Un godet planqué sous une tige de fraisier, en plein été, n’a rien d’un accessoire pour dompter des plants trop envahissants. C’est en réalité une technique de multiplication gratuite, vieille comme le jardinage, qui permet d’obtenir de nouveaux pieds de fraisiers sans dépenser un centime. Le voisin en question pratique ce qu’on appelle le marcottage des stolons, et août est justement la période idéale pour s’y mettre.
À retenir
- Ces tiges vertes que vous coupiez par erreur sont en réalité de futurs fraisiers prêts à être clonés
- Un simple godet de terreau et trois semaines de patience suffisent pour créer un plant génétiquement identique
- Août n’est pas choisi au hasard : c’est la fenêtre parfaite avant les froids pour installer durablement vos nouveaux pieds
Le stolon, une usine à clones que beaucoup jettent par erreur
Ces longues tiges fines et vert clair qui rampent au sol depuis le cœur du fraisier portent un nom précis : les stolons, aussi appelés coureurs ou gourmands. Les stolons des fraisiers sont de longues tiges vertes et fines qui émanent du cœur de la plante, et en réalité, les stolons sont de futurs fraisiers, car il s’agit de leur mode de multiplication. Beaucoup de jardiniers, par souci de propreté ou par méconnaissance, les coupent dès qu’ils apparaissent. Grave erreur : couper et jeter ces stolons représente la pire décision possible pour assurer la relève du carré de petits fruits, car chaque extrémité abrite en réalité un clone parfait de la plante, doté de minuscules racines aériennes prêtes à s’ancrer dans la terre meuble.
C’est là que le godet entre en jeu. Plutôt que d’amputer la tige, on la laisse filer jusqu’à ce qu’elle rencontre un petit contenant rempli de terre. Au lieu d’amputer la plante brutalement, il suffit de placer un petit godet rempli de terreau juste en dessous de la plantule embryonnaire. Le résultat ? Un nouveau plant, génétiquement identique au pied mère, prêt à produire ses propres fraises dès la saison suivante. Et ça ne coûte rien, à part un peu de patience.
La méthode du godet enterré, étape par étape
La logique est simple : on ne coupe rien tout de suite. On repère d’abord les stolons les plus vigoureux, ceux qui ont déjà formé une petite touffe de feuilles. Il s’agit d’enterrer des petits pots contenant un mélange composé pour part égale de terreau, de sable grossier et de compost non loin du pied mère, puis de placer la plantule issue du stolon dans chacun d’entre eux sans couper la tige, le temps que les plantules forcissent. Le nœud de la tige, celui d’où sortiront les futures racines, doit être bien en contact avec la surface du terreau.
Pour que le stolon ne bouge pas au vent ou lors des arrosages, la plupart des jardiniers utilisent un petit accessoire de fortune. L’astuce consiste à remplir des godets de terreau et à mettre les stolons au contact de ces godets au niveau des nœuds, en maintenant le stolon avec un fil de fer plié en U d’une dizaine de centimètres. Certains préfèrent un cavalier métallique de jardin, d’autres un simple bout de fil de fer récupéré dans la remise. Le principe reste le même : maintenir le contact terre-tige sans blesser la plante.
Vient ensuite la phase d’attente, la plus importante et la plus souvent bâclée. Il faut patienter jusqu’à ce que l’enracinement soit bien avancé et que de belles feuilles commencent à pousser avant de couper la tige qui relie les deux pieds. Comptez généralement environ trois semaines, jusqu’à ce que les stolons aient une taille correcte avec quatre à cinq feuilles, avant de sevrer le jeune plant de sa plante mère. Pendant cette période, l’arrosage régulier fait toute la différence : un arrosage régulier est indispensable, car un plant trop sec stresse et met plus de temps à repartir, tandis qu’un excès d’humidité risque de le faire pourrir, la clé, c’est une humidité constante mais légère.
Pourquoi août reste le créneau à ne pas manquer
Le timing n’est pas anodin. Le repiquage de ces jeunes pousses de fraisiers s’effectue idéalement au printemps ou en fin d’été, entre août et septembre. Trop tôt, le stolon n’a pas encore assez de racines aériennes. Trop tard, en octobre ou novembre, le plant n’a plus le temps de s’installer avant les premiers froids. D’ailleurs, beaucoup de jardiniers commettent l’erreur de repiquer trop tard, en octobre ou en novembre, ce qui fragilise l’enracinement avant l’hiver.
L’intérêt de cette technique dépasse la simple gratuité. Les jeunes plants issus de marcottage produisent généralement davantage dès la première ou la deuxième année après plantation, comparé à un achat classique en jardinerie. Ils conservent aussi les caractéristiques exactes du pied mère : même variété, même goût, même résistance aux maladies éventuelles. C’est particulièrement utile quand on a repéré, au fil des saisons, LE plant qui donne les fraises les plus sucrées du carré potager, pourquoi s’en priver pour la suite ?
Un dernier point mérite l’attention : on ne renouvelle pas ses fraisiers indéfiniment sur la même parcelle. Pour maintenir une forte productivité des fraisiers, il est recommandé de les renouveler régulièrement, tous les trois ans au maximum. Le marcottage par godet devient alors un outil de rotation naturel : chaque été, on prépare discrètement la relève sans jamais vider son portefeuille chez le pépiniériste. Et pour ceux qui cultivent en bac sur terrasse, la même astuce fonctionne à l’identique, à condition de choisir un substrat léger et bien drainant pour ne pas noyer les jeunes racines.
Sources : masculin.com | masculin.com