Le collet mou, c’est la sentence sans appel du potager. Quand on soulève un matin le paillage de tonte accumulé depuis des semaines et qu’on sent la tige de courgette céder sous le doigt comme une éponge gorgée d’eau, la plante est déjà condamnée. Aucune décoction de prêle, aucun traitement de rattrapage ne changera l’issue. La question n’est pas de savoir comment sauver la courgette, mais de comprendre exactement ce qui s’est passé sous ce tapis d’herbe en apparence si bénéfique.
À retenir
- La tonte fraîche en couche épaisse se transforme en masse humide imperméable qui favorise les pourritures fongiques
- Le collet mou signale une infection avancée : le champignon a déjà progressé plusieurs semaines avant les premiers symptômes visibles
- Un simple espace nu de 15 cm autour du collet change complètement les résultats et réduit drastiquement les dégâts
Le paillage de gazon, un bienfait qui peut virer au piège
La logique paraissait imparable : la tonte fraîche, riche en azote, gardait l’humidité et nourrissait le sol. Des générations de jardiniers ont pratiqué ça. Le problème, c’est que l’herbe fraîchement coupée n’est pas un paillis comme les autres. Posée en couche épaisse, elle se compacte en quelques jours en une masse quasi imperméable, une sorte de feutrine humide qui emprisonne la chaleur et l’eau au lieu de les réguler.
Sous cette couche, la température monte. Des mesures réalisées dans des conditions similaires montrent que l’intérieur d’un tas de tonte fraîche peut atteindre 50 à 70°C en pleine décomposition, l’équivalent d’un compost thermophile actif. Posé directement contre le collet d’une courgette, ce phénomène crée un environnement de rêve pour les champignons pathogènes, Pythium et Phytophthora en tête, les deux grands responsables de la fonte des tiges chez les cucurbitacées.
La courgette est particulièrement vulnérable à cause de la nature même de sa tige. Creuse, charnue, à paroi fine, elle n’a quasiment aucune défense contre les attaques fongiques au niveau du sol. Un collet constamment humide et chaud, c’est une porte ouverte.
Ce que le collet mou trahit vraiment
La pourriture du collet chez la courgette suit presque toujours le même scénario. Une lésion brune ou noire apparaît d’abord à la base de la tige, souvent côté sol. La plante continue à sembler vigoureuse en surface pendant plusieurs jours, parfois une semaine, le temps que le champignon progresse dans les tissus vasculaires. Puis d’un coup, le flétrissement s’accélère. Le matin, la plante est turgescente. Le soir, les feuilles pendent. Le lendemain, c’est fini.
Ce délai entre l’infection et les symptômes visibles est ce qui rend la chose si frustrante. On n’a pas l’impression d’avoir fait quelque chose de mal au moment où le mal se produit. On découvre le désastre quand il est trop tard pour agir, et on cherche une cause dans les événements récents alors que le problème est né trois semaines plus tôt, au moment où on a vuidé le bac du tondeuse un peu trop généreusement.
Dans certains cas, une mauvaise aération autour du collet favorise aussi l’accumulation de limaces, qui creusent discrètement la base de la tige dans l’obscurité du paillage dense. Les dégâts de limaces et la pourriture fongique se ressemblent et peuvent se cumuler, ce qui complique le diagnostic après coup.
Pailler les courgettes correctement, ça change tout
Le paillage de tonte reste une excellente ressource au jardin, à condition de le traiter différemment. Première règle absolue : laisser sécher l’herbe coupée une ou deux journées à plat avant de l’étaler en couche mince. Sèche, elle ne chauffe plus, ne se compacte pas, et laisse l’air circuler jusqu’au sol.
La deuxième règle concerne la zone d’exclusion autour du collet. Quel que soit le paillis utilisé, herbe, paille, brf, feuilles mortes, un espace nu d’au moins 10 à 15 centimètres doit rester autour de la base de chaque plant. Pas de matière organique au contact de la tige. Jamais. Ce cercle libre permet à l’excès d’eau de s’évacuer, au soleil de sécher légèrement la surface et aux prédateurs naturels des limaces de circuler.
Les paillis minéraux, gravier concassé ou pouzzolane, présentent sur ce point un avantage réel : ils ne chauffent pas, ne retiennent pas l’humidité contre les tiges et découragent les limaces par leur texture. Pour les courgettes plantées dans des espaces minéraux ou des allées gravillonnées, les résultats sont souvent bien meilleurs qu’en pleine terre richement paillée d’herbe fraîche.
La tonte fraîche, elle, trouve sa meilleure utilisation ailleurs : en apport carboné dans un compost chaud, mélangée à des matières sèches dans un ratio de 1 pour 3, ou en mulch sur des cultures moins sensibles comme les tomates hautes ou les courges sur sol très drainant. Elle n’est pas mauvaise en soi. Elle est juste mal utilisée quand on la dépose en masse au pied de plantes à tige charnue.
Reconstruire après la perte
Un plant perdu en juin laisse encore le temps pour une resemence directe. La courgette germant en 5 à 8 jours à 20°C, un semis fin juin en godet peut donner une plante en production avant la mi-août, à condition d’avoir une fin d’été favorable. Ce n’est pas la même récolte abondante qu’un plant de mai bien établi, mais c’est une saison sauvée partiellement.
Avant de replanter, assainir l’emplacement infecté s’impose. Retirer les résidus de l’ancien plant, aérer le sol en le travaillant superficiellement, et laisser sécher quelques jours avant d’introduire le nouveau plant. Les spores de Pythium survivent dans le sol, mais une exposition au soleil et à l’air sec réduit sensiblement la pression pathogène. Certains jardiniers interposent une fine couche de sable ou de pouzzolane sous la motte du nouveau plant pour maintenir une zone de transition drainante entre les racines et le sol encore potentiellement contaminé.
Un détail que peu de personnes pensent à vérifier : l’orientation du robinet de leur arrosage. Arroser au pied, en plongeant le tuyau directement dans le sol plutôt que sur les tiges et le feuillage, reste l’un des gestes les plus protecteurs qui soit, et il coûte exactement zéro effort supplémentaire.