« Je pensais que les figues tombées faisaient plaisir aux oiseaux » : pourquoi les frelons tournent à hauteur de visage sous l’arbre en septembre

Les figues tombées au sol ne sont pas un buffet pour les merles ou les rougegorges. C’est une usine à fermentation qui carbure au sucre, et ce sucre, ce sont les frelons qui en raffolent en cette saison. Si un nuage d’insectes tourne à hauteur de visage sous le figuier depuis quelques jours, la cause n’a rien de mystérieux : la chair éclatée des fruits mûrs dégage une odeur de fermentation qui agit comme un aimant sur ces prédateurs, bien plus efficace que n’importe quel appât fabriqué par l’homme.

À retenir

  • Les frelons changent radicalement de régime alimentaire entre l’été et l’automne
  • La fermentation des fruits mûrs crée une odeur irrésistible pour ces insectes
  • Des gestes simples suffisent à détourner cette attraction sans déclencher d’attaques

Un changement de régime alimentaire brutal en fin d’été

Le comportement du frelon asiatique n’est pas constant sur l’année, et c’est justement ce basculement saisonnier qui explique la scène du jardin en septembre. Le frelon asiatique n’a pas le même comportement toute l’année. Au printemps, il cherche surtout des protéines pour nourrir les larves. Les colonies chassent alors activement des insectes, parfois des abeilles, pour engraisser le nid.

Puis le calendrier bascule. À la fin de l’été, tout change : les adultes ont besoin de sucre, rapidement et en grande quantité. Un figuier chargé de fruits qui éclatent devient alors une aubaine énergétique difficile à ignorer pour l’insecte, qui privilégie les ressources faciles d’accès. C’est aussi la période où entre juillet et octobre, lorsque les colonies atteignent leur pic d’activité, les frelons cherchent du sucre pour nourrir les adultes, et les figues ouvertes ou légèrement fermentées deviennent alors un véritable festin. Le vol stationnaire à hauteur d’homme n’est donc pas de l’agressivité gratuite : ce sont des ouvrières qui patrouillent méthodiquement la zone où l’odeur sucrée est la plus concentrée, avant de se poser sur un fruit percé pour en aspirer le jus.

Pourquoi le figuier reste la cible numéro un

Tous les arbres fruitiers ne se valent pas aux yeux d’un frelon affamé de glucose. Les frelons asiatiques sont particulièrement attirés par les fruits très mûrs et riches en sucre, et les figues, avec leur peau fine et leur chair sucrée, représentent pour eux une véritable source d’énergie. La texture joue un rôle décisif : une peau qui craque au moindre choc libère instantanément la pulpe, contrairement à une pomme plus résistante.

Ce n’est pourtant pas une exclusivité du figuier. L’attirance n’est pas réservée aux figuiers : les pommiers, les poiriers, les pruniers figurent aussi parmi les arbres prisés, tout comme certains fruits à peau fine et juteuse comme les raisins, les pêches ou les abricots, que les frelons percent pour atteindre la pulpe. Les cerises et les prunes suivent la même logique de vulnérabilité : le cerisier voit ses petits fruits se fissurer rapidement sous la chaleur et fermenter vite, tandis que les prunes trop mûres ou tombées au sol dégagent une forte odeur sucrée.

Le mécanisme d’attraction, lui, ne dépend pas de l’espèce mais de l’état du fruit. Le point commun est simple : plus le fruit est mûr, abîmé ou tombé, plus il attire. Une fois la manne repérée, la colonie ne l’oublie pas facilement, car une fois la source repérée, les insectes mémorisent l’endroit et reviennent régulièrement, ce qui explique pourquoi certains vergers familiaux deviennent de véritables haltes gastronomiques pour ces insectes. Voilà pourquoi le même figuier, année après année, devient le rendez-vous incontournable de la colonie du quartier alors que le poirier voisin reste relativement tranquille.

Réduire l’attraction sans déclarer la guerre au jardin

Aucune méthode ne fera disparaître les frelons d’un secteur où poussent des fruitiers, mais plusieurs gestes simples cassent nettement l’effet aimant. Le plus efficace reste le ramassage régulier : ramasser chaque jour les fruits tombés, surtout dès la mi-août, coupe l’odeur de fermentation qui attire ces insectes, et récolter les fruits mûrs avant qu’ils ne s’abîment est aussi très utile. Cinq minutes de collecte quotidienne suffisent souvent à désamorcer la situation avant qu’elle ne s’installe.

Pour les fruits encore sur l’arbre, une protection physique change la donne : ensacher les fruits en maturation, avec des sacs en papier ou en filets, protège physiquement les figues ou les prunes. C’est particulièrement pertinent sur un figuier isolé, où quelques dizaines de sachets suffisent à préserver l’essentiel de la récolte.

Concernant les pièges, la localisation compte autant que le produit utilisé à l’intérieur : il faut les placer à 10 à 20 mètres des arbres fruitiers pour détourner les frelons d’un point de ravitaillement, en gardant à l’esprit que des pièges mal positionnés peuvent capturer d’autres insectes utiles. Un piège collé contre le tronc ne fait qu’ajouter une source d’odeur sucrée supplémentaire à côté du buffet déjà installé, sans détourner grand monde.

Un risque réel, mais souvent surestimé

La présence massive de frelons autour d’un arbre inquiète, à raison, mais elle ne signifie pas un danger disproportionné. Les autorités sanitaires françaises sont claires sur ce point : le frelon asiatique n’est pas réglementé par le ministère de la santé au titre des espèces nuisibles pour la santé humaine, car il s’avère, au regard des données des centres antipoisons, que l’espèce ne présente pas de danger supérieur par rapport aux autres hyménoptères comme les guêpes ou le frelon européen. Le pic d’activité de fin d’été correspond d’ailleurs à la fin naturelle du cycle : les attaques devraient se calmer au fur et à mesure du mois de septembre, avec la mort des frelons ouvrières.

Reste un point que peu de jardiniers anticipent : un frelon occupé à percer une figue est nettement moins réactif qu’un frelon dérangé près de son nid, car son attention est entièrement absorbée par la recherche de sucre. Approcher calmement, sans geste brusque ni odeur corporelle sucrée (parfum, boisson sirupeuse à la main), suffit généralement à traverser la zone sans incident. La vraie vigilance à garder pour l’automne concerne moins le figuier que la détection d’un nid actif à proximité, souvent bien plus haut et bien plus discret que le ballet visible sous l’arbre fruitier.

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