Arroser en surface, c’est apporter l’eau sans l’enfouir : par aspersion, par pluie fine ou au pied des plantes, sans réseau enterré. Un tuyau, un arrosoir, un tourniquet, un tuyau microporeux posé sur le sol. La méthode est la plus répandue dans les jardins français, et aussi la plus mal exécutée.
Le défaut classique tient en une habitude : arroser peu, souvent, en fin de journée sur un sol sec. L’eau mouille les cinq premiers centimètres, s’évapore, et les racines remontent vers la surface pour la chercher. Plus elles s’y installent, plus la plante craint la première semaine de canicule.
- Arroser peu et souvent fait remonter les racines vers la surface, où elles souffrent en cas de canicule.
- Un arrosage profond et espacé, 15 à 20 litres par mètre carré une fois par semaine, donne de meilleurs résultats.
- Un paillage de 5 à 8 centimètres réduit l’évaporation de moitié environ.
- Une cuve d’eau de pluie est l’investissement le plus rentable pour arroser sans dépendre du réseau.
Ce que l’eau fait vraiment dans le sol
Un sol de jardin ordinaire se comporte comme une éponge à deux vitesses. Un sol sableux laisse filer l’eau en quelques minutes vers le bas, tandis qu’un sol argileux l’absorbe lentement et ruisselle dès que le débit dépasse sa capacité d’infiltration. Le même arrosage de vingt minutes ne produit donc pas du tout le même effet d’un jardin à l’autre.
Pour un potager ou un massif, il faut viser l’humidité sur 15 à 20 centimètres de profondeur. Un test simple : le lendemain d’un arrosage, plantez une spatule ou creusez avec une main et vérifiez que la terre est fraîche et collante sous la croûte superficielle.
Un arrosage profond et espacé vaut mieux que trois passages légers.
En pratique, 15 à 20 litres par mètre carré une fois par semaine en été donnent de meilleurs résultats que 5 litres chaque soir sur les légumes en pleine terre. Pour mesurer ce que délivre votre tourniquet, posez quelques gobelets dans la zone arrosée : 1 centimètre d’eau au fond correspond à 10 litres par mètre carré. Beaucoup de jardiniers découvrent ainsi qu’ils n’apportent que le tiers de ce qu’ils croyaient.
Les outils : choisir selon la plante, pas selon l’habitude
L’arrosoir reste imbattable pour les semis, les jardinières et les jeunes plantations, parce qu’il dose au pied sans mouiller le feuillage. Équipé d’une pomme fine, il évite aussi de creuser le sol et de déchausser les racines. Sur une grande surface, il devient en revanche un sport de combat.
Le tuyau avec lance à jet réglable convient aux haies, aux arbustes installés et aux zones disparates. Le tourniquet et l’arroseur oscillant, eux, couvrent les pelouses, mais une bonne partie de l’eau se perd par évaporation et par dérive du vent, surtout en milieu de journée. Les pertes peuvent atteindre 30 % par temps chaud et venteux selon les conditions locales.
Le tuyau poreux, posé à plat sous le paillage, change la donne dans les rangs de légumes et les massifs de vivaces. Il suinte lentement, humidifie le sol sans toucher les feuilles et limite le mildiou et l’oïdium, qui adorent les feuillages mouillés. Les modèles en caoutchouc recyclé se déroulent et se déplacent d’une saison à l’autre, sans outil ni raccord compliqué.
Pour la pelouse, la règle est stricte : mieux vaut un arrosage copieux, une à deux fois par semaine, qu’un petit passage quotidien. Une pelouse correctement enracinée tient plusieurs semaines sans eau en jaunissant, puis repart dès les pluies d’automne. Les gazons de sport, eux, ne pardonnent pas.
Horaires, paillage et réglementation
Le meilleur moment, c’est tôt le matin, entre 5 h et 8 h. Le sol est frais, le vent faible, et les feuilles sèchent avant la nuit. Le soir convient en second choix, avec un risque de maladies fongiques plus élevé si le feuillage reste humide jusqu’au matin.
Le paillage est l’allié le plus sous-estimé du jardinier. Une couche de 5 à 8 centimètres de tontes séchées, de paille, de broyat ou de feuilles mortes réduit l’évaporation de moitié environ et freine les adventices qui concurrencent les cultures pour l’eau. En plus, l’humus qui se forme en dessous améliore peu à peu la rétention du sol.
Reste le cadre légal. En période de sécheresse, les préfectures prennent des arrêtés de restriction qui limitent ou interdisent l’arrosage des pelouses et des jardins selon quatre niveaux : vigilance, alerte, alerte renforcée et crise. Beaucoup interdisent l’arrosage de 8 h à 20 h dès le niveau d’alerte, et les contrevenants s’exposent à une amende de 5e classe, soit jusqu’à 1 500 euros. L’état des restrictions de votre département se consulte sur le site officiel Propluvia.
Récupérer l’eau de pluie change aussi la donne. Un toit de 100 m² collecte environ 600 litres par millimètre de pluie, soit 60 000 litres sur une année à 600 mm, de quoi couvrir la majorité des besoins d’un potager familial. Une cuve de 300 à 1 000 litres au pied d’une gouttière, munie d’un filtre et d’un trop-plein, reste l’investissement le plus rentable, et elle n’est généralement pas concernée par les restrictions préfectorales sur l’eau du réseau.
Dernier détail concret : l’eau de pluie est naturellement non calcaire, ce qui convient aux hortensias, aux rhododendrons et aux autres plantes de terre de bruyère que l’eau du robinet, souvent dure, finit par faire chlorosés.