Un arbuste qui produit dès sa première saison, résiste sans broncher à des hivers rigoureux et offre des fruits au goût d’ananas mêlé de goyave. Ça sonne trop beau ? Pourtant le feijoa, aussi appelé goyavier du Brésil, existe bel et bien, pousse tranquillement dans quelques jardins français, et reste incompréhensiblement ignoré de la grande majorité des amateurs de fruitiers. Mars est exactement le bon moment pour y remédier.
À retenir
- Un arbuste qui fructifie bien plus tôt que les fruitiers traditionnels
- Des fruits comestibles ET des fleurs décoratives à récolter
- Pourquoi cet exotique demeure-t-il invisible en France depuis 130 ans ?
Un exotique discret qui joue dans la cour des rustiques
Originaire d’Amérique du Sud, le goyavier du Brésil, plus connu sous le nom de feijoa dans son pays d’origine, est en fait un Acca sellowiana de la famille des myrtacées. Ce qui devrait immédiatement sauter aux yeux de tout jardinier curieux, c’est sa résistance au froid. Le goyavier du Brésil est une plante rustique, aussi bien par sa résistance au froid, jusqu’à -15°C, que par sa capacité à supporter une sécheresse passagère. Comparez avec un citronnier qui rend l’âme à -3°C et vous comprendrez pourquoi cette donnée mérite qu’on s’y arrête.
Malgré ses origines, cet arbuste est relativement robuste, pouvant survivre à des températures allant jusqu’à -15°C et repoussant depuis la souche après un gel complet. Cette dernière précision change tout : même si un hiver particulièrement brutal abîme les parties aériennes, la plante repart de la base sans qu’on ait à intervenir. Un filet de sécurité que ni le pêcher ni l’abricotier ne vous offrira jamais.
Le feijoa a été introduit en Europe autour de l’année 1885, et en France en 1890 par Édouard André, qui le planta sur la Côte d’Azur à Golfe Juan. Plus de 130 ans de présence sur le territoire, et pourtant on le cherche encore dans les rayons des grandes enseignes de jardinage. Il est très connu en Nouvelle-Zélande (premier producteur mondial), en Crimée, en Australie, en Californie et aussi en Espagne et en Italie. La France, paradoxalement, fait figure de retardataire.
Des fruits qui valent le détour, et les pétales aussi
La pulpe blanche et crémeuse est ferme, juteuse et douce, révélant des saveurs d’ananas, de fraise et de goyave, avec 20 à 40 petites graines brunâtres. Une description qui fait penser à un cocktail tropical soigneusement composé. À l’automne, le feijoa produit de délicieux fruits à la chair très parfumée et à la saveur acidulée, qui se mangent à la cuillère. À savoir : les fruits se ramassent lorsqu’ils tombent au sol. Pas besoin de perche ni de filet, la nature fait le travail.
Ce qui rend le feijoa vraiment singulier, c’est qu’il se consomme deux fois. Ses pétales sont comestibles, sucrés et croquants : on peut les parsemer dans les salades. Dès le mois de mai et tout au long de juin, l’arbre se couvre de fleurs blanches dévoilant d’énormes étamines rouge vif. Résultat : un arbuste décoratif au printemps, fruitier à l’automne, et gourmand en toutes saisons.
La durée de conservation des fruits reste le seul bémol de ce tableau idyllique. Les fruits de ce drôle de goyavier sont relativement méconnus, car ils ne se conservent que très peu de temps et voyagent de ce fait assez mal. C’est précisément pour ça qu’on ne les trouve pas en supermarché, et c’est aussi pour ça que les avoir dans son jardin prend tout son sens. Quand on produit soi-même, on consomme frais, immédiatement, et on ne perd rien.
La question qui fâche : combien de temps avant de récolter ?
Voilà ce qui coince souvent les jardiniers au moment de choisir un fruitier : l’attente. Un pommier greffé demande 3 à 4 ans avant de produire sérieusement. Un poirier, parfois 5. Le feijoa, acheté en plant greffé chez un pépiniériste, peut surprendre dès la première ou deuxième saison. Le goyavier du Brésil entre en production dès la 3e année pour des plants greffés, et le rendement peut atteindre 15 kg par plante vers la 6e ou 7e année d’exploitation. Ayant une durée de vie assez longue, le feijoa demeure productif, avec un minimum de soin, durant au moins 35 ans.
Un investissement sur le long terme, donc, mais qui rend des gages bien plus tôt que la plupart des fruitiers classiques. Et pendant qu’on attend les premières récoltes conséquentes, le spectacle de la floraison suffit à justifier la place occupée dans le jardin. La zone de culture du feijoa correspond à celle du kiwi, et la récolte a lieu à la même époque : octobre-novembre. Si votre kiwi fructifie, votre feijoa le fera aussi.
La question de la pollinisation mérite un mot. Le feijoa fructifie mieux à deux sujets (pollinisation croisée), même si certains plants donnent seuls. Beaucoup de feijoas vendus en commerce sont des variétés auto-fertiles : il n’est donc pas obligatoire de planter plusieurs sujets pour assurer la pollinisation. Pour maximiser les récoltes, deux plants restent préférables, mais ce n’est pas une obligation bloquante.
Planter en mars : le guide en clair
Mars 2026, les sols se réchauffent, les dernières gelées s’éloignent progressivement dans la plupart des régions françaises. Le moment est idéal. La plantation se fait de mars à juin ou de septembre à octobre. Le printemps offre l’avantage de laisser à l’arbuste toute une saison pour s’enraciner avant l’hiver suivant.
Le feijoa se plante en plein soleil, dans une terre normale et drainante (éviter les sols gorgés d’eau). Côté préparation, lors de la mise en terre, préparez un trou spacieux et ajoutez un mélange de terre de jardin, de sable et de terreau. Une couche de paillage au pied complète le dispositif. La première année, des arrosages réguliers sont importants, surtout par temps chaud, pour favoriser un bon enracinement. Une fois installé, le feijoa devient plus autonome.
Pas de terrasse ou de jardin de pleine terre ? La culture en pot du feijoa donne de bons résultats. L’arbuste s’entretient et se cultive alors à la manière des agrumes, avec un hivernage de mi-octobre à mars-avril. Un bac bien drainé, une orientation sud ou sud-ouest sur votre terrasse, et le tour est joué.
Le goyavier du Brésil ne souffre d’aucune maladie et ses parasites sont extrêmement rares. Pas de traitements à prévoir, pas de calendrier de pulvérisations à mémoriser. En ce qui concerne la taille, elle n’est pas obligatoire, mais peut s’avérer nécessaire suite à un hiver rigoureux. Le jardinier paresseux a enfin trouvé son arbre fruitier.
La vraie question, finalement, n’est pas de savoir si le feijoa convient à votre jardin. C’est plutôt de comprendre pourquoi on continue de Planter des pommiers qui tardent cinq ans, tombent malades chaque printemps et réclament des traitements réguliers, quand un arbuste au goût d’ailleurs pousse sans se plaindre à deux pas de la terrasse. Le réchauffement climatique repousse peu à peu la limite de sa zone de fructification vers le nord, peut-être que la vraie question est de savoir combien de temps encore on attendra avant que tout le monde en plante un.