Quand et comment tailler un géranium ?

Le géranium de balcon, celui qui déborde des jardinières de mai à octobre, se taille à l’automne, juste avant de rentrer les pots à l’abri du gel, donc généralement en octobre. On retire les fleurs fanées et les feuilles abîmées, puis on raccourcit les tiges d’un tiers à la moitié, au-dessus d’un nœud, avec un sécateur propre. Une seconde taille plus franche, en février-mars, relance une plante dense et fleurie. Le géranium vivace de pleine terre suit un autre calendrier : fin d’automne ou premier printemps, près du sol.

Nous sommes le 6 octobre, la fenêtre de tir s’ouvre donc maintenant. Reste à savoir de quelle plante on parle, car le mot « géranium » en désigne deux qui n’ont presque rien en commun côté ciseaux.

Pélargonium ou géranium vivace : identifier le vôtre avant de couper

Le « géranium » des balcons est en réalité un pélargonium, genre originaire d’Afrique du Sud. Les deux noms viennent du grec, l’un pour la cigogne (pelargos), l’autre pour la grue (geranos), à cause de la forme du fruit en bec d’oiseau. Les botanistes les ont séparés à la fin du XVIIIe siècle, mais l’usage courant, lui, n’a jamais suivi. Résultat : on achète un « géranium » en jardinerie, et on ignore qu’il craint le gel quand son homonyme survit à -15 °C dans la plate-bande voisine.

Le test rapide avant de sortir le sécateur

Trois indices suffisent. Un pélargonium a des tiges épaisses qui se lignifient à la base, un feuillage souvent épais, parfois marqué d’un zonage sombre, des fleurs groupées en ombelles bien rondes, et vit en pot. Un géranium vivace forme une touffe basse qui repart de la souche chaque printemps, avec des fleurs à cinq pétales simples, souvent bleu, violet ou rose, et reste en pleine terre l’hiver. Si la plante passe la mauvaise saison au garage, c’est un pélargonium. Et à l’intérieur de cette famille, mieux vaut distinguer le zonal (port dressé), le lierre (tiges retombantes) et le pélargonium à grandes fleurs, dit des fleuristes (fleurs froissées, plus capricieux).

Type Période de taille Hauteur de coupe Précautions
Pélargonium zonal Octobre avant la rentrée, puis février-mars Un tiers à la moitié en automne ; 2 à 3 yeux par tige en fin d’hiver Toujours au-dessus d’un nœud, jamais dans le bois nu
Pélargonium lierre Octobre (léger), puis fin d’hiver Environ un tiers de la longueur des tiges Tiges cassantes, manipuler avec douceur
Pélargonium à grandes fleurs Après la floraison ou avant la rentrée, puis fin d’hiver Un tiers, en gardant plusieurs yeux Taille prudente, repousse plus lente
Géranium vivace Fin d’automne ou février-mars 5 à 10 cm du sol Certaines variétés au feuillage persistant ne se rabattent pas

Tailler un géranium à l’automne avant de le rentrer

La date ne se lit pas sur un calendrier, elle se lit sur le thermomètre. Le pélargonium souffre dès que le mercure approche de zéro, et sa croissance s’arrête bien avant, sous une dizaine de degrés. Dans l’Est, en montagne ou dans le nord du pays, les pots rentrent plutôt à partir de la fin septembre ou de la mi-octobre. Sur le littoral atlantique ou méditerranéen, on peut parfois attendre novembre, à condition de surveiller les prévisions et de pouvoir agir vite en cas d’alerte. Le plus sûr reste de rentrer les pots avant la première nuit annoncée à 3 ou 4 °C.

Le sécateur d’abord. Lames affûtées, passées à l’alcool à brûler ou à l’eau de Javel diluée, parce qu’une coupe franche cicatrise vite et qu’un outil sale transporte champignons et bactéries d’un pot à l’autre. Le même principe vaut pour tailler les arbustes en automne, mais ici l’enjeu est plus serré : une plante en pot, enfermée dans un local peu aéré, ne pardonne pas une plaie qui suinte.

Les gestes, dans l’ordre

On commence par le ménage : fleurs fanées, boutons qui ne s’ouvriront plus, feuilles jaunes ou tachées, tout part, sans oublier celles déjà tombées sur le substrat. C’est là que la pourriture grise (botrytis) s’installe en hivernage. Ensuite, on raccourcit les tiges d’un tiers à la moitié, en coupant en biais à environ 5 mm au-dessus d’un nœud, ce renflement d’où partira la future pousse. On vise un feuillage qui reste visible : la plante doit encore pouvoir faire un peu de photosynthèse pendant l’hiver.

Faut-il tailler court ou léger ? Cela dépend du local. Une véranda lumineuse à 10 °C permet de couper léger et de garder des feuilles actives. Un garage sombre ou une cave réclame une taille plus courte, car la plante, privée de lumière, filera et pourrira sinon. Pour un lierre ou un pélargonium à grandes fleurs, on reste dans le tiers.

Après la coupe, la plante a besoin de lumière, d’un endroit entre 5 et 10 °C, et de très peu d’eau : juste de quoi éviter que la motte se dessèche complètement. Un arrosage généreux sur une plante qui ne pousse plus, c’est la voie royale vers la pourriture. Un coup d’œil toutes les deux semaines suffit pour retirer une feuille tombée ou repérer une cochenille.

Fin d’hiver et printemps : relancer la floraison

Février-mars, quand les jours rallongent et que de petites pousses apparaissent à l’aisselle des feuilles. C’est le moment de la taille franche, celle qu’on appelle recépage. On rabat chaque tige à deux ou trois yeux au-dessus de la base, soit 10 à 15 cm environ au-dessus du pot, en supprimant au passage les tiges grêles ou filées. Cela semble brutal. C’est pourtant ce qui donne un port buissonnant et une floraison abondante dès la sortie des pots en mai, sans oublier de rempoter dans un substrat drainant pour repartir sur de bonnes bases.

Dès que la plante a repris, on pince l’extrémité des jeunes tiges après quatre ou cinq feuilles pour les inciter à se ramifier. Pendant la saison, on supprime les fleurs fanées en coupant la hampe entière à sa base, et pas seulement les pétales : la plante fabrique alors de nouveaux boutons au lieu de produire des graines. Oui, couper les fleurs fanées compte, et beaucoup pour la remontée.

Le géranium vivace suit une logique différente, plus proche d’une vivace de massif. Selon les variétés, on rabat le feuillage à 5 à 10 cm du sol en fin d’automne, ou on attend février-mars pour laisser les feuilles protéger la souche pendant l’hiver. Les types à feuillage persistant, comme le Geranium macrorrhizum, se contentent d’un nettoyage des feuilles abîmées. Un Geranium sanguineum, lui, se rabat sans souci. Après une première floraison, une coupe à ras en été peut aussi provoquer une seconde vague de fleurs.

Pour les règles générales qui s’appliquent à des plantes de pleine terre, comme un thuya ou un érable, les pages sœurs détaillent chaque cas. Ici, c’est la présence du pot et du gel qui commande tout.

Erreurs à éviter et réutilisation des tiges coupées

Beaucoup de géraniums « ratés » le sont à cause de quelques réflexes simples. Voici ceux qui reviennent le plus :

  • couper dans le vieux bois sans œil visible : la tige sèche et ne repart pas ;
  • laisser un chicot de plusieurs centimètres au-dessus du nœud, qui devient une porte d’entrée pour les champignons ;
  • tailler trop tard, quand le gel est déjà là ou que la plante a déjà filé ;
  • utiliser un sécateur sale ou émoussé qui écrase la tige ;
  • arroser abondamment juste après la taille.

Un géranium dégarni à la base, aux tiges nues et filiformes, signale un manque de lumière ou une taille trop timide les années précédentes. Des taches grises duveteuses évoquent le botrytis : on retire les parties atteintes, on aère, on réduit l’arrosage. Une plante qui ne fleurit pas manque souvent de lumière, de pincement ou d’engrais au printemps.

Quant aux tiges coupées, elles ne vont pas au compost. Une tige saine de 8 à 10 cm avec trois ou quatre nœuds fait une bouture. On supprime les feuilles du bas et les boutons, on coupe juste sous un nœud, puis on laisse sécher la plaie quelques heures. On plante ensuite dans un substrat léger et drainant (terreau mélangé à du sable ou de la perlite), on arrose peu et on garde à la lumière, sans soleil direct. Les premières racines apparaissent en trois à six semaines. Les boutures réalisées en fin d’été ou au printemps sont les plus rapides à reprendre.

Ce week-end, prenez dix minutes devant vos pots : identifiez chaque plante, désinfectez le sécateur et faites la première coupe avant la prochaine nuit fraîche. Gardez quelques tiges saines pour des boutures, elles prendront moins de place que les pieds-mères au fond du garage et fourniront, dès le printemps, de quoi regarnir les jardinières sans repasser par la jardinerie. Pour les arbustes du jardin, comment tailler un thuya et les autres plantes de saison vous attendent dans le même cocon.

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