Le laurier-cerise équipe aujourd’hui un jardin français sur trois. Résistant, touffu, rapide à pousser : sur le papier, difficile de trouver mieux. Et pourtant, quand on demande leur avis aux paysagistes qui en plantent depuis vingt ans, beaucoup hochent la tête avec une certaine lassitude. Le problème n’est pas que le laurier-cerise soit mauvais, c’est qu’il n’est plus forcément le meilleur choix disponible. Deux plantes, en particulier, lui taillent des croupières depuis quelques années. Et l’une d’elles peut rendre une clôture dense en un seul été, à condition de la planter au bon moment.
À retenir
- Pourquoi les paysagistes abandonnent le laurier-cerise après 20 ans de plantation
- Cette plante crée une haie dense en un seul été avec une coloration spectaculaire
- L’arbuste secrets des pros qui demande moins d’entretien et s’adapte à tous les sols
Ce que le laurier-cerise fait mal (et dont on ne parle pas assez)
Le laurier-cerise, malgré ses qualités esthétiques, est une plante toxique. Toutes les parties de la plante, y compris les feuilles et les racines, contiennent des substances qu’il ne faut pas ingérer. Un détail que beaucoup d’acheteurs découvrent après coup, jardin installé, enfants et chiens en liberté. Ce point mérite d’être précisé, notamment en présence d’enfants ou d’animaux domestiques.
Il est sensible aux maladies des plantes telles que l’acarien de la grêle et le mildiou. Résultat après quelques étés : des trouées dans la haie, des feuilles tachées, un entretien qui s’alourdit. Le laurier-cerise, aussi connu sous le nom scientifique Prunus laurocerasus, ressemble un peu au photinia, avec un feuillage vert plus classique persistant et des grappes de fleurs blanches au parfum de miel. Sa pousse annuelle peut atteindre 50 à 60 cm et plus par an. La vitesse de croissance reste un vrai atout, mais ce n’est plus suffisant pour justifier un choix par défaut quand des alternatives existent.
L’autre reproche, plus subtil : le laurier-cerise devient vite l’arbitre des élégances des haies grises. Un monobloc vert foncé, sans surprise visuelle, sans floraison notable, sans évolution saisonnière. Fonctionnel. Terne. Deux plantes font exactement le même travail d’occultation, plus vite, et avec un caractère bien plus marqué.
Le photinia Red Robin : la haie qui change de couleur deux fois par an
Le Photinia ‘Red Robin’ s’impose aujourd’hui comme une véritable alternative pour ceux qui souhaitent une haie ultra-rapide et dense. Cette variété atteint facilement 40 cm de croissance annuelle, rivalisant avec les meilleurs records, mais sans les désagréments classiques associés au bambou. Ce chiffre est même souvent dépassé : lorsqu’il a été correctement planté, un photinia Red Robin peut gagner entre 60 à 80 centimètres par an.
Ce qui distingue vraiment cette plante, c’est son double visage. Ce qui fait la renommée du Red Robin, ce sont ses jeunes pousses d’un rouge vif éclatant qui apparaissent au printemps et en été. Cette coloration flamboyante persiste plusieurs semaines avant de verdir progressivement, créant un contraste saisissant avec le feuillage mature. Une haie qui ressemble à du feu en mai, puis retrouve un vert sombre lustré pour le reste de l’année. Aucun laurier-cerise n’offre ça.
La meilleure période pour planter le photinia Red Robin est de mi-août à novembre ou de mars à juin, dans un emplacement au soleil ou à la mi-ombre, dans un sol bien drainé. Planter en juin reste donc tout à fait envisageable, à condition d’arroser sérieusement les premières semaines. Pour une haie, il faut espacer chaque plant d’un mètre. Pour aller plus vite et densifier dès la première saison, pour créer un effet de haie dense et structurée, alternez les plants légèrement en quinconce. Cela favorise un meilleur remplissage et limite les trous de feuillage à la base.
La taille joue un rôle clé dans la densification. En juillet, une première taille après floraison : rabattre les pousses pour densifier et stimuler une deuxième vague rouge en automne. C’est cette logique qui permet d’obtenir une clôture vraiment garnie dès la fin du premier été. Chaque coup de sécateur provoque une ramification, donc plus de feuillage, donc moins de vide entre les tiges.
Un bémol à connaître avant d’acheter : le photinia Red Robin peut être sensible à l’entomosporiose (taches brunes/noires sur les feuilles) et à l’oïdium. Pour limiter les risques, il faut brûler les feuilles tombées au sol en automne, aérer le centre de l’arbuste à la taille, et traiter préventivement à la bouillie bordelaise si la plante a été touchée l’année précédente. Rien d’insurmontable, mais à anticiper.
L’éléagnus ebbingei : l’outsider que les pros préfèrent garder pour eux
Moins connu du grand public, l’éléagnus ebbingei (ou chalef) fait pourtant l’unanimité chez les professionnels du paysage. L’Elaeagnus ebbingei est un arbuste persistant à croissance rapide, idéal pour former une haie dense en peu de temps. La pousse annuelle de l’Elaeagnus x ebbingei peut dépasser 60 cm par an. Son feuillage vert bleuté est dense et persistant en hiver.
Son profil de résistance dépasse ce qu’offre le photinia. Il s’adapte à presque tous les sols, même pauvres ou calcaires, tant qu’ils sont bien drainés. Il supporte très bien la pollution, les embruns et le vent, parfait pour les jardins côtiers. Rustique jusqu’à -15°C, résistant à la sécheresse, au vent et aux embruns. Une plante qui, une fois installée, réclame peu : l’éléagnus nécessite seulement une taille annuelle pour rester bien formée. Peu exigeante en matière d’engrais et d’arrosage après sa deuxième année, sa résistance naturelle aux maladies en fait un choix idéal pour un jardin éco-responsable et peu contraignant.
Mais attention au profil du jardin. L’arbuste arbore un port buissonnant qui le pousse à croître d’abord en largeur plutôt qu’en hauteur. À moins d’avoir un jardin suffisamment vaste pour le laisser se développer à son aise, l’éléagnus nécessite au bas mot deux tailles par an si l’on exige qu’il garde une allure à peu près rectiligne. Trois mètres de large pour quatre mètres de hauteur, voilà vers quoi l’éléagnus tend inexorablement. Un géant généreux, à manier avec discernement dans les petits espaces.
La combinaison idéale selon plusieurs paysagistes : associer l’éléagnus et le photinia dans la même haie. En haie, l’éléagnus est souvent associé au photinia, qui est également à pousse rapide et garde ses feuilles tout au long de l’année. Le contraste entre le vert argenté du chalef et les éclats rouges du photinia produit une haie vivante, jamais monotone, qui évolue visuellement d’une saison à l’autre.
Planter en juin : ce qu’il faut vraiment faire
Juin n’est pas la période idéale sur le calendrier théorique, mais c’est une fenêtre qui fonctionne avec les bons réflexes. On peut tailler l’éléagnus en juin, puis à nouveau si nécessaire en fin d’été-début d’automne ou fin d’hiver : il supporte les tailles sévères. Pour le photinia, la plantation de printemps exige un suivi hydrique rigoureux. Une plantation plus dense est envisageable sans toutefois planter à moins de 0,60 m. Pour la plantation de haies sur de grands linéaires, côté entretien, il faudra penser à arroser vos plants lors de la première année, notamment lors du premier été si jamais vous avez planté vos arbustes au printemps.
Il faut ameublir le sol sur une largeur de 50 cm et une profondeur de 30 cm, et incorporer du compost ou du fumier bien décomposé pour enrichir le sol. Le paillage fait ensuite le gros du travail : appliquer une couche de paillis organique autour des plants permet de conserver l’humidité, réduire les mauvaises herbes et enrichir le sol en se décomposant. Avec une motte bien humectée avant la mise en terre, un arrosage copieux à la plantation et un paillage de 10 cm, les deux arbustes tiennent le premier été sans stress majeur.
Un dernier point que peu de guides mentionnent : il est possible de pratiquer la première taille dès la première année, ce qui favorisera la ramification et la densité de la plantation. C’est précisément ce geste, fait dès juillet sur une plantation de juin, qui permet d’obtenir une clôture dense avant les premières fraîcheurs de septembre. Pas de magie, juste une connaissance de la physiologie des arbustes qu’un bon paysagiste partage volontiers à ceux qui lui posent la question.
Sources : florissant.fr | logement-pratique.com