La bignone se bouture le plus sûrement en été, autour de juillet-août, avec une tige semi-aoûtée de 10 à 15 cm portant 2 à 3 nœuds. On garde une ou deux feuilles, éventuellement raccourcies, puis on pique la tige dans un mélange léger et drainant, humide sans excès, à lumière vive mais sans soleil direct. Si votre plante drageonne ou qu’une tige traîne au sol, le drageon et la marcotte sont encore plus simples. La bouture de racine, elle, se fait en hiver. Quant à l’enracinement, comptez quelques semaines, un délai qui varie selon la saison et la vigueur de la tige.
De quelle bignone parle-t-on ?
Trois plantes se cachent derrière ce nom. Campsis radicans, la bignone de Virginie, est la plus répandue dans les jardins français : une liane très vigoureuse, à fleurs orange-rouge, qui s’accroche seule au support grâce à ses racines aériennes. Campsis x tagliabuana est un hybride entre C. radicans et C. grandiflora, aux fleurs plus grandes, vendu sous des noms de cultivars (« Madame Galen » est l’un des plus connus). Enfin Bignonia capreolata, la bignone de la croix, grimpe par vrilles, reste plus frileuse et drageonne beaucoup moins.
La distinction pèse sur le choix de la méthode. Les deux Campsis acceptent bouture de tige, de racine, drageon et marcotte. Bignonia capreolata, qui drageonne peu, se bouture surtout par tige ou marcotte. Pour un cultivar de Campsis x tagliabuana, la bouture donne un clone fidèle de la plante mère, ce que le semis ne garantit jamais. Si votre plant a été acheté greffé (l’étiquette ou le pépiniériste le dit), les rejets issus du pied peuvent venir du porte-greffe et non du cultivar : vérifiez avant de multiplier.
Reste la question du vocabulaire. En France, « jasmin trompette » désigne le plus souvent Campsis radicans, c’est-à-dire la bignone elle-même. Le mot « bignone » est plus large : il renvoie à la famille des Bignoniacées, ce qui explique les croisements de noms dans les catalogues. Ni l’un ni l’autre n’a de lien botanique avec le vrai jasmin, dont les fleurs sont petites et parfumées. Pour le bouturage, retenez simplement le nom latin : c’est lui qui dit quelle méthode appliquer.
Tige, racine, drageon ou marcotte : choisir sa méthode
Quatre techniques coexistent, et aucune ne domine partout. Le tableau ci-dessous donne des ordres de grandeur issus des pratiques courantes de jardinage, à ajuster selon votre climat.
| Méthode | Saison | Difficulté | Délai avant plantation | Plants obtenus | Risque pour la plante mère |
|---|---|---|---|---|---|
| Bouture de tige semi-aoûtée | Juillet-août | Moyenne | Quelques semaines d’enracinement, plantation au printemps suivant | Plusieurs | Faible |
| Bouture de racine | Hiver, plante au repos | Moyenne | Premières pousses au printemps, plantation après une saison en pot | Quelques-uns | Modéré si on prélève trop |
| Drageon | Fin d’hiver ou printemps | Facile | Plantation directe ou court passage en pot | Un par drageon | Très faible |
| Marcotte | Printemps à été | Facile | Une saison de sevrage | Quelques-uns | Faible |
Pour un premier essai, le drageon ou la marcotte battent la bouture de tige. Le drageon est déjà un jeune plant pourvu de ses propres racines : il suffit de le dégager à la bêche, en fin d’hiver, avec un petit chevelu racinaire, puis de le rempoter ou de le replanter aussitôt. La marcotte consiste à coucher une tige souple, à enterrer un nœud sur 10 à 15 cm, à la maintenir avec un crochet et à attendre. La tige reste nourrie par la plante mère pendant l’enracinement, d’où un taux de réussite supérieur. On la sèvre une fois les racines installées, souvent après une saison complète.
La bouture de racine, plus confidentielle, fonctionne parce que la bignone drageonne : ses racines portent des bourgeons latents. En hiver, on déterre délicatement le pied sur le côté et on prélève deux ou trois tronçons de 5 à 10 cm, de l’épaisseur d’un crayon (les sources varient sur ces dimensions). Chaque tronçon est posé dans un pot de substrat léger, recouvert d’un à deux centimètres, et gardé à l’abri du gel. Pas davantage de tronçons : une plante dont on a rogné le système racinaire de moitié met des années à s’en remettre.
La bouture de tige d’été, pas à pas
Une bouture semi-aoûtée, c’est une tige de l’année dont la base commence à durcir tandis que l’extrémité reste souple. Pliez-la : si elle casse net sans plier mollement, elle est trop ligneuse ; si elle se courbe comme une herbe, elle est trop tendre. Coupez 10 à 15 cm, juste sous un nœud, avec un sécateur propre. Gardez 2 à 3 nœuds, car c’est là que naissent les racines. Les feuilles de la bignone sont composées, avec une dizaine de folioles : conservez une feuille ou deux, que l’on réduit à deux ou trois folioles pour limiter l’évaporation. Les crampons (racines aériennes) du bas de la tige peuvent rester, ils n’empêchent rien.
Le substrat doit laisser circuler l’air : un mélange moitié terreau, moitié sable grossier ou perlite fait l’affaire. Un pot de 9 à 10 cm accueille trois ou quatre boutures. Enfoncez-les sur la moitié de leur longueur, tassez légèrement, arrosez, puis placez le pot dans un endroit très lumineux, sans soleil direct, qui grille les feuilles avant qu’une seule racine n’apparaisse. Une mini-serre ou un sachet transparent maintient l’humidité, à condition d’aérer chaque jour pour éviter la pourriture.
L’hormone de bouturage n’est pas obligatoire : la bignone est une plante qui s’enracine volontiers. Une poudre peut toutefois accélérer les choses et améliorer le résultat sur du bois plus dur ; le guide général sur comment faire des boutures de plantes compare les produits et détaille le choix entre eau et terre. Retenez ici que la bouture dans l’eau est possible, mais que ses racines, fragiles, supportent mal le rempotage. Si vous avez déjà réussi une bouture de rosier, le geste vous sera familier. Pour comparer avec un autre arbuste, hortensia suit une logique voisine, tandis que la fiche comment faire une bouture d’hortensia et ses voisines montrent les variantes plante par plante.
Comment savoir que la bouture a repris
Trois semaines environ après le piquage, mais parfois davantage, commencent les premiers signes. Une tige verte et ferme, des bourgeons qui gonflent, une jeune pousse qui s’allonge : bon signe. Une légère résistance quand on tire doucement sur la tige confirme que des racines s’ancrent. Les feuilles d’origine, elles, peuvent jaunir sans que tout soit perdu : jugez à la tige, pas aux feuilles. Une base qui noircit et ramollit, au contraire, signale une pourriture. Retirez cette bouture sans attendre, elle contaminerait ses voisines.
Erreurs qui font échouer l’opération
Les ratés viennent presque toujours des mêmes causes : tige trop tendre ou trop dure, substrat détrempé, soleil direct sur un pot sous plastique, ou bouture sortie du pot trop tôt pour « vérifier ». Une bouture dérangée casse ses jeunes racines et repart de zéro. Mieux vaut attendre qu’un chevelu apparaisse par les trous de drainage.
Du pot au jardin : plantation, palissage et précautions
Une jeune bouture enracinée n’est pas prête à affronter l’hiver dehors. Gardez-la en pot, à l’abri du gel, puis habituez-la progressivement à l’extérieur au printemps en la sortant quelques heures par jour : cet endurcissement dure une à deux semaines. La plantation se fait ensuite en sol ordinaire bien drainé, au soleil ou à mi-ombre lumineuse, car la floraison est meilleure en pleine lumière. La bignone supporte des sols pauvres, pas l’eau stagnante.
Le support compte autant que l’emplacement. Les racines aériennes s’accrochent seules aux murs, mais elles peuvent abîmer un crépi fragile et laisser des traces. Une pergola, un fil tendu ou un grillage solide offrent un appui plus propre. Prévoyez un palissage dès la première année, en guidant les tiges principales à l’horizontale pour multiplier les rameaux porteurs de fleurs. Ceux-ci naissent sur le bois de l’année, ce qui autorise une taille franche en fin d’hiver.
Côté floraison, soyez patient. Un plant issu de bouture fleurit en général en deux à quatre ans selon la vigueur et le climat, parfois plus tôt. Un plant issu de semis peut se faire attendre beaucoup plus longtemps, souvent près d’une décennie, et ne ressemblera pas forcément à ses parents : voilà pourquoi les jardiniers préfèrent la multiplication végétative.
Une précision en passant : la bignone n’est pas envahissante par nature, elle le devient quand on la laisse faire. La multiplier par bouture ne change rien à son caractère, mais cela revient à multiplier aussi les futurs drageons, un point à garder en tête avant de distribuer dix plants à ses voisins.
Nous sommes début octobre : la fenêtre des boutures de tige est fermée jusqu’à l’été prochain. Rien n’empêche pourtant de préparer le terrain. Repérez dès maintenant les drageons à prélever en fin d’hiver et choisissez une tige souple à marcotter, que vous pouvez coucher au sol sans attendre. Notez aussi, pour juillet 2027, la branche qui aura produit le bois semi-aoûté idéal : c’est elle qui garnira vos pots.