Chaque été, le même rituel se répète dans les jardineries françaises : des milliers de pots de citronnelle partent à la caisse, glissés dans des chariots déjà chargés de géraniums classiques et de tomates cerises. La promesse est séduisante, un écran vert et naturel contre les moustiques. La réalité, bien moins romantique, est que ces plants posés en terrasse ne repoussent quasiment rien. Voici ce que la science et les paysagistes disent vraiment.
À retenir
- Les plants de citronnelle immobiles ne libèrent pas assez de composés volatiles pour repousser les moustiques
- Une confusion courante : le géranium citronnelle classique n’a aucun effet répulsif contrairement aux variétés odorantes spécifiques
- Le Pelargonium graveolens offre une protection réelle à condition d’être planté stratégiquement et d’être frôlé régulièrement
La citronnelle en pot : une belle plante, un mauvais répulsif
La confusion majeure tient à la distinction entre la plante vivante (Cymbopogon citratus) et l’huile essentielle extraite de ses tiges fraîches. L’huile concentre massivement des principes actifs comme le géraniol et le citronellal, qui perturbent le système olfactif des moustiques lorsqu’ils flottent fortement dans l’air. Or un pot immobile sur votre table de jardin, lui, ne diffuse pratiquement rien.
Les composés volatils de la plante ne sont pas libérés en quantité suffisante sauf si les feuilles sont régulièrement froissées, une action que l’on oublie souvent de réaliser pendant les repas en extérieur. pour que votre citronnelle « fonctionne », il faudrait froisser ses feuilles toutes les dix minutes, ce qui est précisément ce que personne ne fait. Dans des conditions météorologiques calmes ou sous le vent, ces substances volatiles sont rapidement dissipées dans l’air, réduisant leur portée à 2 ou 3 mètres autour de la plante.
Ce constat est confirmé par les études elles-mêmes. Certains en ont conclu que la plante de citronnelle serait assez odorante pour tenir les moustiques loin de la terrasse, mais il n’existe pas d’étude pour appuyer cette prétention sur la plante. Les recherches ont plutôt porté sur la citronnelle sous forme d’huile essentielle. Et la plupart de ces études présentent une limite : elles ont été menées en laboratoire, où l’utilisateur ne transpire pas. Difficile, donc, de transposer ces résultats à une soirée barbecue sous 28°C.
Que Choisir est encore plus direct dans son guide d’achat. À l’exception du citriodiol et de l’huile de citronnelle de Java, il faut renoncer à tous les produits naturels à base d’autres plantes ou parfumés à la citronnelle : ils ne protègent pas. Les modèles de plaquettes longue durée vendues à la citronnelle ? Leur efficacité est très faible.
Le vrai problème : confondre le nom et la chose
Le « géranium citronnelle » est une plante très populaire sur les balcons, souvent présentée comme une solution simple pour éloigner les moustiques. Derrière ce nom courant se cachent surtout des variétés de pélargoniums au parfum citronné, appréciées autant pour leur feuillage que pour leur odeur fraîche. Mais là encore, toutes les variétés ne se valent pas.
On parle souvent de « géranium » alors qu’il s’agit le plus souvent de pélargonium odorant : Pelargonium graveolens et proches. Ce détail n’est pas qu’une histoire de botanique : certaines variétés sentent très peu, d’autres beaucoup, et toutes n’ont pas la même intensité aromatique. Acheter le premier pot étiqueté « anti-moustique » sans vérifier l’espèce, c’est souvent repartir avec un géranium zonal classique — jolies fleurs, zéro effet répulsif. Les géraniums zonaux classiques sont décoratifs mais peu répulsifs.
Si votre objectif est l’effet répulsif, le critère le plus simple reste le nez : choisissez un plant dont les feuilles libèrent une odeur citronnée marquée au froissement. Règle simple à retenir : sans parfum net au toucher, pas d’intérêt « anti-moustique » notable.
La plante qui fonctionne vraiment : le pélargonium odorant
Le secret est là, à portée de main dans les rayons, souvent moins mis en avant que son célèbre cousin. Le Pelargonium citronellum, communément appelé géranium citronnelle, constitue la variété de référence en matière de répulsion naturelle. Son feuillage dense dégage un parfum citronné particulièrement intense. Plus intéressant encore côté usage pratique : le Pelargonium graveolens, ou géranium rosat, originaire d’Afrique du Sud, produit une huile essentielle riche en citronellol et géranial. Ces composés volatils ne se libèrent pas par la fleur, mais lorsque ses feuilles veloutées sont froissées.
Le secret répulsif réside dans ses huiles essentielles concentrées dans le feuillage. Ces composés volatils, principalement le géraniol et le citronellol, créent une barrière olfactive que les moustiques ne supportent pas. Là où la citronnelle en pot se contente d’une vague odeur d’ambiance, les molécules parfumées masquent les odeurs corporelles humaines qui attirent normalement les moustiques vers leurs victimes. Cette barrière olfactive perturbe les récepteurs sensoriels des moustiques, les empêchant de localiser précisément leur cible.
La preuve par les chiffres : un essai pilote randomisé et contrôlé en situation réelle au Népal, sur un mois, sur une centaine de personnes, a montré une efficacité de protection de l’huile essentielle allant jusqu’à 96,5%. Aucune irritation sévère n’a été enregistrée auprès des participants. Bien sûr, il s’agit ici de l’huile extraite, pas directement de la plante. Mais la logique de fond est la même : les molécules actives existent et agissent, à condition d’être présentes en concentration suffisante dans l’air ambiant.
Une plante en pot, posée près d’une table, peut contribuer à gêner l’approche de certains moustiques, surtout dans un petit espace peu ventilé. En revanche, en plein jardin ou quand il y a du vent, la diffusion est rapidement diluée. Le géranium citronnelle reste donc un allié d’ambiance, intéressant en complément, mais rarement suffisant à lui seul en période de forte présence de moustiques. Honnêteté bienvenue.
Bien planter pour que ça serve vraiment
Plusieurs pots valent mieux qu’un seul. Sur une terrasse, l’idéal est d’installer plusieurs pots autour d’une zone de passage, table, salon de jardin, entrée. Un seul pot isolé a peu de chances de peser face à une soirée d’été. La densité prime sur la taille.
La plupart des plantes répulsives ne libèrent leurs huiles essentielles que si on les froisse ou si on les taille. Un plant de lavande immobile dans un coin n’empêchera jamais un moustique de passer. L’astuce professionnelle : installez vos plantes odorantes dans des zones de passage ou dans des jardinières à hauteur de main. Le simple fait de les frôler en s’asseyant activera leur pouvoir protecteur.
La lavande, la citronnelle, la mélisse et le basilic complètent parfaitement le géranium odorant. Chacune de ces plantes cible des espèces particulières de moustiques, créant ainsi une barrière végétale plus complète. Le souci (Calendula officinalis) mérite également une mention : il agit comme un véritable bouclier face aux moustiques, car cette plante contient de la pyréthrine, un élément utilisé dans la composition des produits anti-moustiques vendus dans le commerce.
Un dernier point, souvent sous-estimé : aucune plante ne remplace les mesures de base contre les moustiques, supprimer l’eau stagnante, protéger les ouvertures. Les moustiques sont attirés par plusieurs signaux : CO₂ expiré, chaleur corporelle, odeurs cutanées. Une plante odorante ne neutralise pas ces facteurs. Saviez-vous que certaines plantes « déco » sont des nids à moustiques ? Les soucoupes cachées sous les pots avec des hortensias ou d’autres plantes assoiffées sont de véritables nurseries à larves. Votre jardinière anti-moustique qui pond des larves sous ses godets, il fallait y penser.
Sources : flam-energie.fr | interflora.fr