Mon voisin passe le doigt sous les feuilles de ses choux tous les trois jours en juillet et ce n’est pas pour vérifier l’arrosage

Le doigt glisse sous la feuille, remonte doucement vers la nervure centrale, puis appuie d’un coup sec. Ce geste, répété plusieurs fois par plant tous les trois jours, n’a rien à voir avec l’humidité du sol. Votre voisin traque les œufs de piéride du chou, un papillon blanc bien plus redoutable qu’il n’y paraît pour qui cultive des brassicacées.

À retenir

  • Juillet : le mois où la piéride du chou cause les plus gros dégâts aux brassicacées
  • Un papillon blanc peut pondre jusqu’à 200 œufs qui éclosent en 5 à 10 jours
  • Trois jours : l’intervalle critique pour repérer et écraser les pontes avant l’éclosion des chenilles

Juillet, le mois où tout se joue vraiment

Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas au printemps que les choux risquent le plus gros. La deuxième génération, qui apparaît en juillet-août, s’avère particulièrement dangereuse pour les cultures de choux. Une donnée confirmée par plusieurs sources horticoles : c’est souvent la deuxième génération (juillet-août) qui cause le plus de dégâts.

La mécanique est presque industrielle. La piéride du chou vole entre avril et octobre, et 3 générations d’individus se succèdent. Les individus de première génération passent l’hiver sous forme de chrysalides dont émergent des adultes en avril ou mai. Mais ces générations ne se relaient pas proprement, elles se chevauchent. Dans les faits, les différentes générations se chevauchent : ainsi, au potager, les choux peuvent être attaqués durant quasiment toute la saison (il faut compter 24 à 61 jours entre la ponte et l’émergence du papillon, qui vit en moyenne 3 semaines). Résultat : en juillet, on peut trouver simultanément des œufs frais, des chenilles au stade « dentelle » et des chrysalides prêtes à donner naissance à une nouvelle vague de papillons. Un seul individu adulte peut d’ailleurs faire des dégâts considérables sur la descendance : un seul papillon peut pondre jusqu’à 200 œufs.

Ce que le doigt cherche exactement

Sous les feuilles, la ponte ne passe pas inaperçue une fois qu’on sait la repérer. Ce papillon blanc aux taches noires pond ses œufs jaunes vifs sous les feuilles des crucifères, donnant naissance à des chenilles voraces qui dévorent les choux en quelques jours. Les œufs eux-mêmes sont minuscules mais groupés en paquets caractéristiques : les femelles issues de cette première génération vont pondre leurs œufs, par groupes de plusieurs dizaines, sur la face inférieure des feuilles de choux. Ces œufs en forme d’obus, mesurent environ 1 mm de long. D’abord jaune, leur couleur vire à l’orangé à l’approche de l’éclosion.

Un détail change tout selon le stade de la plante. Sur un plant adulte bien développé, la piéride mise sur le nombre : sur un beau chou bien développé, les grappes d’œufs rassemblent plusieurs dizaines d’individus en devenir. Mais sur les jeunes semis, la stratégie change du tout au tout, et c’est là que la vigilance doit redoubler, car les traces sont bien plus discrètes : sur vos jeunes semis de choux, encore peu développés, on retrouve généralement un œuf par feuille. Un œuf isolé, presque invisible au premier coup d’œil, mais tout aussi destructeur à terme puisqu’une chenille naissante peut suffire à ruiner un jeune plant.

Attention à une confusion classique chez les jardiniers débutants : ces œufs ressemblent à s’y méprendre à ceux d’un allié du potager. Les oeufs de la piéride du chou ressemblent à s’y méprendre à ceux de la coccinelle. Écraser par erreur une ponte de coccinelle en pensant traiter une infestation, c’est saboter sa propre lutte biologique contre les pucerons.

Pourquoi tous les trois jours, précisément

Ce rythme n’est pas arbitraire. Il colle presque parfaitement à la biologie du ravageur. Les chenilles éclosent au bout de 5 à 10 jours. Passer tous les trois jours, c’est s’assurer qu’aucune ponte ne franchit le stade « œuf » sans être repérée, avant que les larves ne commencent à se disperser et à devenir plus difficiles à intercepter une par une.

Le timing dans la journée compte aussi. Les jardiniers expérimentés privilégient certaines heures : le meilleur moment pour cette inspection se situe tôt le matin ou en fin de journée, lorsque les chenilles sont les plus visibles. Une fois repérée, la ponte est traitée sans détour, à la main ou à la lame : la première chose à faire c’est d’écraser les œufs avec une lame de couteau. Ce travail peut être long si l’attaque est importante mais elle garantie de manger des choux totalement sains. Une méthode jugée un peu rudimentaire par certains, mais diablement efficace quand on n’a ni filet ni pulvérisateur sous la main.

Pour ceux qui n’ont pas trois heures tous les trois jours

L’inspection manuelle reste la référence, mais elle suppose du temps disponible et une certaine assiduité. Sans traitement ni équipement, c’est la meilleure façon de limiter les dégâts occasionnés par ce ravageur. Cette lutte manuelle que nous venons de voir nécessite d’avoir du temps disponible pour son potager. Pour qui préfère déléguer une partie du travail à une barrière physique, le filet anti-insectes reste la solution la plus radicale. Posé dès la plantation, il empêche tout simplement le papillon d’atteindre les feuilles pour y pondre.

D’autres misent sur la dissuasion olfactive plutôt que sur la barrière. Des préparations naturelles peuvent limiter les pontes sans recourir à un produit chimique : la pulvérisation de purin de tomates non dilué ou d’infusion de tanaisie non diluée sur les plantes hôtes permettra de dissuader les papillons de venir pondre leurs œufs sur les choux. Pulvérisez la solution dès l’apparition des papillons au printemps puis tous les 5 à 7 jours lors de la période de vol des papillons. Une fois les chenilles écloses malgré tout, un traitement biologique ciblé existe et reste sans danger pour les pollinisateurs : Bacillus thuringiensis (ou Bt) est une bactérie qui cible les larves de papillons lorsqu’elles ingèrent les feuilles traitées. Elle perturbe leur système digestif en les empêchant de se nourrir. Les chenilles meurent généralement dans les 48 à 72 heures après ingestion. Le produit est sans danger pour les abeilles, les oiseaux et les humains.

Reste un dernier levier, souvent négligé : la disposition des plants. Aligner ses choux en rangs serrés facilite paradoxalement le travail du papillon, qui repère la culture d’un coup d’œil et s’y installe méthodiquement. En répartissant vos plantations un peu partout au potager, vous évitez de subir un assaut groupé et général sur vos plants. On notera tout de même qu’on peut observer des pontes plus importantes sur les choux isolés que dans une « monoculture ». S’il n’y a pas beaucoup de plantes hôtes, le papillon pondra plus d’œufs par choux afin d’assurer sa descendance. De quoi arbitrer, selon la taille du potager, entre dispersion des cultures et concentration de la surveillance sur quelques rangs bien groupés.

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