Une seule plante. Pas deux, pas trois. Juste une. Et chaque été, le mur nord de son jardin disparaissait derrière un rideau de feuillages et de fleurs. Ce printemps, j’ai compris le calcul.
Le secret tenait en un geste que ma grand-mère pratiquait avec autant de naturel que de désinvolture : la division de touffe. Pas besoin de passer en jardinerie, pas besoin de débourser quoi que ce soit. C’est un moyen simple de multiplier vos variétés sans frais, tout en assurant la pérennité de vos massifs. Une vivace achetée une fois, multipliée indéfiniment. Le jardin de ma grand-mère était, sans qu’elle l’ait jamais formulé ainsi, un jardin en autosuffisance végétale.
À retenir
- Pourquoi une seule plante achetée suffit à garnir indéfiniment un mur nord
- La technique méconnue que pratiquaient les vrais jardiniers de l’ancienne génération
- Comment quatre touffes deviennent seize en trois ans sans dépenser un centime
Le mur nord, ce coin qu’on croit condamné
L’ombre et la fraîcheur règnent en maîtres au pied d’un mur exposé au nord. Le gel y sévit en hiver, il est donc nécessaire d’installer des plantes vivaces rustiques et appréciant l’ombre. Beaucoup de propriétaires traitent cet espace comme une zone sacrifiée, y laissent pousser ce qui veut bien, ou pire, le bétonisent. Erreur stratégique.
L’avantage d’une telle exposition ? Les floraisons y durent beaucoup plus longtemps. Moins de soleil direct signifie moins de stress thermique pour les fleurs, des coloris qui tiennent des semaines au lieu de quelques jours brûlés par l’été. Le mur nord n’est pas une contrainte, c’est une ressource mal exploitée.
La palette végétale adaptée est plus large qu’on ne le croit. On peut y planter des pulmonaires et des heuchères pour la beauté de leurs feuillages, ainsi que des fougères. Dès le printemps, les pervenches déploieront leurs fleurs bleutées faisant écho aux clochettes du muguet. Plus tard, les ancolies, puis les impatiens et les cyclamens de Naples se succèderont. Une succession de floraisons qui couvre quasiment toute la saison, sans jamais recouvrer le moindre rayon de plein soleil.
Ma grand-mère, elle, avait jeté son dévolu sur l’astilbe. Ce qui rend l’astilbe précieuse, c’est sa capacité à s’épanouir là où d’autres plantes peinent : sous les arbres, le long d’un mur orienté au nord, ou près d’un point d’eau. Elle offre une floraison généreuse, souvent entre juin et août, sous forme de plumeaux légers et colorés qui apportent du volume. Un choix pas spectaculaire au premier regard, mais d’une logique implacable une fois qu’on comprend comment elle se comporte dans le temps.
La division, ou comment une plante devient dix
Diviser les plantes vivaces est le meilleur moyen de les faire rajeunir. Il est facile de remarquer le moment où les végétaux en ont besoin : après quelques années de culture, une plante vivace produit moins de fleurs, son cœur est moins touffu et elle ne pousse presque plus. La division procure un regain d’énergie à la plante, qui est ensuite aussi vigoureuse et florifère qu’elle l’était juste après son arrivée dans votre jardin.
Le mécanisme est simple à saisir. Avec le temps, le cœur des touffes s’épuise et la plante fleurit moins abondamment. En divisant tous les trois à cinq ans, on stimule la formation de nouvelles racines et de nouvelles pousses vigoureuses. Chaque section devient ensuite capable de produire bien plus de fleurs que la plante mère initiale. On ne perd rien, on gagne plusieurs plants adultes prêts à fleurir dès la même saison.
La meilleure période pour pratiquer cette division se situe au début du printemps, vers le mois de mars. Le sol commence à se réchauffer, les plantes redémarrent et les racines se développent rapidement, ce qui facilite la reprise. C’est exactement ce que j’ai fait en mars dernier, bêche en main face à une touffe que j’avais plantée trois ans plus tôt. Résultat : quatre nouvelles mottes, toutes vigoureuses, réparties le long du même mur. Zéro euro dépensé.
La technique en elle-même ne réclame aucune expertise particulière. Pour diviser une touffe importante, l’idéal est de disposer de deux fourches-bêches, que l’on plante dos à dos au milieu de la motte et que l’on écarte progressivement : la division s’opère d’elle-même, de la façon la plus respectueuse pour la plante. Pour les touffes plus petites, un couteau de jardin bien affûté suffit. Il ne faut surtout pas tarder avant de replanter : les racines périphériques laissées à l’air se dessèchent rapidement, ce qui compromet la reprise.
Préparer le sol : l’étape que personne ne mentionne assez
Le geste de division est simple. Ce qui l’est moins, c’est l’état du sol au pied d’un mur. La terre a souvent été malmenée lors de la construction d’un mur ou d’une habitation. À cet emplacement, elle est rarement de bonne qualité ; il est conseillé de l’améliorer avec des amendements organiques comme du terreau, du compost et un bon paillage afin de relancer sa vie biologique. C’est le travail préparatoire que beaucoup esquivent et dont ils paient le prix dès la première sécheresse.
Pour les astilbes en particulier, elles ont besoin d’une terre riche en humus, bien drainée et capable de rester fraîche. Elles n’aiment ni les sols secs et compacts, ni les terres gorgées d’eau en permanence. Un paillage épais au pied résout une grande partie de l’équation en maintenant l’humidité entre deux arrosages. En période de chaleur, mieux vaut arroser copieusement une à deux fois par semaine et maintenir un paillage au pied pour conserver l’humidité du sol.
L’autre piège propre aux murs avec toiture débordante : s’il s’agit d’une façade surmontée par un toit débordant, les pluies légères et droites atteignent peu la zone, il faut être particulièrement vigilant sur les arrosages. La pluie n’arrose pas toujours là où on croit.
Ce que les éclats excédentaires changent à la vie de jardin
La division produit presque toujours plus de mottes qu’on n’en a besoin. Bonne nouvelle. Les éclats issus de la division peuvent être offerts à des voisins, ou à des amis : il s’agit d’un très bon moyen d’échanger des plantes vivaces entre jardiniers. Ma grand-mère avait ainsi équipé le mur nord de quatre jardins du quartier avec la même astilbe de départ. Une seule plante achetée, peut-être en 1978, devenue une cinquantaine de touffes au fil des décennies et des divisions successives.
À l’inverse du semis qui offre parfois la surprise de découvrir de jeunes plants à la ressemblance aléatoire, la multiplication végétative garantit la reproduction fidèle d’une variété choisie via un prélèvement sur le pied mère. On conserve exactement la couleur, la hauteur, le caractère de la plante originale. Pas de loterie génétique, pas de déception.
Certaines vivaces tolèrent mal cette opération, il faut le savoir. Presque toutes se divisent, à l’exception de celles à racines pivotantes comme les pivoines ou les delphiniums, qui n’aiment pas être dérangées. Pour les autres, hostas, heuchères, géraniums vivaces, fougères, la division des touffes s’effectue tous les 3 à 4 ans pour maintenir la vigueur des hostas et des heuchères. Un calendrier à noter dans un coin, pas plus contraignant que de tondre une pelouse.
Ce printemps, j’ai planté quatre touffes contre mon mur nord. Dans trois ans, j’en aurai seize. Et si quelqu’un dans le quartier cherche à habiller son propre angle d’ombre, j’aurai de quoi donner, gratuitement, avec l’histoire qui va avec.
Sources : msn.com | les-plantes-ile-de-france.com