Oui, il faut les ramasser, mais pas toutes et pas n’importe comment. Une pelouse supporte sans dommage un voile de feuilles clairsemées, alors qu’un tapis continu l’étouffe en quelques semaines. Le test tient en une ligne : si l’on distingue encore le gazon entre les feuilles, elles peuvent rester.
Le gazon a besoin de lumière jusqu’aux premiers gels.
- Une couche épaisse de feuilles étouffe le gazon et favorise les maladies fongiques comme la fusariose
- Un passage à la tondeuse ou au râteau toutes les une à deux semaines pendant la chute évite l’accumulation
- Les feuilles ramassées se transforment en terreau, paillage, compost ou refuge pour la faune hivernante
Ce qu’on risque en laissant le tapis en place
Sous une couche épaisse, l’herbe ne reçoit plus la lumière dont elle se sert encore à l’automne pour stocker ses réserves avant l’hiver. L’humidité reste prisonnière au niveau du sol et les feuilles mouillées se plaquent en une couche feutrée qui laisse mal passer l’air. Ces conditions favorisent les maladies cryptogamiques, comme la fusariose, qui dessine des plaques jaunâtres ou grisâtres à la sortie de l’hiver. Mousses, limaces et campagnols apprécient aussi l’abri.
Toutes les feuilles ne se valent pas. Celles du chêne, du platane ou du noyer sont coriaces et se décomposent lentement, et le noyer ajoute de la juglone, une substance qui freine la germination de certaines plantes.
Le dégât se révèle au printemps, jamais en novembre. C’est ce décalage qui piège les jardiniers : la pelouse paraît correcte en décembre, puis des plaques dégarnies apparaissent en mars, là où le tapis est resté tassé par la pluie et le gel.
Le bon geste selon l’épaisseur du tapis
Pour un dépôt léger, la tondeuse suffit. Passée en mode mulching ou avec le bac de ramassage, elle broie les feuilles en fragments de quelques millimètres qui s’insinuent entre les brins et nourrissent le sol. Au-delà, le râteau à gazon à dents souples reste l’outil le plus doux pour les racines.
La dernière tonte de l’année se règle autour de 4 cm.
Pendant la chute, un passage toutes les une à deux semaines évite que la couche se tasse. Mieux vaut intervenir sur feuilles sèches : elles pèsent beaucoup moins et le râteau n’arrache pas le gazon avec elles. Une grande bâche étalée à côté de la pelouse permet de traîner le tas sans le porter, ce qui épargne le dos sur les grandes surfaces. Après une pluie, attendre une demi-journée de vent ou de soleil change tout.
Ce qu’on peut faire des feuilles ramassées
Première filière, le terreau de feuilles. Il suffit de les entasser, humides, dans un cylindre de grillage d’environ un mètre de diamètre, sans les tasser. Après un à deux ans, on récupère un humus brun et friable qui allège un sol argileux et aide un sol sableux à retenir l’eau.
Le paillage demande moins de patience. Une couche de 5 à 10 cm au pied des arbustes et dans les massifs protège les racines du gel, freine les adventices et nourrit les vers de terre.
Dans le composteur, les feuilles font office de matière brune, riche en carbone, qui rééquilibre les tontes de gazon et les épluchures, très azotées. On vise souvent deux tiers de matière brune pour un tiers de matière verte. Les passer d’abord sous la tondeuse accélère nettement leur décomposition.
Les brûler est interdit, sous peine d’une amende de 450 euros.
Garder un coin de jardin en friche
Un tas laissé au pied d’une haie ou sous des arbustes sert de refuge à la faune. Les hérissons s’y installent pour hiverner, et la litière abrite des reines de bourdons, des coccinelles et des carabes, ces coléoptères qui chassent les limaces au printemps. Un volume d’environ un mètre cube suffit à créer un petit écosystème.
Une exception à ce laisser-faire : les feuilles de marronnier d’Inde touchées par la mineuse, dont les chrysalides passent l’hiver dans le feuillage tombé. Elles doivent partir en déchetterie, ou dans un composteur qui monte en température, plutôt que de finir en tas au jardin.