J’ai coupé au sécateur les tiges sauvages qui poussaient au pied de mon rosier : quand elles sont revenues encore plus nombreuses, j’ai compris que je les multipliais moi-même

Ce réflexe, presque tous les jardiniers l’ont eu un jour : voir une tige inconnue surgir au pied du rosier et l’éliminer d’un coup de sécateur, sans plus de cérémonie. Mauvaise idée. En coupant ces pousses au ras du sol plutôt qu’en les arrachant, on stimule justement les bourgeons dormants qui les ont produites, et la tige revient plus vigoureuse qu’avant, souvent accompagnée de nouvelles voisines.

À retenir

  • Votre geste au sécateur provoque exactement l’inverse de l’effet désiré
  • Ces tiges mystérieuses révèlent une vérité cachée sur votre rosier greffé
  • Une seule technique garantit de ne jamais les revoir

Ces tiges ne sont pas de simples « mauvaises herbes »

La plupart des rosiers vendus en jardinerie sont des rosiers greffés : une variété choisie pour ses fleurs (le greffon) a été soudée sur les racines d’une espèce sauvage plus robuste (le porte-greffe), généralement du type Rosa laxa ou Rosa multiflora. Cette astuce horticole permet d’obtenir des rosiers plus résistants au sol et aux maladies. Mais le porte-greffe garde sa propre vitalité, et il lui arrive de produire ses propres tiges, appelées drageons ou sauvageons, qui partent directement des racines ou de la souche, sous le point de greffe.

Ces tiges se reconnaissent à leurs feuilles différentes, souvent plus petites et plus claires, elles proviennent du porte-greffe et non de la variété greffée. On les repère aussi à leurs épines plus nombreuses et plus acérées, et à un feuillage qui compte parfois sept folioles au lieu de cinq. Le problème, c’est que si on les laisse se développer, elles finissent par prendre le dessus et la variété d’origine disparaît. : votre rosier grimpant aux fleurs roses pâle pourrait, à terme, se transformer en un buisson d’églantier sans grand intérêt ornemental. J’ai vu ce scénario se produire chez une voisine qui avait fini, sans le savoir, par cultiver un porte-greffe pendant trois saisons entières.

Pourquoi le sécateur aggrave le problème

Voici le nœud du sujet. Un rosier, comme beaucoup d’arbustes, réagit à une coupe en réactivant les bourgeons situés juste en dessous de la plaie. C’est le principe même de la taille de printemps, qui vise à faire repartir la végétation. Mais appliqué à un drageon, cet effet devient contre-productif : une taille au sécateur, pas assez près de la base, risque de renforcer le rejet et il est probable qu’il resurgisse. Le bourgeon d’origine, resté intact sous terre ou à la base de la racine, reçoit alors le signal de repartir de plus belle, souvent en se ramifiant.

Ce phénomène n’a rien d’exceptionnel : il est documenté chez de nombreuses plantes à drageons. Le jardinier peut souvent provoquer le drageonnement en rabattant la plante-mère, et chez d’autres végétaux, ce sont les racines qu’il faut traumatiser, en sarclant ou en les tranchant, pour stimuler le drageonnement. Couper au sécateur, surtout à quelques centimètres du sol, revient exactement à ce type de traumatisme. Résultat ? Le jardinier qui pensait faire le ménage nourrit sans le savoir une véritable pépinière de rejets indésirables. C’est un peu comme tondre une mauvaise herbe au lieu de la déraciner : elle repousse, et souvent en touffe plus dense.

La bonne méthode : arracher, pas couper

La solution tient en un geste, mais il demande un peu plus d’effort que le coup de sécateur rapide. Il faut arracher les drageons à la main en tirant vers le bas plutôt que de les couper, pour supprimer le maximum de tissu à la source. Concrètement, on dégage d’abord la terre autour de la base de la tige indésirable pour repérer son point d’attache exact sur la racine ou la souche.

Une fois le rejet identifié, il est préférable de l’arracher à la main, le plus près possible de sa base, quitte à creuser un peu la terre autour pour le dégager. Ce geste d’arrachage, contrairement à la coupe, emporte avec lui le bourgeon latent responsable de la repousse. Les spécialistes du jardinage sont unanimes sur ce point : si vous décidez qu’un drageon ne vous intéresse pas, enlevez le sol à sa base et essayez de l’arracher, car arracher tue plus souvent le bourgeon à l’origine du drageon que la taille avec un sécateur.

Si la tige résiste et refuse de se détacher à la main, un dernier recours existe : si c’est un drageon qui a pris naissance sur une racine, il ne faut pas hésiter à arracher la racine porteuse du drageon plutôt que de se contenter d’une coupe superficielle. On peut aussi s’aider d’un couteau bien aiguisé pour trancher net la racine à sa base, en dernier recours, quand la terre est trop compacte pour un simple arrachage manuel.

Repérer le vrai coupable pour ne pas se tromper de cible

Attention à ne pas confondre le drageon avec son cousin, le gourmand. La distinction se joue au niveau du fameux point de greffe, ce petit renflement visible à la base du rosier. Il ne faut pas confondre sauvageons et gourmands, ces derniers étant toujours émis au-dessus du point de greffe contrairement aux premiers qui sont toujours situés sous le point de greffe. Un gourmand, lui, peut être supprimé au sécateur sans grand risque, puisqu’il appartient à la variété greffée elle-même.

Un détail mérite d’être signalé : tous les rosiers ne sont pas concernés par ce piège. Sur un rosier non greffé, le drageon sera un clone du pied mère, on pourra éventuellement le conserver si la place le permet, ou bien le déplacer pour multiplier la plante, ou simplement l’arracher si on n’en veut pas. Les rosiers anciens, botaniques ou vendus sur leurs propres racines (souvent mentionné « franc de pied » sur l’étiquette) ne présentent donc aucun danger de ce type : leurs rejets sont identiques à la plante d’origine, contrairement aux lilas ou aux forsythias qui, eux aussi, ont la fâcheuse habitude de drageonner abondamment une fois installés. Avant de dégainer le sécateur, un simple coup d’œil à l’étiquette d’achat ou à la base du tronc peut donc éviter bien des allers-retours au jardin.

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