Avant de planter un cerisier ou un pommier, regardez ce qu’un pépiniériste a trouvé dans les racines de ses propres arbres

Un pépiniériste expérimenté, en préparant ses propres cerisiers et pommiers pour la vente, retourne la motte et tombe sur quelque chose qu’il n’attendait pas : des racines brunes et gluantes, ou au contraire des filaments blancs qui dégagent une odeur de champignon. Pas une anomalie rare. Une réalité fréquente, que la plupart des jardiniers ignorent au moment crucial, celui où ils creusent le trou de plantation.

Ce type de découverte, sous-estimé, est pourtant au cœur de toutes les déceptions que l’on vit au jardin : l’arbre qui végète sans raison apparente, les feuilles qui jaunissent dès le premier été, la récolte qui n’arrive jamais. Le problème n’est pas dans le ciel. Il est dans le sol, invisible, déjà là.

À retenir

  • Des champignons pathogènes se cachent souvent dans les racines des arbres vendus en pépinière — savez-vous les identifier ?
  • La plupart des jardiniers commettent une erreur fatale dès la plantation qui ouvre la porte à ces maladies
  • Un geste simple d’examen des racines avant la mise en terre peut épargner dix ans de problèmes

Ce que cachent les racines d’un arbre fruitier

Avant même de creuser le trou de plantation, deux menaces souterraines méritent toute votre attention. La première, c’est le pourridié, aussi appelé armillaire. Ce champignon, présent dans le sol, se développe au contact du bois mort : d’abord des filaments blancs microscopiques, le mycélium, qui progressent dans le sol pour former des rhizomorphes capables de s’enrouler autour des racines d’un arbre voisin et de les faire pourrir. Petit à petit, c’est tout le système racinaire qui est touché, jusqu’à la base du tronc, le champignon s’insérant entre l’écorce et le bois, entraînant à terme la mort de l’arbre.

On rencontre l’armillaire sur les cerisiers, les pommiers, les kiwis, les figuiers, les noyers et bien d’autres fruitiers encore. Ces champignons dégradent les racines et entraînent un dépérissement de l’arbre. Le plus troublant ? Il n’existe aucun traitement réellement efficace contre cette maladie. Quand les bouquets de champignons couleur miel apparaissent au pied du tronc en automne, c’est un signe qui ne trompe pas, mais il est souvent trop tard.

L’autre menace est plus diffuse mais tout aussi destructrice : la pourriture racinaire. La pourriture racinaire est très fréquente. Elle peut affecter pratiquement toutes les espèces de végétaux, y compris les arbres fruitiers. Grave par les dégâts qu’elle occasionne, sa facile diffusion et la persistance assez longue de ses agents pathogènes dans le sol, elle est quasiment impossible à éradiquer une fois qu’elle a démarré dans un jardin. Les agents responsables, Phytophthora, Pythium, Fusarium, Rhizoctonia, peuvent survivre dans le sol pendant des années sans hôte, attendant patiemment des conditions favorables.

Les signaux que personne ne lit avant de planter

La plupart des jardiniers achètent leur arbre fruitier en regardant le feuillage. La densité, la couleur, la charpente. Personne ou presque ne retourne la motte pour examiner les racines. C’est là que réside l’erreur fondamentale.

Après avoir sorti l’arbre du conteneur, il faut examiner les racines. Si elles ont formé un « chignon », racines qui ont tourné dans le pot — il faut les griffer légèrement pour les détacher ou couper l’excédent si nécessaire. Mais un pépiniériste rigoureux ira plus loin : il cherchera des racines décolorées, des zones brunes ou molles, des filaments suspects. Si vous dégagez les premières racines et qu’elles apparaissent pourries, d’un brun gluant, l’arbre est déjà compromis avant même d’être mis en terre.

Pour les arbres à racines nues, les plus courants dans les pépinières sérieuses, la procédure d’habillage est un révélateur. L’habillage consiste à raccourcir, juste avant la plantation, toutes les racines. Il permet d’obtenir un système racinaire homogène et de faciliter une bonne reprise de végétation. Lors de l’arrachage des arbres fruitiers, les racines peuvent avoir été blessées ; il convient donc de supprimer les parties cassées ou mutilées avec un outil bien tranchant et propre. C’est à ce moment que l’œil exercé détecte ce qui ne va pas. Une section noire. Une odeur d’humus trop fort. Des filaments filamenteux entre les racines.

Le diagnostic se fait en décollant un morceau d’écorce à la base du tronc ou au départ d’une racine : un feutrage blanchâtre très dense, à forte odeur de champignon, signe la présence du pourridié. Rare dans une pépinière professionnelle bien gérée, mais présent dès que l’arbre a séjourné dans un substrat humide trop longtemps, ou qu’il provient d’un lot contaminé.

Les vraies erreurs de plantation qui ouvrent la porte aux maladies

Même avec un arbre parfaitement sain à la sortie de la pépinière, les maladies racinaires peuvent s’installer si la plantation est mal exécutée. La première faute : enterrer le collet. Planter trop profond est l’erreur numéro un. Un arbre dont le collet est enterré voit ses racines étouffées et son point de greffe exposé à la pourriture. Un détail que des milliers de jardiniers commettent chaque automne, convaincus que planter profond, c’est planter solide.

Le drainage du sol est un autre facteur déterminant, trop souvent négligé. Un bon drainage est nécessaire pour éviter que l’eau ne stagne autour des racines, ce qui pourrait entraîner la pourriture des racines et d’autres maladies. Or un sol argileux, un fond de vallée, un jardin nouvellement planté sur un terrain remblayé, autant de situations où l’eau reste prisonnière des couches profondes. Le pourridié se développera plus facilement dans un milieu humide et trop riche en matière organique.

La période de plantation compte autant que le geste. Il est conseillé de planter un arbre fruitier en pleine terre entre mi-octobre et fin avril, avec une préférence pour l’automne ou le début de l’hiver. L’automne est particulièrement favorable en raison des pluies qui humidifient la terre, facilitant ainsi l’enracinement. Un cerisier planté en juin en plein soleil n’a aucune chance de développer son réseau racinaire avant les chaleurs. Les trois années suivant la plantation constituent la période critique car les arbres doivent former un nouveau système racinaire. Les apports d’eau devront être très réguliers durant cette période, surtout par temps chaud et sec.

Ce qu’on fait quand le mal est déjà là, et ce qu’on prépare pour l’éviter

Un sol contaminé par le pourridié ou la pourriture racinaire n’est pas condamné, mais il impose des contraintes sévères. Le champignon se propage très facilement dans le sol. Il est donc nécessaire d’enlever la terre atteinte sur une profondeur de 50 cm. Laissez ainsi le trou à l’air libre pendant un an, les champignons n’aiment pas l’air et la lumière. Évitez de replanter des arbres et arbustes à cet endroit. Quatre ans minimum de plantes annuelles à la place, avant d’y remettre un fruitier.

La prévention, en revanche, reste accessible à tous. Le champignon s’attaque en priorité aux végétaux affaiblis par la sécheresse ou les attaques d’insectes, et cultivés en sol pauvre. Pendant les travaux au jardin, faites attention de ne pas blesser les arbres ou leurs racines : les plaies sont des portes ouvertes aux champignons. Appliquer un cicatrisant après chaque taille, c’est un geste aussi simple qu’une application de baume sur une coupure.

Pour les maladies aériennes, moniliose, chancre bactérien, tavelure, la logique est la même : la moniliose touche aussi bien les fruits à pépins que les fruits à noyaux, notamment cerisier, prunier et abricotier. Les fruits momifiés restent accrochés aux branches durant l’hiver, constituant un foyer d’infection pour la saison suivante. Ramasser ces fruits oubliés au mois de novembre, c’est casser le cycle d’infection avant même qu’il ne recommence.

Les variétés jouent un rôle que beaucoup sous-estiment. De nombreuses variétés modernes de pommiers, poiriers et pêchers ont été sélectionnées pour leur résistance naturelle aux maladies. Si vous plantez de nouveaux arbres, renseignez-vous sur les variétés résistantes à la tavelure, à la cloque ou à l’oïdium. C’est la meilleure assurance contre les problèmes futurs. Un choix fait au moment de l’achat, une conversation de dix minutes avec un pépiniériste sérieux, peut épargner dix ans de traitements.

Ce que ce pépiniériste a trouvé dans ses racines, c’est finalement un rappel que le jardin commence sous la surface. Les arbres qui bougent légèrement au vent développent des troncs plus épais et des systèmes racinaires plus profonds que ceux maintenus rigidement, c’est vrai aussi pour leur rapport au sol : un arbre planté dans un terrain sain, à la bonne profondeur, au bon moment, construit une résistance naturelle que aucun traitement ne peut remplacer. Le plus grand service qu’on puisse rendre à un futur cerisier ou pommier, c’est de le choisir les yeux ouverts et les mains dans la terre — avant même de le planter.

Laisser un commentaire