Puceron vert et coccinelle : comment laisser les auxiliaires faire le travail

Une coccinelle adulte avale entre 50 et 100 pucerons par jour, et sa larve, plus vorace encore pour sa taille, en consomme environ 600 avant de se nymphoser. Face au puceron vert, ce petit coléoptère reste l’allié le plus efficace du jardinier, à condition de lui laisser le temps de s’installer.

À retenir
  • Une coccinelle adulte consomme entre 50 et 100 pucerons par jour.
  • Les larves de coccinelle dévorent environ 600 pucerons avant de se nymphoser.
  • Une bande fleurie et une capucine au pied des rosiers attirent les prédateurs.
  • Les insecticides à large spectre tuent aussi les larves de coccinelles et les syrphes.

Le puceron vert, un envahisseur discret

Le puceron vert du rosier (Macrosiphum rosae) et son cousin du pêcher (Myzus persicae) colonisent les jeunes pousses dès les premiers redoux du printemps. Ils plantent leur stylet dans les vaisseaux de la plante pour pomper la sève, ce qui déforme les feuilles et freine la croissance des bourgeons.

Leur rythme de reproduction est vertigineux. Une femelle donne naissance, sans accouplement, à plusieurs dizaines de larves en quelques semaines, et ces jeunes sont elles-mêmes enceintes à leur naissance.

Une colonie de dix individus peut ainsi dépasser plusieurs milliers de têtes en un mois, sous un climat doux.

Le vrai dommage vient souvent d’ailleurs que de la sève prélevée. Les pucerons excrètent un miellat sucré, sur lequel se développe la fumagine, ce voile noirâtre qui gêne la photosynthèse des feuilles. Certaines espèces transmettent aussi des virus, dont ceux de la mosaïque du concombre, et Myzus persicae en véhicule plus d’une centaine selon les travaux de l’INRAE. Les fourmis, qui raffolent du miellat, protègent les colonies contre leurs prédateurs et parfois les déplacent d’une plante à l’autre.

La coccinelle, prédateur à tous les stades

La coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata) est la plus connue, mais l’espèce asiatique Harmonia axyridis, arrivée en Europe comme auxiliaire de lutte biologique, s’est largement répandue en France depuis les années 2000. Elle est un peu plus grosse, plus variable en couleur, et se montre très efficace sur les pucerons. En contrepartie, elle concurrence les espèces locales et s’invite volontiers dans les maisons à l’automne.

Ce sont pourtant les larves qu’il faut apprendre à reconnaître. Allongées, grisâtres, tachées d’orange ou de jaune et hérissées de petites épines, elles ressemblent à de minuscules alligators. Beaucoup de jardiniers les prennent pour des nuisibles et les écrasent.

Le cycle complet dure de quatre à huit semaines selon la température. Les femelles pondent par grappes de 10 à 50 œufs jaunes, collés sous les feuilles, toujours à proximité d’une colonie de pucerons pour que les larves trouvent à manger dès l’éclosion.

Les adultes hivernent en groupe, cachés sous l’écorce, dans les tiges creuses ou les tas de feuilles. Ils sortent dès que les températures dépassent une dizaine de degrés.

Installer les coccinelles sans tout acheter

Acheter des larves en jardinerie fonctionne en serre fermée, beaucoup moins en plein air, car elles s’envolent. Mieux vaut fabriquer un environnement qui retient celles déjà présentes dans le quartier.

Une bande fleurie change tout. Les adultes se nourrissent de pollen et de nectar quand les pucerons manquent, et les ombellifères (fenouil, aneth, carotte sauvage), la tanaisie, la bourrache ou la capucine leur conviennent bien. Une capucine plantée au pied des rosiers sert aussi de plante piège, car les pucerons s’y concentrent et attirent les prédateurs.

L’ortie mérite un coin tranquille. Elle héberge ses propres pucerons, spécifiques, qui ne passent pas sur les cultures, et ils nourrissent les coccinelles dès le début de printemps, avant l’arrivée des colonies sur les rosiers.

Pour l’hiver, un tas de bois, quelques tiges de sureau ou de bambou coupées et laissées debout, ou un hôtel à insectes garni de paille et de pommes de pin, offrent un abri. Il suffit d’attendre mars avant de ranger les tiges sèches du massif.

Agir quand les pucerons passent devant

La coccinelle met quelques jours à réagir à une explosion de pucerons. Pendant ce délai, un jet d’eau assez ferme décroche une grande partie des insectes, qui ne remontent pas sur la plante. Une pulvérisation de savon noir dilué, à raison d’une cuillère à soupe par litre d’eau, asphyxie ceux qui restent. À faire le soir, hors floraison, pour ne pas toucher les pollinisateurs.

Les insecticides à large spectre, y compris certains produits « naturels » à base de pyrèthre, tuent aussi les larves de coccinelles et les syrphes, autres grands mangeurs de pucerons. Une seule pulvérisation peut annuler des semaines de travail de la faune auxiliaire.

Les chrysopes et les syrphes complètent le travail, de même que les mésanges, qui en prélèvent beaucoup pour nourrir leurs jeunes. Un nichoir installé à l’automne a de bonnes chances d’être occupé au printemps suivant.

Chez les arboriculteurs, la lutte biologique par conservation progresse, avec des haies mêlant essences locales et floraisons échelonnées. Un jardin de 300 m² peut en reprendre le principe avec quelques mètres linéaires.

Dernier point à surveiller : les fourmis. Un anneau de glu sur le tronc des arbustes fruitiers, ou un traitement du nid à l’eau chaude, coupe l’élevage de pucerons dont elles tirent leur miellat.

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