Le feijoa : un arbuste fruitier ornemental et rustique pour le jardin

Le feijoa (Acca sellowiana, longtemps classé sous le nom Feijoa sellowiana) est un arbuste persistant d’Amérique du Sud qui supporte des hivers jusqu’à environ -10 °C une fois bien installé, fleurit en mai-juin avec des pétales comestibles et produit à l’automne des fruits verts au goût d’ananas et de fraise. Dans un jardin français, c’est l’un des rares arbustes fruitiers à la fois ornemental, rustique et peu gourmand en entretien.

Originaire du sud du Brésil, de l’Uruguay et du nord de l’Argentine, il doit son nom au naturaliste João da Silva Feijó. Il a été introduit en Europe à la fin du XIXe siècle, notamment sur la Côte d’Azur. Aujourd’hui, on le cultive en Nouvelle-Zélande, où le fruit est devenu un classique de la fin d’été austral.

À retenir
  • Le feijoa supporte environ -8 à -12 °C une fois adulte.
  • Il fleurit en mai-juin avec des pétales comestibles au goût sucré.
  • Un second pied à proximité peut doubler le rendement.

Un feuillage argenté, des fleurs qui se mangent

Le port est buissonnant, dense, et l’arbuste atteint 3 à 4 mètres de haut pour autant de large si on le laisse faire. Les feuilles, ovales et d’un vert sombre luisant dessus, sont blanc argenté dessous. Le contraste, visible dès que le vent les retourne, donne au feuillage un reflet presque métallique.

La floraison est spectaculaire. Quatre pétales charnus, blancs à l’extérieur et pourpres à l’intérieur, entourent une touffe d’étamines rouge vif, le tout sur quelques jours seulement. Les pétales se croquent, avec une saveur sucrée de guimauve, et se glissent dans une salade de fruits ou sur un dessert.

Sa tolérance à la taille en fait un bon candidat pour une haie libre ou taillée.

Planté à 1,5 ou 2 mètres d’intervalle, il forme un écran persistant opaque en quatre à cinq ans, avec en prime des fruits. Peu de haies du commerce peuvent en dire autant. Il supporte aussi le vent marin et les embruns, ce qui le rend précieux sur le littoral atlantique et méditerranéen, où beaucoup d’arbustes ornementaux brûlent.

Planter et soigner : sol, soleil, froid

Le feijoa aime le plein soleil ou la mi-ombre légère, et un sol bien drainé, plutôt neutre à légèrement acide. Il tolère l’argile à condition qu’elle ne retienne pas l’eau en hiver, et un peu de calcaire sans broncher, bien que les fortes teneurs provoquent un jaunissement du feuillage. Le meilleur moment pour planter : l’automne ou le début du printemps, en climat doux.

Côté froid, la rusticité varie selon les variétés et les sujets. Un pied adulte résiste en général entre -8 et -12 °C pour de brèves périodes, mais les jeunes plants et les fruits sont plus fragiles. Dans l’Est ou le Nord de la France, mieux vaut le placer contre un mur sud, avec un paillage épais de 10 cm au pied. Une culture en grand pot, rentré hors gel, reste possible là où les hivers descendent bien en dessous de -12 °C.

Arrosez régulièrement la première année.

Ensuite, l’arbuste se débrouille avec les pluies en climat tempéré, même si une sécheresse prolongée en été fait chuter les fruits avant maturité. En Provence ou dans le Sud-Ouest, un arrosage profond toutes les deux semaines pendant les canicules suffit à sauver la récolte. La fertilisation reste minime : une poignée de compost mûr au printemps.

La taille, légère, se fait après la récolte ou en fin d’hiver. On supprime le bois mort, on aère le centre et on raccourcit les branches trop longues. Attention : les fleurs naissent sur le bois de l’année précédente et de l’année en cours, donc une taille drastique prive de fruits la saison suivante.

Fruits : pollinisation, variétés et récolte

Beaucoup de jardiniers plantent un seul pied et s’étonnent de ne rien récolter. Certaines variétés sont dites autofertiles, mais même celles-là fructifient mieux avec un second pied à proximité, car le rendement peut doubler. Les oiseaux, notamment les merles, assurent une partie de la pollinisation en picorant les pétales sucrés, et les abeilles font le reste.

Parmi les variétés disponibles en pépinière, certaines sont sélectionnées pour leurs gros fruits, d’autres pour leur résistance au froid. Les semis, moins chers, donnent des résultats irréguliers et mettent six à huit ans à fructifier, contre deux à trois ans pour un plant greffé ou bouturé. Pour un jardin qui vise la récolte, mieux vaut choisir des plants nommés.

Le fruit, lui, ne se cueille pas.

Il tombe à terre quand il est mûr, d’octobre à décembre selon les régions, et on le ramasse régulièrement. Sa peau reste verte, y compris à maturité, ce qui trompe les débutants. Pour juger du bon moment, on presse légèrement : la chair doit céder comme celle d’une poire bien mûre. Coupé en deux, il se mange à la cuillère, la peau étant plus acide et un peu astringente, même si certains la mangent aussi.

La chair est riche en vitamine C, en fibres et en iode, un minéral rare dans les fruits : le feijoa en contient davantage que la plupart des autres fruits du verger. Il se conserve quelques jours à température ambiante et jusqu’à deux semaines au réfrigérateur. En compote, en confiture, en sorbet ou en chutney, il prend un caractère aromatique marqué.

Maladies, ravageurs et limites

Le feijoa est très peu sujet aux maladies sous nos latitudes. Les cochenilles peuvent s’installer sur les jeunes rameaux, et la mouche méditerranéenne des fruits, la cératite, peut piquer les fruits en zone chaude. Les premiers symptômes sont des fruits qui tombent prématurément avec des piqûres visibles.

Principale limite : la croissance est lente au départ. Pendant les deux premières années, le plant ressemble à un petit buisson timide, et la patience doit l’emporter. Autre point à anticiper, la chute des fruits sur une terrasse ou une allée : leur chair, sucrée, tache les dallages clairs et attire les guêpes en fin de saison, donc on plante à l’écart des zones de repas.

En France, il s’est surtout répandu du littoral méditerranéen à la Bretagne, mais des essais réussis existent jusqu’en région parisienne, dans des jardins abrités. Les pépiniéristes spécialisés en fruitiers rares proposent aujourd’hui des plants adaptés à ces zones plus froides, avec des garanties de rusticité à vérifier à l’achat.