Les permaculteurs interdisent à quiconque d’arracher cette plante au potager : quand on sait pourquoi, on regrette

Un jour, un permaculteur débutant arrache des brassées entières d’herbes jugées « envahissantes » dans ses planches de culture. Quelques semaines plus tard, son potager est envahi de pucerons, ses tomates peinent à fleurir, et la vie dans le sol semble s’être ralentie. Ce jardinier ne le savait pas encore, mais il venait de commettre l’une des erreurs classiques de la permaculture : se débarrasser d’une plante sans la connaître.

C’est exactement ce qui arrive à beaucoup : on désherbe à la hâte, sans se demander ce qu’on arrache. Résultat ? Beaucoup d’efforts pour pas grand-chose. Comme Damien Dekarz, permaculteur reconnu, qui s’est rendu compte après coup qu’il venait d’éliminer du mélilot, une légumineuse bisannuelle fixatrice d’azote, excellente plante fourragère, médicinale et très mellifère.

La leçon vaut pour tout propriétaire de potager. Parce que ces « mauvaises herbes » qu’on s’empresse d’arracher, certaines d’entre elles sont des alliées hors pair. Deux plantes surtout méritent qu’on leur laisse une chance : la consoude et l’ortie. Deux végétaux que les permaculteurs protègent avec une conviction qui peut sembler excessive, jusqu’à ce qu’on comprenne pourquoi.

À retenir

  • Certaines « mauvaises herbes » sont en réalité des alliées hors pair que vous ne soupçonniez pas
  • La consoude puise ses racines à 2 mètres sous terre : découvrez ce qu’elle y cherche
  • L’ortie abrite 30 à 40 % de la biodiversité utile de votre jardin, mais presque personne ne le sait

La consoude, cette pompe à nutriments qu’on prend pour une mauvaise herbe

À première vue, la consoude ressemble à une plante banale, un peu envahissante, avec ses grandes feuilles velues qui dépassent entre les rangs de légumes. Réflexe naturel : l’arracher. Mauvaise idée.

Son atout majeur réside sous terre. La consoude possède un système racinaire pivotant et profond, capable de puiser des minéraux et des oligo-éléments dans les couches du sol inaccessibles à la plupart des autres plantes. C’est ce qui en fait une « pompe à nutriments » exceptionnelle, accumulant dans ses feuilles des trésors de fertilité comme le potassium, le calcium, la silice.

Ce système racinaire peut s’étendre jusqu’à 2 mètres sous terre, ce qui est parfait pour aérer le sol. Concrètement, là où vos carottes et vos tomates ne peuvent pas aller chercher de la nourriture, la consoude y va pour elles, puis redépose ces richesses à la surface sous forme de feuilles qui se décomposent.

Riche en potasse (beaucoup plus que l’ortie), en phosphore, en azote et en oligo-éléments, elle constitue un véritable engrais vert et un atout de choix pour la fertilisation naturelle, la santé des plantes et l’accueil des insectes pollinisateurs.

Ses usages au potager sont multiples. Les feuilles de consoude peuvent s’utiliser comme activateur de compost, comme paillage, ou comme engrais naturel. Lors de nouvelles plantations, il suffit de couper quelques feuilles et de les placer au fond du trou de plantation. Avant de planter des pommes de terre, des feuilles de consoude séchées disposées dans le sillon permettraient de produire davantage de tubercules avec jusqu’à 10 jours de précocité en plus.

L’allantoïne contenue dans la consoude favorise floraison et fructification. Et particularité étonnante : la consoude serait la seule plante du règne végétal contenant de la vitamine B12. Un fait qui surprend même les botanistes.

En plus des abeilles, la consoude attire d’autres insectes pollinisateurs comme les bourdons, les papillons ou les syrphes, autant d’insectes qui vont permettre de féconder les fleurs des cultures et d’aider à la bonne fructification des plantations. Un seul pied de consoude bien placé en bordure du potager, et c’est tout un réseau d’auxiliaires qui s’installe.

L’ortie : un hôtel cinq étoiles pour la biodiversité

L’ortie pique. C’est vrai. Mais se priver d’une ortie dans un coin du jardin par crainte de quelques picotements, c’est commettre une erreur écologique majeure.

Les auxiliaires représentent 30 à 40 % de l’ensemble des êtres vivants présents dans un massif d’orties. Trente à quarante pour cent. Pensez-y la prochaine fois que vous envisagez de la déraciner.

L’ortie est la plante hôte exclusive pour les chenilles de magnifiques papillons comme le Paon-du-jour, la Belle-Dame ou le Vulcain. Elle abrite également une grande quantité de pucerons spécifiques qui n’attaquent pas les plantes du potager, mais qui servent de garde-manger pour leurs prédateurs naturels. l’ortie attire les pucerons « inoffensifs » pour mieux appâter les coccinelles, syrphes et chrysopes qui iront ensuite protéger vos légumes.

En attirant des insectes comme les coccinelles, redoutables prédatrices de pucerons, les orties contribuent à une meilleure protection des légumes. L’ortie sert de plante nourricière pour les larves de coccinelles, les syrphes et autres prédateurs naturels des ravageurs.

Au-delà de son rôle d’hôte, l’ortie est un indicateur du sol. Comme toute plante bio-indicatrice, l’ortie ne pousse pas n’importe où : elle révèle un sol riche en matières organiques en décomposition, en azote et en minéraux. Elle prolifère au pied des vieux tas de ferrailles ou sur les tas de fumier, mais ne se contente pas de nous donner des informations : elle agit comme régulateur, en absorbant les éléments nutritifs en excès. Riche de cela, elle se transforme en véritable engrais et nourrit le sol lorsqu’elle se décompose.

Lorsque la plante est fauchée ou meurt à la fin de la saison, elle se décompose rapidement à la surface, libérant tous ses précieux nutriments et les rendant disponibles pour les autres végétaux. C’est un transfert de fertilité vertical, des profondeurs vers la surface. Un engrais gratuit, en somme, qui se fabrique tout seul.

Observer avant d’arracher : la règle d’or que personne ne respecte

Le vrai problème, c’est la précipitation. Le désherbage en permaculture ne se limite pas à arracher des herbes au hasard. C’est une approche réfléchie qui demande de comprendre le rôle de chaque plante dans l’écosystème du jardin.

Ces plantes ne sont plus appelées « mauvaises herbes », et pour cause. Nombre d’entre elles sont utiles aux auxiliaires, à la terre qu’elles protègent ou nourrissent, et nous donnent beaucoup d’indications sur la nature de notre sol. Certaines se mangent.

La méthode des permaculteurs est simple à retenir, même si elle demande de lutter contre son réflexe de jardinier « propre » : plutôt que d’arracher, pratiquer le « chop and drop », couper l’herbe au ras du sol et laisser les racines en terre, ce qui aide à maintenir la structure du sol. Les racines laissées en place se décomposeront naturellement, enrichissant ainsi le sol en matières organiques et en nutriments.

Les plantes sauvages ne se développent à un endroit que si les conditions leur sont favorables. Elles nous donnent donc des informations sur la qualité et la nature du sol, son évolution et ses dysfonctionnements. Pour ceux qui sont attentifs, il est possible d’identifier les besoins du sol et de réagir en conséquence, par des amendements ou des apports de matière organique.

Pratiquement, cette observation se traduit par une règle simple : avant d’arracher quoi que ce soit, identifiez la plante. Les plantes sauvages jouent un rôle essentiel dans la biodiversité du jardin. Elles attirent les pollinisateurs, protègent le sol de l’érosion et fournissent abri et nourriture à la faune locale. Certaines espèces spontanées, comme le trèfle, enrichissent même le sol ou servent de plantes hôtes à des insectes utiles.

Consoude et ortie ne sont évidemment pas les seules concernées. La tanaisie éloigne certains insectes ravageurs, la bourrache attire les pollinisateurs, le pissenlit a des racines qui décompactent les sols argileux. D’autres plantes jouent le rôle d’engrais vert comme le mélilot ou des sauvageonnes de la famille des Fabacées, ou produisent une biomasse importante comme la bourrache et la consoude, utile pour la régénération de l’humus.

La vraie question n’est peut-être pas « comment garder un potager parfaitement propre ? » mais « comment apprivoiser ce désordre apparent pour qu’il travaille à ma place ? » Un sol couvert, vivant, bourdonné de petites bêtes utiles produit souvent plus qu’un carré méticuleusement désherbé chaque semaine. Les permaculteurs le savent depuis longtemps. Le reste du monde commence tout juste à les croire.

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