Ce matin de fin août, sous les lames de son robot tondeuse, un jardinier a retrouvé une petite forme immobile, mutilée, qu’il n’a identifiée qu’après coup : un hérisson. Il avait pourtant réglé son appareil pour qu’il travaille de nuit, entre minuit et 5 heures, justement pour ne pas être gêné par le bruit en journée. Cette habitude, partagée par des milliers de propriétaires de jardins équipés d’un robot tondeuse, s’avère être l’une des causes de mortalité les plus sous-estimées chez cette petite bête protégée.
À retenir
- Pourquoi programmer sa tondeuse la nuit transforme votre jardin en piège mortel pour les hérissons
- La population de hérissons a chuté de 70 % en 20 ans : découvrez les vrais chiffres
- Des solutions concrètes et gratuites que les fabricants proposent déjà dans leurs applications
Pourquoi la nuit transforme le jardin en piège
Le hérisson n’a rien d’une victime passive par malchance. C’est un animal presque exclusivement nocturne, qui sort à la tombée du jour pour chasser limaces, vers de terre et insectes. C’est un animal nocturne qui se déplace principalement la nuit et n’est pas assez rapide pour s’enfuir devant une tondeuse automatique. Face à un danger, son réflexe ancestral ne consiste pas à fuir mais à se recroqueviller sur lui-même : une stratégie redoutablement efficace contre un renard ou un chien, totalement inutile face à des lames rotatives. Plutôt que d’essayer de s’échapper, le hérisson se roulera en boule piquante, ce qui, dans ce cas, ne le protègera pas des blessures.
Le résultat de cette rencontre est presque toujours dramatique. Les blessures sont souvent très graves et, avec une partie de la tête ou des membres amputés, les chances de survie des victimes sont quasi nulles. Les centres de soins pour la faune sauvage en témoignent année après année : les centres de revalidation pour les animaux sauvages accueillent chaque année plusieurs centaines de hérissons très gravement blessés dont la plupart ne survivent pas, tandis que bien d’autres meurent sans être détectés. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait qu’il ne représente que la partie visible du problème : la majorité des animaux touchés meurent seuls, sous une haie, loin des regards.
Un déclin qui dépasse largement le jardin
Le robot tondeuse n’est évidemment pas l’unique responsable du recul de l’espèce. Les routes, les pesticides et la disparition des haies pèsent tout autant dans la balance. Mais l’ampleur de la chute alarme les associations naturalistes : la population de hérissons a chuté de 70 % en 20 ans selon la LPO, et les robots tondeuses sont identifiés comme l’une des causes de blessures et de mortalité. Soixante-dix pour cent en deux décennies, c’est à peu près comme si sept jardins sur dix qui accueillaient un hérisson il y a vingt ans n’en abritaient plus aucun aujourd’hui.
Face à ce constat, la LPO a lancé son initiative « Mission hérisson » pour sensibiliser les particuliers et cartographier les observations. L’idée n’est pas de culpabiliser les propriétaires de robots tondeuses, mais de rappeler qu’un simple réglage horaire peut faire toute la différence entre un jardin accueillant et un piège mortel.
Ce que dit (et ne dit pas encore) la réglementation
En Belgique, la Wallonie a tranché la question par voie réglementaire. Depuis 2025, la région a adopté une règle claire : interdiction d’utiliser les robots tondeuses de 18 h à 9 h, une mesure simple, lisible, et surtout efficace. Les contrevenants s’exposent à des sanctions, avec une amende minimale de 50 euros et la possibilité pour les agents communaux de dresser un procès-verbal.
Rien de tel en France pour l’instant. Il n’existe aujourd’hui aucune réglementation spécifique concernant l’usage des robots tondeuses pour protéger les hérissons, ni interdiction nocturne, ni cadre précis. Tout repose donc sur le civisme et l’information, largement portée par les associations. Les recommandations, elles, sont sans ambiguïté : il ne faut pas utiliser ces appareils durant la nuit et ne les faire tourner qu’entre 2 h après le lever du soleil et maximum 2 à 3 h avant le coucher du soleil. Une plage qui correspond, en pratique, au cœur de la journée, quand le hérisson dort profondément sous un tas de feuilles ou un buisson.
Les gestes qui changent vraiment la donne
Reprogrammer les horaires reste la mesure la plus efficace, et elle ne coûte rien. Les fabricants l’ont d’ailleurs bien compris. Chez Gardena, un conseil d’expert consiste à activer la fonction « Tonte en plein jour » dans l’application, qui ajuste le programme de tonte pour que le robot fonctionne pendant la journée, contribuant ainsi à la protection des animaux nocturnes. Husqvarna propose une logique similaire avec sa routine intelligente : la fonction Protection de la faune aide à protéger les animaux nocturnes du jardin en stationnant le robot tondeuse du coucher au lever du soleil, en fonction de la région.
Le type de lame compte aussi, et c’est un détail que peu de propriétaires vérifient au moment de l’achat. Les modèles équipés de longues lames rigides fixes tranchent net tout ce qui se trouve sur leur passage. À l’inverse, certains fabricants ont fait le choix de lames pivotantes montées sur un système articulé : ces lames se rétractent quand elles rencontrent une résistance et ne provoquent pas, ou alors seulement des blessures très superficielles, grâce à des têtes de coupe montées sur pantographe qui permettent à la lame de passer au-dessus du dos d’un hérisson sans le blesser. Un critère à demander explicitement en magasin, au même titre que la puissance ou l’autonomie de la batterie.
Reste un dernier réflexe, souvent négligé : avant de lancer une tonte tardive en soirée, un simple tour du jardin à la lampe torche permet de vérifier qu’aucune boule de piquants ne sommeille sous les feuilles mortes ou contre la clôture. Ce geste de trente secondes, couplé à un horaire décalé en journée, suffit dans l’immense majorité des cas à transformer un jardin tondu au cordeau en un espace où la petite faune continue, malgré tout, de trouver refuge.
Source : lemondededemain.fr