Marcotter, c’est faire raciner une tige sans la couper de la plante mère. On la blesse légèrement, on la plaque contre un substrat humide (enterrée au sol, ou enveloppée de mousse pour le marcottage aérien), puis on attend que des racines apparaissent avant de séparer le tout. Comptez quelques semaines à plusieurs mois selon l’espèce, parfois une saison entière pour un arbuste. Le sevrage ne se fait qu’une fois le système racinaire visible et suffisant. L’erreur la plus fréquente ? Couper trop tôt, ou laisser le substrat sécher.
Marcottage : le principe, les délais et la différence avec la bouture
La logique tient en une phrase : la tige continue d’être nourrie par la plante mère pendant qu’elle fabrique ses propres racines. Une bouture détachée vit sur ses réserves et joue sa survie en quelques jours. Une marcotte, elle, dispose d’une alimentation en sève constante. C’est ce filet de sécurité qui explique son taux de réussite élevé, y compris sur des espèces qui boudent la bouture.
Les racines qui se forment sur la tige sont dites adventives : elles naissent là où la plante n’en produit pas d’habitude. Pour les provoquer, deux ingrédients suffisent : une blessure légère (une incision, une entaille, un peu d’écorce retirée) et un contact permanent avec un substrat frais, jamais détrempé. La blessure ralentit la circulation de la sève et concentre les sucres et les hormones de croissance à cet endroit.
Côté calendrier, aucune durée fixe n’est honnête. Un lierre ou une ronce peut émettre des racines en quelques semaines. Une clématite demande souvent plusieurs mois. Un lilas, un hortensia ou un rosier grimpant réclament fréquemment une saison complète, voire douze à dix-huit mois. La température, la saison et la vigueur de la plante pèsent autant que l’espèce.
Quand préférer le marcottage ? Lorsque la bouture donne des résultats capricieux, sur les arbustes à bois dur ou les plantes d’intérieur à tige épaisse. Pour comparer les méthodes, la question faut-il bouturer dans l’eau ou dans la terre ? est traitée dans un guide dédié. Pour les gestes de base, voici comment faire des boutures de plantes, et les deux pages détaillées sur le bouturage dans l’eau et en terre.
Quelle technique de marcottage choisir selon votre plante ?
Cinq techniques se partagent le terrain. Le couchage simple enterre le milieu d’une tige souple. Le serpenteau fait la même chose en plusieurs points, la tige plongeant et ressortant comme un serpent, ce qui donne plusieurs plants d’un seul coup. Le marcottage de pointe enfouit l’extrémité d’une tige. La cépée consiste à butter la base d’un arbuste avec une butte de terre. L’aérien, enfin, amène le substrat jusqu’à la tige plutôt que l’inverse.
| Type de plante | Technique | Période conseillée | Délai indicatif |
|---|---|---|---|
| Grimpante souple (clématite, lierre, rosier grimpant) | Couchage ou serpenteau | Printemps ou fin d’été | Quelques semaines (lierre) à une saison (rosier) |
| Arbuste à tiges souples (forsythia, hortensia, lilas) | Couchage simple | Printemps surtout | 6 à 12 mois, parfois plus |
| Framboisier, ronce | Marcottage de pointe | Été | Quelques semaines à 2 mois |
| Arbuste touffu à base ramifiée (noisetier, groseillier, cognassier) | Cépée, butte de terre | Fin d’hiver, printemps | Une saison, sevrage à l’automne ou l’hiver suivant |
| Plante d’intérieur à tige rigide (ficus, caoutchouc) | Aérien | Printemps et été | 4 à 12 semaines environ |
| Figuier | Couchage d’un rameau souple, ou aérien | Printemps | Plusieurs mois |
Les candidats faciles ? Clématite, forsythia, lierre, ronce et framboisier émettent des racines presque sans y penser. Rosier grimpant, figuier, ficus et caoutchouc demandent un peu plus de soin, mais restent à la portée d’un jardinier appliqué.
À l’inverse, le marcottage est inutile pour les plantes qui se divisent d’un coup de bêche (vivaces en touffe) ou qui forment des stolons, comme le fraisier. Il est déconseillé pour les tiges raides et cassantes, que l’on brise en tentant de les courber, et pour beaucoup de conifères, trop lents à raciner. Sur un rosier greffé, la marcotte peut donner le porte-greffe plutôt que la variété voulue : mieux vaut s’en assurer avant. Enfin, réservez l’aérien aux espèces à tige ligneuse ou épaisse, et renseignez-vous avant d’inciser une plante inconnue.
Réaliser un marcottage : au sol ou en l’air
Le marcottage par couchage, pas à pas
Il vous faut un couteau propre et bien tranchant, un crochet de fixation (un morceau de fil de fer plié en U fait l’affaire), un peu de terreau mélangé à du sable, et éventuellement une pierre. La tige doit être jeune, souple, saine, et assez longue pour toucher le sol sans être tendue. Repérez un nœud (point d’insertion d’une feuille ou d’un bourgeon) situé à 30 à 50 cm de l’extrémité, car les racines naissent plus volontiers à cet endroit.
Retirez les feuilles sur la zone à enterrer. Pratiquez ensuite une entaille oblique d’un à deux centimètres sous le nœud, ou ôtez une fine bande d’écorce. Une poudre ou un gel d’hormone de bouturage peut être appliqué sur la blessure, mais ce n’est pas obligatoire : beaucoup d’espèces s’en passent, et ce sont surtout les arbustes lents qui en tirent profit.
Creusez une petite tranchée d’une dizaine de centimètres de profondeur, ameublie avec du terreau. Couchez-y la partie blessée, en gardant l’extrémité de la tige dressée hors de terre sur 15 à 20 cm, puis fixez avec le crochet. Rebouchez, tassez doucement, arrosez. Redresser la pointe, au besoin avec un petit tuteur, aide la sève à se concentrer sur la zone enterrée.
Le suivi se résume à un mot : régularité. Le substrat doit rester frais, comme une éponge essorée. Un paillage de quelques centimètres limite l’évaporation en été. Ne déterrez pas toutes les semaines pour contrôler, vous casseriez les jeunes racines. Une reprise de croissance de la pointe est un bon signe.
Le marcottage aérien d’un ficus ou d’un caoutchouc
Quand la tige est trop rigide pour être couchée, on apporte le sol à la tige. Choisissez une branche saine, de la grosseur d’un crayon ou plus, à quelques dizaines de centimètres du sommet. Faites une incision en biais, ou ôtez un anneau d’écorce d’un à deux centimètres de large. Un ficus ou un caoutchouc laissent alors s’écouler un latex collant : essuyez-le avec un chiffon et portez des gants, il irrite la peau. Glissez une allumette ou un petit morceau de plastique dans l’incision pour l’empêcher de se refermer.
Enveloppez ensuite la blessure d’une poignée de mousse de sphaigne, préalablement trempée puis essorée à la main : elle doit être humide sans goutter. Recouvrez d’un film plastique transparent, fermé en haut et en bas avec de la ficelle, de façon à former un manchon étanche. La transparence permet de surveiller l’apparition des racines. Si la branche est lourde, soutenez-la avec un tuteur.
Contrôlez l’humidité tous les quinze jours en pressant le manchon. S’il se dessèche, injectez un peu d’eau avec une seringue. Les premières racines blanches apparaissent souvent entre quatre et huit semaines, parfois plus si la pièce est fraîche. Attendez qu’elles remplissent bien la mousse avant de sevrer.
Calendrier, sevrage et première année de la marcotte
En extérieur, deux fenêtres s’ouvrent : le printemps, quand la sève redémarre, et la fin d’été, une fois la chaleur la plus vive passée. Dans les régions froides (Alsace, Massif central, montagne), le printemps reste le choix prudent, car une marcotte à peine racinée résiste mal aux premières gelées. En intérieur, le marcottage aérien se fait en pleine croissance, du printemps à l’été.
Pour décider du sevrage, fiez-vous à trois signes. D’abord, des racines visibles et ramifiées : sur un aérien, elles se voient à travers le film ; au sol, on dégage délicatement la terre en bout de zone. Ensuite, la résistance à la traction douce : en tirant très légèrement sur la tige, vous sentez qu’elle tient. Enfin, la reprise de croissance : nouvelle feuille ou nouveau bourgeon sur la pointe. Si un seul de ces signes manque, patientez. Pour une marcotte de plein air d’un arbuste, attendez au moins une saison.
Une astuce limite le choc : entaillez à moitié la tige de liaison deux à trois semaines avant la coupe finale.
Sectionnez ensuite sous les racines avec un sécateur propre, puis plantez sans attendre. Pour une plante d’intérieur, un pot un peu plus grand que la motte et un terreau léger suffisent. Au jardin, préférez l’automne ou le début du printemps pour la mise en place, avec un arrosage régulier la première année. Protégez la jeune plante du soleil direct de l’après-midi, et couvrez le pied d’un paillis avant l’hiver, voire d’un voile dans les zones à gel marqué.
Erreurs à éviter, diagnostic des échecs et questions fréquentes
Trois causes expliquent la plupart des ratés : un substrat qui sèche, une blessure mal faite ou une tige abîmée, et un sevrage précipité. Le tableau ci-dessous permet de poser un diagnostic rapide.
| Symptôme | Cause probable | Correction |
|---|---|---|
| Aucune racine après plusieurs mois | Blessure trop superficielle, substrat sec, température basse | Refaire une entaille légèrement plus nette, vérifier l’humidité, patienter à la bonne saison |
| Tige molle ou noircie à l’endroit enterré | Excès d’eau, pourriture | Déterrer, recouper la partie saine, replacer dans un mélange plus drainant |
| Substrat sec, feuilles flétries | Arrosage insuffisant, absence de paillage | Arroser régulièrement, pailler, recharger la mousse en eau pour un aérien |
| Tige cassée en la courbant | Tige trop âgée ou rigide | Choisir un rameau plus jeune, courber progressivement, ou passer à l’aérien |
| Marcotte qui dépérit après la coupe | Sevrage trop précoce, racines insuffisantes | Sevrer en deux temps, laisser plus de temps, garder la plante à l’abri |
Comment réussir un marcottage ? En choisissant une tige jeune et souple, en la blessant nettement, en gardant le substrat frais et en résistant à l’envie de la couper trop vite. Quelle différence avec la bouture ? La bouture est détachée dès le départ, la marcotte reste alimentée par la plante mère jusqu’au sevrage.
Combien de temps pour qu’une marcotte s’enracine ? De quelques semaines (lierre, ronce, ficus en été) à plus d’un an (lilas, certains arbustes). Quelles plantes marcotter facilement ? Clématite, forsythia, lierre, framboisier, ronce, puis ficus et caoutchouc pour l’intérieur.