Sol acide ou calcaire : comment reconnaître le sien et quoi planter

Un sol de jardin se classe selon son pH, et un simple test à 10 euros suffit à savoir de quel côté il penche. En dessous de 6,5, il est acide. Entre 6,5 et 7,5, il est neutre. Au-dessus de 7,5, il est calcaire, ou plus exactement alcalin, avec un excès de carbonate de calcium dans la terre.

À retenir
  • Un sol se classe selon son pH : acide en dessous de 6,5, neutre entre 6,5 et 7,5, calcaire au-dessus de 7,5.
  • Un peu de vinaigre blanc sur de la terre sèche qui mousse révèle un sol calcaire.
  • Le sol calcaire bloque le fer, ce qui fait jaunir les camélias et les azalées.

Reconnaître son sol sans laboratoire

La nature donne des indices bien avant qu’on sorte le matériel. Les hortensias bleus qui prospèrent, les rhododendrons, les bruyères et les fougères aigles signalent un terrain acide. La clématite des haies, la sauge sclarée, le coquelicot ou la mauve sauvage préfèrent le calcaire.

Le test du vinaigre est le plus rapide. Versez quelques gouttes de vinaigre blanc sur une poignée de terre sèche : si elle mousse, le calcaire est présent en quantité.

L’inverse fonctionne aussi, avec du bicarbonate de soude délayé dans de l’eau. Une réaction effervescente sur la terre humide trahit cette fois un sol acide.

Les bandelettes ou le pH-mètre de jardinerie donnent une valeur chiffrée, pour une dizaine d’euros. Prélevez la terre à 10 ou 15 cm de profondeur, à trois ou quatre endroits du jardin, et mélangez-les. Un jardin peut très bien présenter des pH différents d’un coin à l’autre, surtout autour d’une maison dont les fondations en béton libèrent de la chaux dans le sol.

La géographie aide aussi. Le Massif armoricain, les Landes, les Vosges et le Limousin reposent sur du granite et du schiste, donc sur des sols plutôt acides. Le Bassin parisien, la Champagne, les Charentes et le pourtour des Alpes calcaires offrent l’inverse.

Ce que le pH change vraiment pour les plantes

Le pH n’agit pas directement sur la plante. Il décide de ce que la plante peut absorber.

En sol calcaire, le fer devient insoluble. Les plantes acidophiles comme les camélias, les azalées ou les myrtilliers n’arrivent plus à s’en procurer et jaunissent entre les nervures de leurs feuilles : c’est la chlorose ferrique, le symptôme le plus répandu du jardinier qui a planté à contre-courant.

En sol trop acide, c’est l’aluminium et le manganèse qui deviennent trop solubles, au point d’être toxiques pour les racines. Dans le même temps, le calcium, le magnésium et le phosphore se raréfient. Les légumes gourmands, comme les choux, les poireaux ou les épinards, y végètent.

La zone idéale se situe autour de 6,5 à 7, où la plupart des éléments nutritifs restent disponibles. C’est la raison pour laquelle le potager supporte mal les extrêmes.

Le sol calcaire a quand même ses fans : lavande, thym, romarin, oliviers, figuiers, vignes et valériane rouge s’y plaisent, et demandent peu d’eau. Un terrain pierreux et sec peut ainsi devenir un jardin méditerranéen sans effort d’amendement.

Corriger, ou choisir les bonnes plantes

Modifier le pH d’un jardin entier est un travail de longue haleine, et souvent un combat perdu d’avance. Un sol calcaire est tamponné par des réserves de calcaire en profondeur, qui remontent la valeur à chaque arrosage avec une eau dure.

Pour acidifier ponctuellement, on utilise de la terre de bruyère, de la tourbe (dont l’usage est de plus en plus critiqué pour son impact sur les tourbières), des aiguilles de pin en paillage ou du soufre en poudre, dont l’action est lente. Mieux vaut, pour un camélia, creuser une grande fosse de 60 cm de côté et la remplir de substrat acide, plutôt que d’espérer transformer toute la parcelle.

Dans l’autre sens, on relève le pH d’un sol acide par un chaulage, seulement si le pH mesuré descend sous 6. Le calcaire broyé est le choix le plus sûr ; la dolomie apporte en plus du magnésium, et les coquilles broyées conviennent aussi. La chaux vive, caustique, n’est pas faite pour un jardin d’amateur. Les doses vont de 130 à 420 g de calcaire broyé par m² selon le pH de départ et la texture de la terre, épandus de l’automne à la fin de l’hiver, jamais en même temps que le fumier : tout est détaillé dans chaulage et amendement calcaire : dose au m² et période.

Le pH redescend peu à peu après un chaulage : refaites un test tous les 3 à 5 ans, et pas avant trois mois après un apport.

L’eau d’arrosage compte autant qu’on le croit peu. Dans les régions où elle est très calcaire, comme l’est de la France, l’eau de pluie récupérée dans une cuve fait baisser le pH des pots et des massifs d’acidophiles. Quelques centaines de litres stockés en fin d’hiver suffisent à tenir plusieurs semaines d’été.

Les cultures en bacs offrent la solution la plus radicale. Un hortensia bleu en grand pot rempli de terreau acide vit très bien sur une terrasse posée sur un sol crayeux, à condition d’arroser à l’eau de pluie.

Adapter la palette plutôt que lutter

La stratégie la plus économe consiste à accepter le sol tel qu’il est. En terrain calcaire, misez sur les lilas, les seringas, les buddleias, les cistes, les gauras, les sedums et les rosiers, qui tolèrent bien un pH élevé. En terrain acide, les érables du Japon, les pieris, les kalmias, les digitales et les hortensias composent des massifs denses.

Les paillages organiques, comme le compost mûr, font office de régulateur. Un apport annuel de 3 à 5 cm de compost rapproche peu à peu le pH de la neutralité, quel que soit le point de départ, tout en améliorant la structure de la terre.

Un dernier point, rarement mentionné : les terrasses et allées en dalles de calcaire ou en béton relarguent de la chaux lors des pluies, et élèvent localement le pH des bordures. Les rhododendrons plantés en lisière d’une dalle en pierre reconstituée jaunissent souvent au bout de deux ou trois ans.