Froissez une feuille de tanaisie entre vos doigts. L’odeur qui s’en dégage, camphrée, puissante, presque médicinale, est immédiatement déstabilisante. C’est exactement ce que ressentent les insectes nuisibles qui s’approchent de vos plates-bandes. Pendant des siècles, les paysans européens l’ont plantée le long des murs, des potagers et des granges sans avoir besoin d’en lire la composition chimique. Ils savaient simplement que ça marchait. La science leur a depuis donné raison.
À retenir
- La tanaisie contient des substances chimiques puissantes que même la pharmacie contrôle strictement
- Elle ne se contente pas de faire fuir les insectes, elle empêche aussi leur reproduction
- Les anciens paysans la plantaient partout : était-ce vraiment une décoration ?
Un cocktail chimique redoutable
Les composés actifs de la tanaisie, notamment la thuyone, le tanacétène et les flavonoïdes, lui confèrent des propriétés répulsives remarquables. Ce n’est pas une simple odeur désagréable : la tanaisie éloigne efficacement les fourmis, pucerons, mouches, papillons, tenthrèdes, acariens, aleurodes et altises, ses substances actives perturbant le repérage des insectes et inhibant la ponte ainsi que l’alimentation des larves. elle ne se contente pas de faire fuir les adultes, elle casse le cycle de reproduction.
Des expériences tendent à démontrer que les substances synthétisées par la plante joueraient davantage un rôle de perturbateur dans le repérage chimique des insectes que de répulsif direct. Des études scientifiques ont également démontré que la tanaisie a la capacité d’inhiber la ponte et l’alimentation des larves de divers insectes. Pour un jardinier, la nuance est secondaire : le résultat, lui, est bien réel.
Sa richesse en tanacétine (substance résineuse extraite des feuilles et des fleurs), en huiles essentielles et en tanins lui confère de réelles propriétés insectifuges. Un détail qui mérite attention : c’est en raison de ses puissants composés que l’huile essentielle de tanaisie ne peut s’acheter qu’en pharmacie. Une plante dont le concentré nécessite une dispensation pharmaceutique, c’est la mesure de sa puissance.
Ce qu’elle fait concrètement fuir dans votre jardin
La tanaisie trouve des usages forts intéressants au jardin et au potager grâce à ses propriétés répulsives naturelles contre les aleurodes, les doryphores, les acariens, les carpocapses, les limaces, les punaises, les tiques, les mites ou encore les puces. La liste est longue, presque décourageante de complétude.
Deux ennemis du jardin méritent d’être ciblés. Les fourmis, d’abord : bien qu’utiles à l’écosystème, elles peuvent devenir problématiques lorsqu’elles élèvent des colonies de pucerons sur les plantes ou s’invitent dans la maison. Pour créer une barrière naturelle, il suffit de disposer un cordon de feuilles de tanaisie fraîchement coupées ou séchées sur leur passage, ou de planter directement la tanaisie près des zones à protéger, comme les rosiers, les arbres fruitiers ou les seuils de porte. L’odeur forte perturbe leurs pistes de phéromones et les incite à chercher un autre chemin.
Les doryphores, ensuite, ce coléoptère orange qui peut ravager un rang de pommes de terre en quelques jours. La tanaisie est particulièrement efficace contre les doryphores sur pommes de terre. Les préparations à base de tanaisie agissent également comme fongicides préventifs contre la rouille et le mildiou, particulièrement sur les pommes de terre et les tomates. Cette action préventive s’avère plus efficace que curative, d’où l’importance d’anticiper les traitements avant l’apparition des premiers symptômes.
À l’intérieur, son utilité ne s’arrête pas à la clôture du jardin. Des bouquets de tanaisie séchée éloignent les mites des placards. Et pour les soirées d’été en terrasse : pour tenir les mouches et les moustiques à l’écart de votre intérieur, rien de tel que de disposer des bouquets de fleurs fraîches dans des vases près des fenêtres, sur la table de la cuisine ou dans la chambre, en séchant, les fleurs conservent une partie de leurs propriétés.
Trois façons de l’utiliser, selon votre objectif
Si la tanaisie est simplement plantée au jardin, elle aura un rôle répulsif contre certains insectes ravageurs. Si elle est utilisée en purin ou en infusion, elle sera efficace curativement comme insecticide naturel. La différence n’est pas anodine : planter, c’est prévenir ; préparer, c’est agir.
Pour l’infusion, la recette est simple. Elle se prépare avec 300 grammes de plante fraîche hachée ou 30 grammes de fleurs séchées pour un litre d’eau de pluie, portez à ébullition, versez l’eau bouillante sur la tanaisie, laissez infuser 24 heures à couvert, puis diluez à 10 % pour la pulvérisation foliaire.
Le purin est l’arme lourde. Il suffit de hacher grossièrement environ 1 kg de plante fraîche et de la laisser macérer dans 10 litres d’eau de pluie pendant une à deux semaines. Une fois la fermentation terminée, le liquide filtré, dilué à 10 %, s’utilise en pulvérisation sur le feuillage contre les pucerons, les aleurodes ou la mouche du chou. Utilisé non dilué, il peut être versé sur les fourmilières pour les faire fuir.
Attention toutefois à une nuance que beaucoup ignorent : contre les ravageurs, le rôle du purin de tanaisie sera plus d’insectifuge que d’insecticide. On repousse, on perturbe, on protège, mais on ne massacre pas indistinctement. C’est une subtilité écologique, pas une limitation.
Planter la tanaisie : où, comment, avec quoi
Grâce à sa floraison abondante et très odorante, la tanaisie repousse les insectes dits « indésirables » comme les pucerons et fourmis, mais attire les insectes « auxiliaires » (abeilles, coccinelles) qui aident à réguler les populations de ravageurs et pollinisent fleurs et légumes. Un double jeu que peu de plantes savent tenir aussi bien.
La plante développe une touffe vigoureuse pouvant atteindre 80 cm à 1 m de hauteur selon les conditions de culture. Elle se sème de mars à juin. Elle prospère dans un sol bien drainé et en plein soleil, ce qui la rend abordable même pour les jardiniers débutants. Côté entretien : elle n’a pas besoin de fertilisation et est peu gourmande en eau, elle n’est arrosée qu’en cas de sécheresse prolongée et craint surtout l’humidité persistante.
Un point de vigilance : la tanaisie peut vite devenir envahissante. Pour éviter cela, il est possible de la cultiver en pot, de cette façon, on peut aussi la déplacer en fonction des cultures et des besoins du jardin. Cultiver en pot permet également de la positionner stratégiquement : près de la terrasse l’été pour les moustiques, déplacée vers les fraisiers au printemps contre les acariens. À noter qu’elle peut avoir une action inhibitrice sur la croissance des plantes voisines si elle est plantée trop près — laissez donc un espace raisonnable autour de chaque pied.
La variété Tanacetum vulgare crispum, dite tanaisie à feuilles crispées, mérite une mention particulière : elle semble plus efficace que l’espèce type, et son feuillage très découpé et frisé la rend particulièrement esthétique au jardin, avec un arôme mêlant le camphre, le citron et le bois. Un répulsif qu’on plante aussi pour le plaisir des yeux.
Sources : le-caucase.com | nature-autonomie.com