Pourquoi de plus en plus de paysagistes refusent de planter des thuyas dans les jardins en 2026

Pendant des décennies, la haie de thuyas a été le réflexe quasi automatique du propriétaire français : rapide, dense, économique, toujours verte. Un alignement bien serré le long de la clôture, et le tour était joué. Mais ce réflexe est en train de se retourner contre des milliers de jardins, et les paysagistes, eux, ont arrêté de l’encourager.

À retenir

  • Une essence autrefois incontournable devient soudain vulnérable face aux conditions climatiques actuelles
  • Des villes commencent à l’interdire officiellement, tandis que d’autres financent son arrachage
  • Les professionnels du paysage ont déjà identifié les remplaçants qui offrent plus de résistance et de vie

Un conifère à bout de souffle face au climat

Les professionnels le confirment : le thuya, roi des haies d’antan, ne tient plus la distance. C’est une essence fragile, très sensible aux sécheresses à répétition et aux maladies. Le changement climatique a transformé les conditions dans lesquelles ces arbustes doivent vivre, et ils peinent à s’adapter. Le stress hydrique représente la principale cause du brunissement des thuyas, qu’il s’agisse d’un excès d’eau ou d’un manque d’eau prolongé.

Mais la sécheresse n’est qu’un premier coup. Les maladies fongiques comme Phytophthora cinnamomi attaquent les racines du thuya et provoquent un dépérissement rapide. Les ravageurs comme les araignées rouges et les buprestes fragilisent la santé des thuyas. Le bupreste, ce petit coléoptère discret, fore des galeries dans le bois jusqu’à tuer la plante de l’intérieur. Quand il s’installe dans un alignement monospécifique, il peut ravager la totalité de la haie en une seule saison.

C’est une question de temps : quand la maladie commence à apparaître sur les thuyas, cela va aller en s’empirant et finir par atteindre l’ensemble de la plante, puis s’étendre aux autres pieds de la haie. Le problème structurel, c’est précisément cette densité que l’on cherchait à obtenir : à l’état naturel, ce sont des plantes très volumineuses, des arbres de 20 mètres de haut. On comprend bien qu’ils ne supportent pas d’être plantés les uns à côté des autres comme on le fait dans nos jardins pour créer des haies compactes. Résultat ? Un taux d’échec qui explose sur le terrain.

Le « désert vert » : un problème écologique que les communes commencent à interdire

Les haies de thuyas constituent ce que les écologistes appellent un « désert vert », ou « béton vert ». Contrairement aux haies champêtres composées d’essences locales, les thuyas n’offrent ni nourriture ni habitat satisfaisant. Le feuillage persistant et très compact du thuya ne laisse passer ni la lumière, ni les petits animaux. Les oiseaux y trouvent difficilement de quoi nicher ou se nourrir. Les insectes pollinisateurs, essentiels à la vie du jardin, n’y trouvent aucune fleur à butiner. La biodiversité y est proche de zéro.

À l’échelle d’un quartier pavillonnaire, l’effet est massif. C’est une haie très pauvre en biodiversité, qui ne favorise pas l’équilibre naturel d’un jardin. À l’échelle d’un quartier, des haies uniformes de thuya peuvent contribuer à une forme de désert écologique. Contrairement à une haie variée, les haies monospécifiques de thuyas ne créent pas de corridor écologique. Un corridor écologique est un passage qui permet à la faune de se déplacer, de se nourrir et de se reproduire. Le mur de thuyas bloque ces passages et fragmente l’habitat des hérissons, des musaraignes et de nombreux autres auxiliaires du jardin.

Cette réalité écologique commence à se traduire en règles concrètes. Niort, dans les Deux-Sèvres, a publié une liste officielle des essences interdites, dans laquelle le thuya figure explicitement. Certaines communes d’Auvergne-Rhône-Alpes interdisent les haies monospécifiques de résineux dans leurs réglementations locales afin de préserver la biodiversité. La communauté de communes du Thouarsais encourage l’arrachage des haies de thuyas et de cyprès, considérées comme défavorables à la faune et à la flore. La communauté de Communes des Rives de Saône propose même une aide financière de 40 % du montant de la prestation pour arracher les thuyas.

Sur le plan réglementaire national, la situation est nuancée : en 2026, aucune loi nationale n’interdit le thuya. Le Code civil régit les distances, mais le PLU et les arrêtés municipaux priment pour l’esthétique et l’écologie locale. Certains PLU imposent des essences locales, des hauteurs maximales ou interdisent les conifères de type thuya. Le mouvement vient du bas, commune par commune, mais il prend de la vitesse.

Ce que les paysagistes plantent à la place

La transition n’implique pas de sacrifier l’intimité. Les professionnels proposent des haies mixtes qui font mieux, sur tous les plans. Le photinia s’impose comme une valeur sûre. Cet arbuste persistant offre une floraison beige discrète et surtout de jeunes pousses rouge vif. Cette coloration spectaculaire dynamise une haie tout en conservant un rôle de brise-vue. Facile à tailler, il structure rapidement un jardin.

Le chalef (Elaeagnus) constitue une autre option solide. Son feuillage vert ou panaché apporte de la lumière. Vigoureux et résistant, il supporte bien la taille et les expositions variées. Sa croissance rapide permet de recréer une haie dense en peu de temps. Pour les budgets contraints ou les jardins exposés aux étés secs, l’Eleagnus et le Phillyrea sont particulièrement résilients face aux étés secs.

Pour ceux qui tiennent au persistant et au discret, les arbustes marcescents comme le charme ou le hêtre conservent leurs feuilles sèches en hiver et assurent une occultation permanente. Ces essences présentent l’avantage de se renouveler chaque année et de résister naturellement aux maladies spécifiques des conifères. Le principe fondamental reste le même chez tous les paysagistes : diversifier les essences pour limiter les risques sanitaires. Une haie variée résiste mieux aux parasites et crée un paysage plus vivant.

Sur cinq ans, certaines Alternatives coûtent moins cher qu’une haie de thuya, car elles demandent moins de taille et résistent mieux aux étés chauds. Ce n’est pas qu’une question de tendance verte : c’est un calcul économique que les propriétaires font de plus en plus, souvent après avoir dépensé des centaines d’euros en traitements fongicides pour sauver une haie condamnée. Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, des dispositifs comme les « chèques arbres » permettent d’acheter des essences locales à moindre coût, et plusieurs collectivités subventionnent déjà les travaux de remplacement. Une haie bocagère bien pensée, aubépine, prunellier, viorne ou noisetier, peut constituer un écran tout aussi opaque qu’une rangée de thuyas, en occupant toute la colonne alimentaire de votre jardin : abri pour les hérissons, garde-manger pour les mésanges, terrain de chasse pour les chauves-souris. La richesse écologique d’une haie mixte indigène peut accueillir jusqu’à 1 500 espèces d’insectes différentes, contre moins d’une dizaine pour un mur de thuyas.

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