Mon voisin plonge les gourmands de ses tomates dans un verre d’eau à la mi-août et ce n’est pas pour les conserver

Un simple gourmand pincé sur un pied de tomate, plongé dans un verre d’eau posé sur le rebord de la fenêtre. Ce geste, que beaucoup de jardiniers relèguent au rang de curiosité de voisin, cache une technique de multiplication gratuite et redoutablement efficace. Rien à voir avec la conservation : ce que votre voisin fabrique, c’est un nouveau plant de tomate, identique au pied d’origine, sans dépenser un centime en jardinerie.

À retenir

  • Un verre d’eau suffit pour transformer un gourmand en nouveau plant de tomate
  • Les poils de la tige deviennent des racines en quelques jours au contact de l’humidité
  • Le timing idéal n’est pas la mi-août, et voici pourquoi certains jardiniers s’y trompent

Le gourmand, cette pousse qu’on arrache d’habitude sans y penser

Sur un pied de tomate à croissance indéterminée, une petite tige verte surgit régulièrement à l’endroit précis où une feuille rejoint la tige principale. C’est cette petite pousse qui surgit entre la tige principale et une branche secondaire, à l’intersection entre la tige principale et chaque branche secondaire, une petite excroissance verte pointe discrètement. Les jardiniers l’appellent le gourmand, et le nom n’est pas usurpé : cette pousse vigoureuse pompe la sève au détriment des fruits, d’où le réflexe de le retirer systématiquement.

La taille des gourmands reste un geste débattu. Tailler les gourmands sert à produire de plus grosses tomates mais en quantité moins importante, le pied s’épuise moins à produire des fruits, cependant, cette taille ouvre la porte à de nombreuses maladies. Certains jardiniers préfèrent donc laisser faire la nature. Mais pour ceux qui pincent quand même, la question devient : que faire de cette tige coupée qui finit d’ordinaire au compost ? La réponse tient dans un détail biologique que peu connaissent : cette même tige, une fois coupée, se comporte comme une bouture toute prête.

Pourquoi le verre d’eau fonctionne aussi bien

La tige d’un gourmand est couverte de minuscules poils qui, en contact avec l’humidité, se transforment en racines en quelques jours. Leurs parois recouvertes de fins poils se métamorphosent rapidement en un système racinaire robuste lorsqu’elles entrent en contact avec l’humidité, cette faculté d’enracinement assure un taux de réussite de 95 % sans effort particulier. Aucune hormone de bouturage n’est nécessaire, aucun terreau spécial. Pas besoin d’hormones de bouturage ni de terreau spécial, un simple récipient transparent rempli d’eau à température ambiante suffit.

Le protocole tient en quelques gestes simples. On coupe le gourmand net, on retire les feuilles du bas pour qu’elles ne pourrissent pas dans l’eau, puis on place le récipient à la lumière, mais pas en plein soleil. Placez le verre sur un rebord de fenêtre exposé à l’est ou au nord, la lumière doit être vive mais indirecte, car derrière une baie vitrée plein sud, la tige cuit littéralement et l’eau s’évapore trop vite. Il faut ensuite renouveler l’eau régulièrement : changez l’eau tous les deux jours afin d’éviter la prolifération bactérienne. Dès que les racines mesurent quelques centimètres, direction la terre. Dès que les radicelles atteignent quelques centimètres, vous pouvez installer vos nouveaux plants en pleine terre.

Certains jardiniers préfèrent sauter l’étape du verre et enraciner directement en godet, sous une mini-serre improvisée avec une bouteille en plastique coupée. La méthode fonctionne tout aussi bien, même si l’observation est moins spectaculaire qu’un verre posé sur l’évier de la cuisine, où l’on voit littéralement les racines pousser jour après jour.

La question du timing : mi-août, un pari à nuancer

Voilà le point sur lequel il faut être honnête : bouturer en pleine mi-août n’est pas la période idéale pour obtenir une récolte extérieure avant les gelées. Plusieurs jardiniers expérimentés le rappellent : il faut impérativement réaliser ses boutures avant la mi-juillet pour garantir une fructification suffisante avant l’arrivée du froid, passé cette date, mieux vaut garder ses gourmands pour le purin de tomate plutôt que pour un verre d’eau qui ne servira à rien. C’est d’ailleurs pour cette raison que la fenêtre de tir la plus rentable se situe plutôt en juin ou début juillet, quand le décalage de croissance entre le plant mère et la bouture permet d’arriver à maturité pile au moment où les pieds d’origine commencent à faiblir, au moment où les plants d’origine commencent à s’épuiser, fin août ou en septembre, alors que vos pieds d’origine commencent à s’épuiser en fin d’été, ces jeunes boutures prennent la relève avec une belle vigueur, vous prolongez ainsi vos récoltes de quatre à six semaines supplémentaires à l’automne.

Alors pourquoi certains jardiniers s’y prennent-ils quand même à la mi-août ? Parce que l’objectif n’est plus forcément une récolte tardive en pleine terre. Une bouture prise mi-août, mise sous serre, sous tunnel ou rentrée en pot à l’intérieur, peut donner quelques fruits en climat doux, ou surtout servir à conserver une variété rare d’une saison à l’autre en la faisant hiverner comme une plante d’appartement. Des boutures tardives (juillet-août) peuvent être rentrées sous abri pour prolonger la récolte jusqu’aux premières gelées, à condition d’accepter que le rendement final reste modeste comparé à une bouture de juin.

Un geste anti-gaspi qui mérite quelques précautions

Un dernier point, souvent négligé : ne jamais prélever de gourmand sur un plant malade. Ne bouturez jamais un plant qui montre le moindre signe de maladie comme le mildiou ou l’oïdium, vous ne feriez qu’importer le problème pour l’année suivante. Un sécateur ou un couteau bien propre, passé à la flamme ou à l’alcool avant la coupe, évite aussi de transmettre des cochonneries d’un plant à l’autre. Pour ceux qui cultivent plusieurs variétés, un simple feutre sur le verre suffit à ne pas confondre les cœurs-de-bœuf et les cerises une fois les jeunes plants repiqués. Un détail dérisoire en apparence, mais qui évite bien des surprises à la récolte suivante.

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