L’herbe de la pampa ne se bouture pas vraiment. Une tige coupée, mise dans l’eau ou plantée dans un pot, ne s’enracine pas de façon fiable. La méthode qui marche s’appelle la division de touffe : au printemps, à la reprise de la végétation (de mars à mai selon la région), on sépare des éclats pourvus de racines et de bourgeons avec une bêche bien affûtée, puis on les replante aussitôt en plein soleil, dans un sol drainant, avec des arrosages réguliers jusqu’à la reprise. Une réserve de taille toutefois : Cortaderia selloana est classée espèce exotique envahissante, et ses règles de vente, de plantation et de transport se vérifient avant toute multiplication.
Une graminée en touffe : pourquoi la bouture de tige échoue
Un rosier ou un hortensia forment des racines à partir des nœuds d’une tige. Les fiches consacrées au rosier et à l’hortensia reposent sur ce mécanisme. L’herbe de la pampa fonctionne autrement. C’est une plante cespiteuse : elle pousse en touffe dense, chaque année un peu plus large, à partir d’une souche d’où partent des feuilles et des racines fibreuses. Ses tiges florales, les hampes qui portent les plumeaux, n’ont pas vocation à racinner une fois coupées. Elles pourrissent ou se dessèchent.
La multiplication végétative passe donc par la souche elle-même. Diviser, c’est découper la touffe en plusieurs morceaux qui possèdent chacun leurs racines et leurs bourgeons de départ. Les principes généraux du bouturage (eau, terre, hormones, marcottage) sont détaillés dans notre guide pour comment faire des boutures de plantes, et la fiche pour comment faire une bouture d’hortensia ouvre la série des cas pratiques. Ici, on s’en tient à la division.
Cortaderia selloana : le cadre réglementaire avant de multiplier
Beaucoup de jardiniers l’ignorent encore : l’herbe de la pampa figure sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne, établie dans le cadre du règlement (UE) n° 1143/2014 et de ses règlements d’exécution (inscription en 2019 à notre connaissance). En France, un arrêté ministériel pris sur la base du code de l’environnement encadre aussi les espèces végétales invasives. Ces textes visent, selon les cas, l’introduction, la vente, la culture, le transport et la dissémination. Leurs détails, dates et exceptions évoluent : consultez EUR-Lex et Légifrance, ou interrogez la direction départementale des territoires ou le conservatoire botanique de votre région.
Dans la pratique, trois précautions s’imposent. Ne vendez pas et ne donnez pas d’éclats sans avoir vérifié ce qui est autorisé. Ne présumez pas qu’un cultivar réputé stérile échappe aux textes, car ils visent l’espèce. Et ne plantez jamais de touffe près d’un fossé, d’un cours d’eau ou d’un terrain vague, là où les graines se ressèment facilement.
La plante est dioïque, avec des pieds mâles et des pieds femelles. Les plumeaux des femelles, volumineux et soyeux, produisent un grand nombre de graines légères que le vent emporte loin. Si vous gardez votre touffe, coupez les panaches avant leur pleine ouverture, enfermez-les dans un sac fermé et déposez-les en déchèterie, sans passer par le compost. Même consigne pour les déchets de division.
Diviser une touffe : période, gestes et suivi
Le bon moment
Le printemps reste la période de référence. À la reprise de végétation, quand les nouvelles pousses percent à la base, la plante mobilise son énergie vers la croissance et cicatrise vite. Comptez mars dans le Sud-Ouest ou sur la façade méditerranéenne, plutôt avril et début mai dans le nord et l’est du pays, une fois les fortes gelées passées.
Le début d’automne est possible en climat doux. Nous sommes le 4 octobre : dans l’Ouest atlantique ou le Sud, le sol est encore tiède et les éclats peuvent s’enraciner avant l’hiver. La limite, c’est l’humidité hivernale. Un éclat fragile planté dans un sol froid et gorgé d’eau pourrit plus souvent qu’il ne repart.
L’âge compte aussi. Une touffe de moins de trois ou quatre ans est trop petite pour être divisée sans l’affaiblir. Une touffe adulte, qui atteint couramment 2 mètres de large et autant de haut en fleur, offre en revanche plusieurs éclats confortables.
Le protocole pas à pas
Commencez par la sécurité. Les feuilles de la pampa portent des bords denticulés qui entaillent la peau comme une lame de scie. Gants épais en cuir, manches longues, pantalon, lunettes de protection : sans cela, on ressort les avant-bras zébrés. Rassemblez le feuillage en gerbe et coupez-le à 20 ou 30 cm du sol, puis arrosez copieusement la veille, le sol humide facilitant l’extraction.
Dégagez ensuite la souche avec une bêche bien affûtée ou une fourche-bêche. Le cœur d’une vieille touffe est souvent un bloc compact, parfois si dur qu’il faut une scie égoïne, une hache ou une cognée pour trancher. Prélevez des éclats sur le pourtour, la partie la plus vigoureuse, et laissez le centre épuisé de côté.
Un bon éclat réunit trois critères : des racines charnues et saines, plusieurs bourgeons ou jeunes pousses à la base, et une taille suffisante, de l’ordre d’un gros chou (20 à 25 cm de diamètre environ). Plus il est petit, plus la reprise est lente et aléatoire. Éliminez les parties molles, noircies ou sans racines.
Replantez sans attendre, car des racines exposées au soleil se dessèchent en quelques heures. Choisissez un emplacement en plein soleil et un sol drainant, en amendant avec du sable ou du gravillon si la terre est lourde. Creusez un trou large, calez l’éclat avec le collet au niveau du sol, jamais enterré, et espacez les plants de 1,5 à 2 mètres. Tassez, puis arrosez abondamment.
La suite compte autant que la plantation. Arrosez régulièrement les premières semaines, sans détremper. Une fois la reprise visible, espacez fortement les arrosages : une pampa installée supporte bien la sécheresse.
Après une division, un jaunissement des feuilles coupées est normal. Une reprise lente aussi : il faut parfois trois à six semaines avant de voir de nouvelles pointes vert clair. Les signaux d’échec sont différents : base molle ou malodorante, pourriture du collet, feuilles qui noircissent depuis la souche, absence totale de pousse après six à huit semaines en pleine saison de croissance. Les causes habituelles sont un éclat trop petit, un sol détrempé, une plantation trop profonde ou une période inadaptée (canicule, gel). Dans ce cas, mieux vaut retirer le plant que le laisser pourrir sur place.
Semis, tige ou division : quelle méthode choisir
Trois voies existent sur le papier. Une seule tient réellement ses promesses.
| Méthode | Fiabilité | Délai | Fidélité à la plante mère | Difficulté | Période |
|---|---|---|---|---|---|
| Division de touffe | Élevée | Plante installée en une saison, plumeaux après 1 à 2 ans | Identique | Moyenne (effort physique, outils) | Printemps, début d’automne en climat doux |
| Semis | Variable | Plusieurs années avant les premiers plumeaux | Aléatoire, pieds mâles ou femelles | Facile à faire, difficile à maîtriser | Printemps |
| Bouture de tige | Très faible | Rarement abouti | Non applicable | Facile, mais peu probante | Non recommandée |
La division reproduit fidèlement la plante mère, puisque l’éclat est un morceau de la même plante : même sexe, même port, même couleur de plumeau. Le semis recombine les caractères. Il peut donner des pieds mâles aux panaches grêles ou des femelles très productives de graines, ce qui augmente aussi le risque de dissémination. L’envie de semer est d’ailleurs la pire idée pour une espèce invasive.
Si l’objectif est un massif aérien, léger, sans la pression réglementaire, d’autres graminées ornementales font très bien l’affaire. Le Miscanthus se divise aussi au printemps et offre des panaches décoratifs en fin d’été. Calamagrostis (notamment les hybrides stériles) donne des hampes dressées et se multiplie par division. Les Stipa apportent une légèreté voisine, mais certaines espèces se ressèment beaucoup dans le Sud : vérifiez le nom exact et le statut local. Pour les Pennisetum, attention : Pennisetum setaceum est lui aussi sur la liste de l’Union, alors que d’autres espèces du genre ne le sont pas. Avant d’acheter, contrôlez le nom latin, la rusticité, le caractère stérile du cultivar et les listes régionales d’espèces invasives.
Questions fréquentes
Comment multiplier l’herbe de la pampa ? Par division de touffe au printemps. Le semis est possible mais donne des plants variables et favorise la dissémination.
Peut-on bouturer l’herbe de la pampa ? Pas de façon fiable. Les tiges coupées ne s’enracinent pas comme celles d’un arbuste.
Quand diviser l’herbe de la pampa ? À la reprise de végétation, de mars à mai selon le climat. En début d’automne, seulement dans les régions douces.
Comment replanter un morceau d’herbe de la pampa ? Un éclat avec racines et bourgeons, replanté tout de suite, collet à fleur de sol, en plein soleil et en sol drainant, puis arrosé régulièrement les premières semaines.
Peut-on la faire pousser à partir de graines ? Techniquement oui, mais ce n’est pas conseillé : résultat imprévisible, croissance lente, et risque de ressemis pour une espèce envahissante.
L’herbe de la pampa est-elle interdite en France ? Elle est classée espèce exotique envahissante et encadrée par des textes européens et français. Les restrictions varient selon l’usage (vente, plantation, transport) : consultez Légifrance et EUR-Lex ou votre préfecture avant d’agir.
Comment couper une touffe sans se blesser ? Gants épais, manches longues, lunettes, et feuillage coupé court avant d’intervenir avec la bêche ou la scie.
Pourquoi mon herbe de la pampa ne fait pas de plumeaux ? Souvent parce que la touffe est trop jeune, trop à l’ombre, trop fertilisée en azote, ou taillée au mauvais moment. Un pied mâle donne aussi des panaches moins fournis que la femelle.
Avant de sortir la bêche, une dernière vérification : contactez votre mairie, la DDT ou le conservatoire botanique de votre région pour connaître les règles applicables chez vous. Si vous voulez vous faire la main sur une plante moins encadrée, la division de ciboulette ou le bouturage d’un rosier sont d’excellents terrains d’entraînement. Rappelons enfin que les graines d’un seul plumeau, très légères, peuvent parcourir de longues distances portées par le vent : un argument de plus pour couper les panaches avant leur maturité.