Le buddleia de David (Buddleja davidii), surnommé « arbre à papillons », peut gagner deux mètres en une seule saison et fleurir de juillet jusqu’aux premières gelées. Un arbuste vigoureux, parfumé, qui transforme un coin de jardin en halte pour vanesses, paons-du-jour et piérides. Mais derrière cette réputation flatteuse se cache un statut moins reluisant, que tout propriétaire devrait connaître avant de creuser le trou de plantation.
- Le buddleia nourrit les papillons adultes mais pas leurs chenilles.
- Un seul pied produit des centaines de milliers de graines dispersées par le vent.
- Couper les fleurs fanées avant la formation des capsules limite fortement les semis.
Pourquoi les papillons s’y précipitent
Les grappes de fleurs, longues de 15 à 30 cm, sont composées de centaines de minuscules corolles tubulaires. Chacune renferme un nectar riche en sucres, accessible même aux insectes à trompe courte. Le parfum, proche du miel, porte à plusieurs dizaines de mètres.
La palette de couleurs joue aussi son rôle : violet, mauve, rose, blanc, parfois jaune orangé chez les hybrides. Les papillons de jour repèrent surtout les teintes violettes et bleutées.
Sa floraison tardive compte énormément. En août et septembre, quand les prairies sont fauchées et que les fleurs sauvages se raréfient, le buddleia reste l’un des rares buffets encore garnis.
Et les papillons de nuit ne sont pas en reste.
Les noctuelles et certains sphinx viennent butiner au crépuscule, attirés par le parfum qui se renforce en soirée. Un pied bien exposé peut ainsi accueillir des visiteurs du matin jusque tard dans la nuit, bourdons et abeilles solitaires compris.
Un arbuste à double visage
Voici le revers de la médaille : le buddleia nourrit les papillons adultes, mais pas leurs chenilles. Aucune espèce française de papillon ne s’y développe de façon significative, ses feuilles ne convenant pas aux larves locales. Il offre le dîner sans fournir la crèche.
Pire, il s’échappe des jardins. Chaque pied produit des centaines de milliers de graines minuscules, dispersées par le vent, qui colonisent talus, voies ferrées, friches et berges de rivières. En Île-de-France comme dans le Nord et l’Ouest, on le croise sur les murs et les ballasts. Plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni, ont lancé des campagnes de sensibilisation, et il figure sur les listes de plantes exotiques envahissantes de plusieurs régions françaises.
Dans certains départements, des conservatoires botaniques le classent en espèce invasive avérée ou potentielle. Avant de planter, renseignez-vous auprès du conservatoire botanique national de votre région : la réglementation locale varie.
Sa croissance rapide devient alors un problème, pas un atout.
Des alternatives et des variétés stériles
Le plus simple pour conserver le spectacle sans la dispersion consiste à choisir des cultivars à faible fertilité. Les obtenteurs ont mis au point des séries compactes, dites « stériles » ou à très faible production de graines, souvent vendues sous la mention Buddleja de type « Lo & Behold » ou hybrides apparentés. Leur taille réduite, autour d’un mètre, convient aux grands pots sur terrasse.
Mieux vaut vérifier l’étiquette et interroger le pépiniériste, car la stérilité n’est jamais absolue. Quelques graines peuvent subsister.
Côté plantes locales, plusieurs espèces séduisent tout autant les insectes : la lavande, l’origan, la valériane rouge, la verveine de Buenos Aires (à surveiller aussi, elle se ressème facilement), l’eupatoire chanvrine, la scabieuse et l’échinacée. Le lierre, en fleurs en octobre, est une manne tardive pour les derniers butineurs.
Pour les chenilles, il faut des plantes hôtes : l’ortie pour la petite tortue et le paon-du-jour, les graminées pour les satyres, le fenouil ou la carotte sauvage pour le machaon. Un carré d’orties de 2 m² dans un angle ensoleillé suffit à faire vivre plusieurs générations.
Planter et tailler : les gestes qui comptent
Si vous gardez un buddleia, installez-le en plein soleil, dans un sol bien drainé. Il supporte le calcaire, la sécheresse et la pollution urbaine, ce qui explique en partie son succès. L’arrosage n’est utile que la première année et lors de canicules prolongées.
La taille se fait en fin d’hiver, entre février et mars : on recoupe les rameaux à 20 à 30 cm du sol, juste au-dessus de deux ou trois yeux. La floraison se développe sur le bois de l’année, donc plus la coupe est franche, plus les grappes seront belles.
Le geste décisif contre la dispersion reste l’ébouage des fleurs fanées. Coupez les grappes dès qu’elles brunissent, avant la formation des capsules, et le risque de semis spontanés chute fortement. Une cisaille et dix minutes par semaine en septembre suffisent, ce qui prolonge en prime la floraison de quelques semaines.
Si des semis levés apparaissent au pied du mur voisin, arrachez-les jeunes : un plant de moins de 30 cm sort à la main, alors qu’un sujet de trois ans réclame une pioche et laisse des repousses depuis la souche.
Dernier point, souvent ignoré : les déchets de taille ne vont ni au compost ni en lisière de bois, mais en déchetterie ou en broyage, car des graines viables peuvent survivre dans les capsules mûres.