Les tontes fraîches au pied des légumes, c’est le geste instinctif du jardinier économe. Recycler, pailler, nourrir le sol en un seul mouvement. Logique. Mais le résultat, dans un carré de courgettes, peut être exactement l’inverse de ce qu’on espérait.
Une semaine après avoir déposé une belle couche d’herbe verte autour de mes plants, j’ai remarqué que les tiges mollissaient à la base. En grattant avec un doigt, j’ai découvert une bouillie grisâtre, chaude, qui sentait la fermentation. L’herbe fraîche n’avait pas séché. Elle avait cuit. Et sous cette masse compacte, le collet des courgettes baignait dans l’humidité depuis sept jours.
À retenir
- Pourquoi l’herbe fraîche devient une bombe humide au pied de vos légumes
- La fonte de collet : le processus silencieux qui tue définitivement vos courgettes
- L’astuce souvent oubliée pour utiliser les tontes sans risque
Ce qui se passe réellement sous une couche d’herbe fraîche
L’herbe coupée contient entre 70 et 85 % d’eau. Étalée épaisse, elle se tasse immédiatement, forme une croûte imperméable et entre en décomposition anaérobie, c’est-à-dire sans oxygène. La température au cœur du tas peut dépasser 50°C en moins de 48 heures, un phénomène qu’on observe aussi dans les andains de compostage. La différence, c’est qu’au compost, cette chaleur est contrôlée et isolée du végétal vivant. Au pied d’une courgette, elle brûle directement les tissus tendres du collet.
Ce processus favorise aussi le développement de champignons pathogènes, notamment Pythium et Rhizoctonia, deux agents du fonctionnement du sol responsables de la fonte des semis et du pourrissement des collets. Ces champignons adorent les milieux chauds, humides et privés d’air. Une couche de tonte fraîche compactée constitue un habitat idéal pour eux, posé directement contre la plante.
Le résultat visible : la tige noircit à la base, la plante s’affaisse le matin, se redresse péniblement à midi, puis finit par s’effondrer définitivement. On parle de « fonte de collet ». Une fois installée, elle est rarement réversible sur courgette.
L’erreur de principe, pas d’intention
Le paillage avec les tontes est une bonne idée. Le problème n’est pas le matériau, c’est son état au moment de l’application. L’herbe fraîche a besoin de pré-sécher avant d’être utilisée comme paillis. Deux à trois jours étalée finement au soleil, retournée une fois, et elle perd suffisamment d’humidité pour ne plus fermenter au contact du sol. Elle devient alors un excellent paillis léger, qui laisse passer l’air, limite l’évaporation sans asphyxier, et se décompose progressivement pour enrichir le sol en azote.
L’épaisseur joue aussi un rôle déterminant. Cinq centimètres d’herbe sèche, c’est efficace. Cinq centimètres d’herbe fraîche, c’est une bombe humide. Et la couche ne doit jamais toucher directement le collet de la plante, quelle que soit la nature du paillis. Un espace libre de 5 à 10 centimètres autour de la tige suffit à éviter les remontées d’humidité contre les tissus.
Les courgettes sont particulièrement exposées parce que leurs tiges sont charnues, gorgées d’eau, et que leur croissance rapide sollicite constamment la zone du collet. Une tomate ou un poivron, plus lignifiés à la base, résistent mieux à ce type d’agression. La courgette, elle, pardonne peu.
Comment récupérer la situation et mieux pailler ensuite
Si les symptômes sont détectés tôt, retirer le paillis problématique et laisser le sol sécher au soleil pendant deux à trois jours peut stopper la progression. Une légère application de cendres de bois autour du collet aide à assécher la zone et à créer un environnement défavorable aux champignons. Certains jardiniers utilisent aussi la poudre de prêle séchée, connue pour ses propriétés antifongiques légères, même si l’efficacité reste conditionnée à une détection précoce.
Pour les plants déjà très atteints, la brutalité s’impose : arrachez, désinfectez le sol à la cendre ou au vinaigre dilué, attendez avant de replanter au même emplacement. La rotation des cultures n’est pas qu’une théorie d’agronome, c’est précisément pour éviter ce type de contamination fongique que les jardiniers alternent les familles botaniques d’une année sur l’autre.
Pour la suite, les alternatives au paillis d’herbe fraîche ne manquent pas. La paille de blé ou d’orge, naturellement sèche, reste le paillis de référence pour les cucurbitacées. Le foin séché fonctionne aussi. Le BRF (bois raméal fragmenté) apporte une dimension supplémentaire en stimulant les champignons mycorhiziens bénéfiques du sol. Et si les tontes restent le seul matériau disponible, elles peuvent être mélangées à de la matière sèche (feuilles mortes, carton déchiqueté) pour équilibrer le ratio carbone/azote et ralentir la fermentation.
Un détail que peu de guides mentionnent : les premières tontes de printemps sont les plus dangereuses. L’herbe jeune, très azotée, fermente deux fois plus vite que les tontes de fin d’été, plus fibreuses et moins gorgées de sève. Si vous paillez en mai-juin, période où les courgettes sont justement en pleine croissance, le risque est à son maximum. Les tontes de septembre peuvent quant à elles s’utiliser fraîches avec moins de dégâts, à condition de ne pas dépasser trois centimètres d’épaisseur.