Une touffe de stipa ou de miscanthus plantée en avril peut dépasser 1,50 m dès septembre, sans arrosage régulier ni traitement. Les graminées ornementales figurent parmi les végétaux les plus rentables d’un jardin : peu gourmandes, mobiles au moindre souffle, elles tiennent trois saisons sur quatre.
- Une touffe de stipa ou de miscanthus peut dépasser 1,50 m dès septembre
- Les graminées offrent un décor de avril à février, parfois au-delà
- Le premier critère de choix reste l’exposition au soleil et la nature du sol
- L’herbe de la pampa est classée envahissante dans plusieurs départements français
Ce que les graminées apportent que les fleurs n’offrent pas
Une vivace fleurit deux à six semaines. Une graminée soigne son décor d’avril à février, parfois au-delà, et le givre sur des épis de calamagrostis vaut bien une rangée de rosiers en juin.
Leur silhouette change au fil des mois. Les jeunes pousses vertes ou bleutées du printemps cèdent la place aux panicules d’été, puis aux teintes paille, cuivre ou rouille qui s’installent à l’automne.
Elles se laissent aussi planter près d’une terrasse, le long d’une clôture ou au bord d’un chemin, sans exiger l’entretien d’un massif classique.
Le mouvement, enfin.
Le pennisetum, le stipa ou la molinie réagissent à un courant d’air que vous ne sentez même pas, ce qui donne de la vie à un jardin de ville souvent figé entre deux murs. Dans un petit espace, trois ou quatre touffes bien placées suffisent à créer cet effet.
Choisir selon l’exposition et le sol
Le premier critère n’est pas l’esthétique, c’est la place au soleil. Le stipa tenuissima, le pennisetum, la fétuque bleue ou l’herbe aux écouvillons réclament du soleil et un sol drainant. Elles supportent bien la sécheresse une fois installées, ce qui les rend précieuses dans les régions où les arrêtés de restriction d’eau reviennent chaque été.
À l’ombre ou à mi-ombre, d’autres prennent le relais. Les hakonéchloa, d’origine japonaise, déploient un feuillage retombant jaune doré ou panaché, tandis que les carex (strictement des cypéracées, mais utilisés comme des graminées) tolèrent les sous-bois et les pieds d’arbres. Le luzule, plus discret, couvre un sol sec et ombragé sans broncher.
Pour un sol lourd ou humide, le miscanthus, la molinie et le calamagrostis « Karl Foerster » s’en sortent très bien. Ce dernier, retenu par de nombreux paysagistes, garde un port dressé même sous la pluie et dépasse souvent 1,50 m en fleur.
Le sol compte plus qu’on ne le croit. Un terrain argileux qui retient l’eau l’hiver fait pourrir les fétuques et les stipas, alors qu’un mélange de terre et de gravier de 20 à 30 % les sauve.
Planter et associer sans se tromper
La meilleure période dépend du type de graminée. Les espèces dites de saison chaude (miscanthus, pennisetum, panicum) se plantent au printemps, de mars à mai, pour avoir le temps de s’enraciner avant l’hiver. Les graminées de saison fraîche, comme les fétuques ou les carex, acceptent aussi bien l’automne.
Respectez l’espacement. Une touffe de miscanthus adulte atteint 1 m de large, une fétuque bleue 30 cm, et planter trop serré oblige à diviser les pieds au bout de deux ou trois ans. Comptez 3 à 5 pieds au mètre carré pour les petites variétés, un seul pour les grandes.
Côté associations, les graminées jouent le rôle de fond de scène. Elles s’accordent aux sedums, aux échinacées, aux rudbeckias, aux asters d’automne et aux sauges, dont les fleurs tranchent avec leurs fines lames. Un massif mixte à dominante de graminées, avec 60 % de touffes et 40 % de fleurs, est devenu un classique du jardin dit « naturaliste », popularisé par le paysagiste néerlandais Piet Oudolf.
Pour la terrasse, la culture en pot fonctionne bien avec les carex, les fétuques et les pennisetums nains. Un contenant de 40 à 50 cm de diamètre, un fond de billes d’argile et un terreau mélangé à du sable suffisent, à condition de surveiller l’arrosage durant les deux premiers étés.
Un brise-vue ? Les grands miscanthus, plantés en ligne avec 80 cm d’écart, forment un écran de 2 m en une saison. Ils perdent leurs feuilles en hiver, mais restent sculpturaux jusqu’à la taille de février.
Entretien, pièges et espèces à surveiller
La taille tient en un geste annuel. On coupe les graminées caduques (miscanthus, pennisetum, calamagrostis) à 10 ou 15 cm du sol en fin d’hiver, entre février et mars, avant la reprise. Pour les persistantes (fétuques, carex), on peigne simplement la touffe avec les doigts ou un râteau à gazon pour retirer les feuilles mortes.
Laisser les tiges sécher en hiver n’est pas de la négligence. Elles protègent le cœur de la touffe de l’humidité et abritent des insectes auxiliaires, dont des coccinelles et des perce-oreilles, utiles contre les pucerons.
Certaines espèces posent problème. L’herbe de la pampa (cortaderia selloana) est classée envahissante dans plusieurs départements français, notamment sur la façade atlantique et en Méditerranée, où elle colonise les friches et les bords de route. Sa plantation est déjà réglementée localement, et il vaut mieux se renseigner auprès de sa mairie ou du conservatoire botanique de sa région avant d’en acheter.
Le pennisetum setaceum (herbe aux écouvillons rouge) est annuel en climat froid mais peut se ressemer dans le Sud. Certains miscanthus sinensis très fertiles essaiment aussi, d’où l’intérêt de choisir des cultivars stériles ou à floraison tardive.
Le calendrier des divisions compte également : tous les trois à cinq ans, quand le centre de la touffe se dégarnit, on déterre le pied en mars, on le découpe à la bêche en plusieurs morceaux et on replante les parties périphériques. Une touffe de calamagrostis donne ainsi 3 à 6 nouveaux pieds, ce qui fait du jardin son propre pépiniériste.
Vérifiez avant l’achat la rusticité indiquée sur l’étiquette : la plupart des miscanthus résistent à -20 °C, alors que certains pennisetums cessent de survivre sous -8 °C.