Le conseil est tombé un soir au potager, entre deux rangs de salades. Un jardinier de la vieille école, la main dans la terre depuis quarante ans, a regardé les plants de tomates fraîchement repiqués bien droits et a simplement dit : « Couche-les dans le trou. » Depuis ce jour-là, rien n’est plus pareil à la plantation.
À retenir
- La tige enfouie génère des racines adventives qui multiplient par 3 la surface d’absorption
- Les plants « filés » (trop hauts et fragiles) deviennent soudain vigoureux avec cette méthode
- Le paillis sur la tranchée peut réduire les besoins en arrosage de 30 à 40 %
Une biologie que presque personne n’exploite
Contrairement à la plupart des légumes du potager, la tomate possède une capacité biologique rare : chaque portion de tige enfouie dans la terre développe des racines adventives. Ce ne sont pas de simples poils. Ces poils peuvent se transformer en racines dès qu’ils sont en contact avec la terre humide. Quand vous enterrez une grande partie de la tige, vous créez en fait un deuxième système racinaire : le plant ne se nourrit plus seulement par les racines du bas, mais aussi par toute cette partie de tige cachée.
Un plant couché développe un réseau racinaire deux à trois fois plus étendu qu’un plant planté verticalement. Ce réseau accède à davantage de nutriments et puise l’eau dans des couches de sol plus profondes, ce qui confère à la plante une résistance accrue aux périodes de sécheresse. Un plant de 25 cm placé en tranchée offre 20 à 22 cm de tige en contact direct avec la terre, générant un filet racinaire étalé horizontalement sous le sol. La différence avec une plantation classique, c’est celle entre un appartement studio et une maison avec jardin, la plante dispose d’un espace de vie autrement plus grand.
Cette méthode convient particulièrement bien aux plants qui ont « filé », c’est-à-dire qui ont poussé en hauteur de manière excessive par manque de lumière. Plutôt que de planter un plant trop long et fragile, on l’enterre en partie, ce qui le renforce considérablement. Ces plants élancés et un peu chétifs qu’on obtient parfois sur le rebord d’une fenêtre, ceux qu’on hésite à sortir en pleine terre, sont en réalité les meilleurs candidats pour cette technique.
Ce que ça change concrètement au potager
En période de canicule, la zone racinaire étendue puise l’humidité dans un volume de sol plus grand. Les variations thermiques du sol affectent moins un pied enterré qu’une tige verticale exposée. Les feuilles, mieux aérées, offrent moins de prise au mildiou et aux maladies cryptogamiques. Le mildiou, ce fléau qui peut anéantir une récolte entière en quelques jours humides, trouve moins de terrain favorable quand le feuillage respire correctement.
Plus il y a de racines, plus la tomate pourra absorber de nutriments et d’eau. Les racines supplémentaires créent également un ancrage plus solide dans le sol, aidant la plante à rester debout sous la pression du vent. Un point rarement mentionné, mais qui change la vie au moment des orages d’été. Appliquer un paillis organique sur la tranchée présente plusieurs avantages : une épaisseur de 5 à 8 cm de paillis de foin, de paille ou de broyat de bois peut réduire les besoins en arrosage de 30 à 40 %. Moins d’eau à apporter, moins de temps passé à arroser, c’est aussi ça, jardiner intelligemment.
Après un premier apport généreux d’eau, il est conseillé de suspendre l’arrosage pendant quelques jours. Ce léger stress hydrique oblige les racines à s’enfoncer plus profondément pour chercher l’humidité, rendant le plant beaucoup plus autonome face à la sécheresse estivale. Un principe contre-intuitif, mais qui forme des plants endurcie dès le départ.
Le geste pas à pas, sans se tromper
La technique est plus simple qu’elle n’y paraît. Supprimez les feuilles du bas sur les deux tiers de la tige, en laissant la tête, les 8 à 10 cm supérieurs, intacte. Cette étape évite la pourriture des feuilles enfouies et concentre l’énergie de la plante vers le développement racinaire. Ensuite, creusez une tranchée de 10 à 15 cm de profondeur en ligne droite et placez le plant couché, seul le sommet dépassera.
Déposez au fond 1 à 2 litres de compost bien mûr par plant : cela nourrit directement les nouvelles racines. On peut aussi ajouter quelques orties fraîches hachées pour l’azote, une cuillère de cendre tamisée pour le potassium. Allongez ensuite le plant dans la tranchée, la partie émondée sous la terre, et remontez la pointe de la tige à la verticale au bout de la tranchée, formant une sorte de L.
Installez le tuteur le jour même, avant que les racines adventives ne s’installent. En quelques jours, le sommet se redresse spontanément vers la lumière par phototropisme, ce réflexe naturel fait tout le travail. Pas besoin d’intervenir, de redresser manuellement ou de s’inquiéter. La biologie prend le relais.
Les deux cas où cette méthode ne s’applique pas
Cette méthode ne s’applique pas aux plants greffés : le point de greffe doit rester au-dessus du sol, sous peine de perdre tous les bénéfices du greffage. Si vous avez acheté vos plants en jardinerie avec une petite bosse sur la tige inférieure, c’est le point de greffe, passez votre chemin sur cette technique.
Dans un sol lourd et gorgé d’eau, la tige enterrée risque de pourrir. Les sols lourds ou argileux gardent l’eau trop longtemps. Dans ce cas, réduisez la profondeur de la tranchée ou améliorez le drainage avant de planter. Un apport de compost dans la tranchée aide à alléger la structure et à faciliter le drainage. Les variétés de tomates à croissance indéterminée s’adaptent très bien à cette plantation : Marmande, Andine cornue ou Black Krim, par exemple. Elles ont besoin de temps, d’espace et d’un bon enracinement, et cette méthode leur va bien.
Le climat change. Les étés deviennent plus secs, plus irréguliers, parfois plus violents. Dans ce contexte, chaque petit avantage compte. Avec des étés français de plus en plus marqués par les canicules et les restrictions d’arrosage, avoir des plants capables de puiser seuls l’humidité dans les couches profondes du sol n’est plus un luxe de maraîcher professionnel, c’est une réponse adaptée au jardin d’aujourd’hui.
Source : masculin.com