’agit du phytophthora, ses oospores sont capables de rester en dormance dans le sol au moins 3 ans. Il est donc fortement déconseillé de replanter un thuya ou toute autre plante sensible à ce champignon au même emplacement. même le sol est à traiter comme un terrain compromis. C’est aussi l’occasion rêvée de ne pas reproduire la même erreur.
Les espèces qui tiennent vraiment quand le mercure s’emballe
Avec les canicules répétées et les restrictions d’eau, la haie de thuyas commence clairement à montrer ses limites. Les architectes paysagistes jugent le thuya mal armé face au stress hydrique. Trois alternatives sortent du lot, complémentaires dans leur esthétique et redoutables dans leur résistance.
L’Elaeagnus ebbingei (le chalef) est probablement le champion toutes catégories. Une fine cuticule cireuse sur ses feuilles limite l’évaporation de l’eau, ce qui lui permet de rester vert en plein été sans arrosages constants. Cet arbuste résiste au vent et pousse même en sol pauvre. Argenté, dense, parfumé en automne, il joue la carte de la discrétion avec brio.
Le Photinia ‘Red Robin’ apporte lui la couleur que le thuya n’a jamais su offrir. Persistant, le photinia fait toujours son effet avec son feuillage rouge et vert. L’arbuste est très fourni, parfait pour obtenir une haie touffue et donc très occultante. Une taille légère en fin de printemps relance une nouvelle vague de pousses rouge vif à l’automne, spectacle garanti sans effort.
Le laurier-tin (Viburnum tinus), enfin, joue dans la catégorie des plantes quatre-saisons. Laurier-tin fleurit en plein hiver, quand le jardin est tout triste. Robuste et facile à vivre. Il montre une bien meilleure résistance en sol sec, sans arrosage excessif une fois son système racinaire établi.
Pour ceux qui cherchent une touche plus printanière, le céanothe mise sur un nuage de fleurs bleu intense en avril-mai, très apprécié des pollinisateurs, puis vit tranquillement avec très peu d’arrosage une fois installé. Et l’oranger du Mexique (Choisya ternata) s’est bien acclimaté à nos contrées : une fois bien installé, il est capable de résister à des gelées de l’ordre de -15°C, mais aussi aux sécheresses estivales.
La stratégie de plantation qui change tout
Une haie composée d’une seule variété, c’est l’assurance que si un pied tombe malade, toute la ligne risque de suivre. C’est exactement ce qui s’est passé avec vos thuyas. Remplacer une haie de thuyas par une haie de lauriers ou de photinias, c’est juste déplacer le problème. La clé d’une haie qui dure, c’est la diversité, on parle de haie mixte ou de haie champêtre.
Les paysagistes conseillent d’alterner laurier-tin, Elaeagnus et Photinia tous les 80 cm, en quinconce. Cette disposition garantit une couverture dense dès la deuxième année. Côté économies, les chiffres sont éloquents : une haie mixte de remplacement peut réduire l’arrosage de 50 % à 70 %.
La meilleure période pour planter, c’est l’automne. La terre est encore chaude et les pluies à venir feront le gros du travail d’arrosage. Les racines auront tout l’hiver pour bien s’installer. Si vous manquez la fenêtre d’automne, plantez avant fin mars pour que les racines s’établissent avant les premières chaleurs. Arrosez bien la première année, puis paillez le pied avec du BRF, ce bois raméal fragmenté qui retient l’humidité. Ensuite, vous oubliez presque l’arrosoir. Ce n’est pas une promesse de catalogue : c’est simplement ce qui arrive quand on choisit les bonnes espèces au bon endroit.
Un dernier point souvent négligé : les thuyas ne sont pas originaires de nos régions et n’apportent aucune source de nourriture à la faune locale. Une haie mixte d’Elaeagnus, de laurier-tin et de photinia attire les pollinisateurs, nourrit les oiseaux, et régule naturellement les nuisibles. Le jardin ne devient pas seulement plus résistant, il devient enfin vivant.
Sources : jardinerfacile.fr | astucesdegrandmere.net