Le chaulage consiste à épandre un produit riche en calcium, parfois en magnésium, pour faire remonter le pH d’un sol trop acide. C’est l’un des plus anciens gestes d’amélioration des terres, déjà pratiqué par les agriculteurs gaulois avec de la marne. Au jardin, il se répète tous les trois ou quatre ans, de l’automne à la fin de l’hiver, et seulement après une mesure.
Sans mesure préalable, on chaule à l’aveugle.
- Un sol à pH 5 est dix fois plus acide qu’un sol à pH 6, ce qui rend l’aluminium soluble et bloque l’absorption du phosphore.
- Le calcaire broyé s’applique à 100-300 g/m² de septembre à février, six mois avant d’évaluer son effet par une nouvelle mesure.
- Rhododendrons, azalées et hortensias bleus rejettent le calcaire et jaunissent en sol calcaire, d’où l’intérêt de chauler sélectivement.
Mesurer l’acidité avant d’épandre
L’échelle du pH est logarithmique : un sol à 5 est dix fois plus acide qu’un sol à 6. Sous 5,5, l’aluminium devient soluble et agresse les racines, tandis que le phosphore se fige sous des formes que les plantes n’absorbent plus. La plupart des légumes, le gazon et les arbres fruitiers se plaisent entre 6 et 7. Un kit de test de jardinerie donne une première idée, mais une analyse en laboratoire, sur un échantillon prélevé entre 15 et 20 cm de profondeur, reste bien plus fiable.
Le sol s’acidifie de lui-même. La pluie lessive le calcium en permanence, à raison de plusieurs centaines de kilos par hectare et par an, soit quelques dizaines de grammes par mètre carré. Les vers de terre désertent peu à peu les terres trop acides, et la matière organique s’y décompose moins bien.
La flore spontanée aide aussi à deviner le terrain. Petite oseille, fougère aigle, ajonc, digitale et bruyère s’installent volontiers sur les sols siliceux, fréquents en Bretagne, dans le Massif central, les Vosges ou les Landes.
Attention au faux indice de la mousse dans la pelouse. Elle trahit plus souvent un sol tassé, ombragé ou gorgé d’eau qu’une acidité excessive, et la chaux n’y changera rien si le drainage est en cause. Sur une terre compactée, un passage d’aérateur à dents donne de meilleurs résultats.
Calcaire broyé, chaux éteinte ou chaux vive
Le carbonate de calcium, c’est-à-dire du calcaire finement broyé, est le choix le plus sûr pour un particulier. Il agit lentement, ne brûle pas les racines et se tolère bien sur un sol vivant. La chaux éteinte, plus réactive, corrige plus vite mais demande davantage de prudence. La dolomie, elle, apporte aussi du magnésium, utile sur les terres légères qui en manquent.
La chaux vive, caustique, n’a pas sa place dans un jardin de particulier.
Sur le sac, la valeur neutralisante (VN) permet de comparer les produits à poids égal. Un calcaire pur tourne autour de 56, une chaux éteinte autour de 75. Il faut donc épandre un quart de moins de la seconde pour une correction équivalente à terme.
Doses, calendrier et plantes à épargner
À titre indicatif, comptez 100 à 300 g/m² de calcaire broyé selon le pH de départ et la texture : une terre argileuse, qui résiste mieux au changement, réclame plus qu’un sable. Au-delà de 300 g/m², mieux vaut fractionner en deux passages espacés d’un an.
Le bon créneau s’étend d’octobre à février, sur sol ressuyé, sans gel ni vent. On répand à la volée, avec gants, lunettes et masque pour les poudres, puis on griffe sur quelques centimètres. Il faut aussi laisser un mois d’écart avec un apport de fumier frais ou d’engrais ammoniacal, car la chaux fait s’échapper l’azote sous forme d’ammoniac. Les produits conformes à la norme NF U 44-001 offrent une composition garantie.
Rhododendrons, azalées, camélias et hortensias bleus détestent le calcaire.
Ces plantes de terre de bruyère jaunissent dès que le pH grimpe, d’où l’intérêt de ne chauler que le potager, la pelouse et les massifs adaptés. Les pommes de terre apprécient aussi un sol légèrement acide, vers 5,5 à 6, car la gale commune prospère en milieu calcaire. On chaule donc la parcelle l’année précédente, ou après la récolte.
Le calcaire broyé met six mois à un an pour agir pleinement. Une seconde mesure du pH, douze mois après l’épandage, permet d’ajuster la dose du passage suivant.