J’ai semé mes radis et ma roquette fin août juste pour une récolte d’automne : dix jours plus tard, les feuilles criblées de trous m’ont montré ce que j’avais oublié de poser

Dix jours. C’est tout ce qu’il aura fallu pour transformer un rang de radis fraîchement levé et une touffe de roquette prometteuse en dentelle végétale trouée de partout. Le coupable ne se voit presque jamais à l’œil nu tant il file vite, mais son travail, lui, saute aux yeux : de minuscules perforations rondes, alignées comme des impacts de plomb sur chaque feuille. La cause tient en un mot, l’altise, et la parade tient en un geste que j’avais tout simplement zappé au moment du semis : poser un voile anti-insectes.

À retenir

  • Pourquoi fin août n’est pas une période sûre pour les altises : la seconde vague arrive juste quand on baisse la garde
  • Dix jours suffisent pour transformer une culture prometteuse en dentelle trouée : le coupable mesure à peine quelques millimètres
  • Un seul geste posé trop tard devient inutile : le secret réside dans le timing de la protection

Le coupable porte un nom et il saute comme une puce

L’altise n’est pas un mystère pour qui a déjà cultivé des radis ou de la roquette. Une altise se distingue par sa carapace noire brillante avec des reflets bleus ou dorés selon l’espèce, possède de longues antennes et des pattes arrière développées qui lui permettent de sauter, d’où son surnom de « puce de terre », et mesure entre 1,5 et 5 millimètres. Approchez la main, elle disparaît d’un bond avant même que vous ayez eu le temps de la regarder. C’est exactement ce qui s’est passé chez moi : impossible de surprendre l’ennemi en flagrant délit, seuls les dégâts parlent.

Et ces dégâts, justement, sont d’une régularité presque mécanique. Les dégâts causés par les altises se manifestent par de petits trous ronds sur les feuilles des cultures, ce qui donne aux feuilles un aspect criblé caractéristique. Sur des choux déjà costauds, ce genre de blessure passe presque inaperçu. Le problème, c’est que radis et roquette n’ont ni le temps ni le feuillage pour encaisser le choc : ce sont des jeunes pousses qu’on récolte vite, avec des feuilles tendres qui n’ont pas eu le loisir de s’endurcir. Quelques perforations sur des choux déjà bien développés ne sont pas toujours préoccupantes, mais les attaques peuvent devenir problématiques sur les jeunes plants, les semis récents et les légumes dont on consomme les feuilles jeunes, comme la roquette, par temps chaud et sec où les dégâts peuvent progresser très vite.

Fin août, la fausse impression de sécurité

On pourrait croire que la saison des altises se termine avec l’été. C’est l’erreur que j’ai commise, et elle est plus répandue qu’on ne le pense. En réalité, ces coléoptères connaissent une véritable seconde vague au moment où beaucoup de jardiniers relâchent leur vigilance. On observe une reprise parfois en fin d’été, fin août et septembre, sur les semis d’automne comme les navets ou les radis, notamment en climat méditerranéen où les altises restent très présentes à l’automne quand il fait à nouveau doux et sec, et où les jeunes semis de fin d’été restent à surveiller. Le radis semé le 20 août pour une récolte d’automne arrive pile dans la fenêtre de tir de la deuxième génération de l’année.

Le climat n’arrange rien à l’affaire. Ces insectes profitent des conditions qui font justement le bonheur de cette période de fin d’été. Les altises prolifèrent particulièrement par temps chaud et sec, ces conditions climatiques accélérant leur développement et leur reproduction. Un sol nu, une terre qui craque sous la chaleur, et voilà l’environnement rêvé pour qu’elles pondent tranquillement au pied des jeunes plants avant que les larves ne s’attaquent aux racines pendant que les adultes finissent le travail sur les feuilles.

Le voile anti-insectes, la parade qu’il fallait poser dès le semis

Là où j’ai pêché, c’est sur le timing. Une fois les trous visibles, il est déjà trop tard pour espérer un effet radical du filet. Il faut installer le filet dès le semis ou dès la plantation car il agit surtout en prévention : posé après une forte attaque, son intérêt diminue, car les altises peuvent déjà se trouver sur les plantes ou dans la zone de culture. C’est la leçon numéro un, celle que la plupart des jardiniers expérimentés répètent après avoir eux-mêmes raté leur roquette au moins une fois.

Le choix du filet compte aussi. Un voile trop lâche ou mal fixé revient à ne rien poser du tout. Il faut soigner la pose en plaquant bien les bords au sol avec des pierres, des planches, des agrafes ou un peu de terre, et choisir une maille suffisamment fine, car un voile trop lâche ou mal fermé laissera passer les adultes. Sur radis et roquette en particulier, la vulnérabilité est documentée sur une large partie de l’année : les radis subissent des attaques particulièrement sévères des altises d’avril à septembre, ce qui inclut donc largement les semis de fin août.

Le filet n’est pas la seule arme, même s’il reste la plus fiable. Arroser le feuillage tôt le matin, pailler pour limiter l’accès au sol nu où les femelles pondent, biner régulièrement : ces gestes simples réduisent la pression sans remplacer totalement la barrière physique. Les altises n’aiment pas l’humidité mais plutôt le soleil et la sécheresse, et pulvériser de l’eau sur les feuilles tôt le matin permet de les repousser, tandis que biner la terre régulièrement autour des pieds les gêne, un paillage ayant le même effet. Une association qui, combinée à un filet bien posé, fait toute la différence entre une roquette dentelle et une roquette qui garnit vraiment l’assiette.

Ce qu’il reste à faire, même en retard

Tout n’est pas perdu quand le mal est fait. Un radis ou une roquette déjà attaqués peuvent encore repartir si l’attaque n’a pas touché le cœur des jeunes feuilles, à condition d’agir vite : arroser davantage, retirer les feuilles les plus abîmées, et surtout poser le voile maintenant pour éviter une nouvelle vague de pontes. Ce que cette mésaventure rappelle, c’est qu’un semis de fin d’été n’est pas moins exposé qu’un semis de printemps : la chaleur qui persiste jusqu’en septembre certaines années prolonge la période à risque bien au-delà de ce que l’on imagine spontanément en sortant les graines du tiroir.

Laisser un commentaire