Un gourmand de tomate plongé dans un verre d’eau développe ses premières racines blanches en trois à cinq jours, et atteint une longueur suffisante pour être replanté au bout d’une semaine à dix jours. C’est exactement ce que j’ai vérifié cet été, en sacrifiant une poignée de ces pousses que je coupais mécaniquement depuis des années pour les jeter au compost sans une once de remords.
Le déclic est venu d’une évidence toute bête : et si ce que je considérais comme un déchet de taille était en réalité un plant de tomate offert, gratuit, prêt à l’emploi ? J’ai donc gardé un gourmand d’une quinzaine de centimètres, retiré ses feuilles du bas, et posé la tige dans un verre d’eau du robinet sur le rebord d’une fenêtre orientée est. Dix jours plus tard, le fond du verre ressemblait à une petite forêt de racines blanches. Au bout de 10 jours environ, une impressionnante chevelure de racines blanches aura envahi le fond du récipient, sans aucun produit chimique ni investissement.
À retenir
- Les gourmands que vous arrachez mécaniquement sont des plants de tomate gratuits prêts à l’emploi
- En 10 jours, une simple tige dans l’eau développe un système racinaire robuste sans aucun produit chimique
- Cette technique oubliée peut doubler ou tripler votre récolte automnale si elle est effectuée avant la mi-juillet
Le gourmand, cette pousse qu’on élimine sans savoir ce qu’elle vaut
Un gourmand naît à l’aisselle d’une feuille, entre la tige principale et une branche secondaire. Un gourmand de tomate est une tige secondaire qui naît à l’angle entre la tige principale et une feuille, qu’on enlève habituellement pour que le pied ne s’épuise pas à fabriquer des feuilles plutôt que des fruits. Tous les guides de jardinage recommandent de le supprimer, et ils n’ont pas tort : laissé libre, il détourne la sève au profit du feuillage et au détriment des fruits. Mais cette même vigueur qui en fait un parasite pour le pied mère en fait un candidat parfait au bouturage. Ces tiges vigoureuses possèdent des propriétés biologiques remarquables : leurs parois recouvertes de fins poils se métamorphosent rapidement en un système racinaire robuste au contact de l’humidité.
Le geste ne demande ni matériel spécifique ni compétence particulière. On pince la pousse entre le pouce et l’index, ou on la coupe proprement au sécateur si elle dépasse une quinzaine de centimètres. On prélève le gourmand, on retire les feuilles du bas pour qu’elles ne trempent pas dans l’eau, et on installe le tout dans un endroit lumineux mais protégé du soleil direct, un rebord de fenêtre exposé à l’est ou au nord convenant bien. Ce dernier détail change tout : derrière une baie vitrée plein sud, la tige cuit et l’eau s’évapore avant même que les racines n’aient le temps d’apparaître.
Ce qui s’est passé, jour après jour, dans mon verre d’eau
Les premiers jours, rien. La tige reste verte, tranquille, presque immobile. Puis, généralement le timing surprend par sa rapidité : les premières racines apparaissent en 3 à 5 jours, et il faut compter environ 7 à 10 jours au total pour que les racines atteignent 3 à 5 centimètres, la longueur idéale avant repiquage. D’autres jardiniers rapportent des délais légèrement différents selon la saison et la variété : les gourmands bien verts et souples produisent des racines visibles entre cinq et dix jours, tandis que les tiges plus âgées mettent plus de temps et la reprise peut être moins assurée. La température joue aussi son rôle. Une pièce à environ 18 à 22 degrés accélère l’apparition des radicelles, tandis qu’un environnement froid ralentit le phénomène.
Le seul entretien à ne surtout pas négliger, c’est le renouvellement de l’eau. Oublier de renouveler l’eau pendant cinq ou six jours offre un terrain de jeu aux bactéries : l’eau devient trouble, les tiges ramollissent, la pourriture s’installe. Un changement tous les deux ou trois jours suffit à écarter ce risque. J’ai vu, en dix jours, une pousse que je considérais comme un simple encombrement se transformer en petit plant autonome, prêt à retourner à la terre.
Les trois erreurs qui expliquent des années de compost gaspillé
Repenser à toutes ces poignées de gourmands jetées au fil des saisons, c’est aussi comprendre pourquoi je n’avais jamais tenté l’expérience. Trois pièges reviennent systématiquement chez les débutants. Le premier consiste à laisser la pousse grandir trop longtemps avant de la prélever : au-delà de 20 centimètres, la tige est déjà ligneuse à la base et s’enracine beaucoup plus lentement, sans compter qu’elle a déjà épuisé le pied mère inutilement. Le deuxième, c’est de repiquer trop tôt, avec des racines encore minuscules. Des racines de un ou deux centimètres ne suffiront pas ; il faut attendre que la chevelure racinaire atteigne au moins cinq centimètres avant de transplanter.
Le troisième écueil, et sans doute le plus fréquent, concerne la mise en terre elle-même. Beaucoup se contentent d’enterrer les racines à peine formées, alors que la tomate a une capacité particulière à exploiter. Il faut enterrer la tige jusqu’aux premières feuilles, car la tomate a la capacité remarquable de former des racines adventives le long de la tige enterrée, ce qui renforce le système racinaire. Résultat : un plant bien plus robuste que si l’on s’était contenté de repiquer la motte racinaire seule.
Une récolte qui se prolonge jusqu’aux premiers froids
L’intérêt de la manœuvre ne se limite pas à l’économie réalisée, même si elle n’est pas négligeable face à des jardineries dont les prix grimpent chaque printemps. En une à deux semaines, ces boutures donnent de nouveaux pieds capables de prolonger les récoltes de quatre à six semaines à l’automne, un réflexe qui offre jusqu’à 10 à 15 plants gratuits par saison. C’est particulièrement pertinent pour qui a raté la fenêtre habituelle de plantation : semer des tomates en plein été serait trop tardif, mais le bouturage offre une solution rapide pour rattraper ce retard ou pour échelonner les récoltes jusqu’à l’automne.
Il faut toutefois garder un œil sur le calendrier : les boutures doivent impérativement être réalisées avant la mi-juillet pour garantir une fructification suffisante avant l’arrivée du froid. Passé ce cap, mieux vaut se tourner vers des variétés cerises, plus rapides à fructifier, plutôt que vers de grosses tomates charnues qui n’auront pas le temps de mûrir avant les premières gelées.
Source : planetezerodechet.fr