Les maraîchers ne coupent jamais ce rameau sur leurs tomates cerises : il double la récolte

Chaque été, le même scénario se répète dans des milliers de jardins français : on pince méticuleusement tous les gourmands des tomates, convaincus de bien faire. Résultat ? Un plant propre, bien structuré… et une récolte de tomates cerises deux fois moins abondante que prévu. Le secret que les maraîchers ont compris depuis longtemps, c’est que la tomate cerise n’est pas la tomate. La traiter de la même façon, c’est se priver de grappes entières de fruits.

À retenir

  • Les gourmands des tomates cerises ne sont pas des parasites mais des producteurs de fruits
  • Tailler systématiquement les tomates cerises revient à couper sa propre récolte
  • Les maraîchers utilisent une stratégie bien plus nuancée que le pinçage systématique

Le « gourmand » de tomate cerise n’en est pas vraiment un

Le terme « gourmand » vient de l’arboriculture. En réalité, les « gourmands » des tomates sont simplement des tiges secondaires : le terme relève plus de l’arboriculture et désigne un rameau qui se développe à partir d’un œil à bois. Mais sur les tomates cerises, ces tiges secondaires ont une particularité que beaucoup ignorent : laissez-les pousser et vous verrez que les soi-disant gourmands produiront fleurs et fruits. Ces « gourmands » sont donc des tiges secondaires. Les laisser pousser pourrait même vous permettre de doubler la récolte de tomates.

C’est là que tout bascule. Retirer les gourmands est inutile pour certaines variétés de tomates, en particulier celles qui produisent des fruits de petite taille. La tomate cerise, par exemple, donne des fruits abondants malgré la présence de ces tiges. le rameau qu’on s’empresse de supprimer est précisément celui qui allait porter les prochaines grappes. Couper ça, c’est couper sa propre récolte.

À l’inverse de la pensée populaire, les tiges secondaires qui poussent sur les tomates ne sapent pas l’énergie de la plante : elles lui en fournissent. Toute l’énergie de nos amis les végétaux vient de la photosynthèse et celle-ci est faite par les parties vertes de la plante. Plus de feuilles, plus de photosynthèse, plus de sucres, et des tomates qui ont, en prime, meilleur goût. Les tomates seront de dimensions légèrement inférieures à celles produites par une plante taillée. En revanche, elles ont souvent meilleur goût puisque la plante a plus de feuilles, donc plus d’énergie pour transformer l’énergie solaire en sucre.

Ce que font vraiment les maraîchers (c’est plus nuancé qu’on croit)

Ce n’est pas pour rien que les maraîchers, qui comptent sur leur récolte pour vivre, taillent les tomates pour plus de 90 % d’entre eux. Mais attention, ils ne taillent pas de la même façon selon qu’ils cultivent de grosses tomates ou des cerises. Sur les variétés à gros fruits, supprimer les gourmands concentre la sève vers quelques fruits bien charnus. Les anciennes espèces de tomates avec de gros fruits s’accommodent mal avec les gourmands. Ces tiges causent notamment le ralentissement de la croissance des variétés qui produisent des bouquets floraux en petite quantité.

Sur la tomate cerise, la logique s’inverse. On isole souvent ce cas précis puisqu’ici les tomates n’ont pas à bien grossir. On pourra alors bien plus facilement laisser buissonner les plants et récolter à la folie. La stratégie des professionnels aguerris ? Certains jardiniers se contentent de supprimer les gourmands situés en dessous de quarante centimètres du sol pour favoriser l’aération de la base du plant, tout en laissant se développer librement la partie supérieure. Cette stratégie permet de préserver une production abondante tout en limitant le temps consacré à l’entretien.

Concrètement, cela donne un plant qui part sur deux ou trois tiges principales plutôt que sur une seule. On pourra supprimer une grande partie des gourmands et parfois en laisser un ou deux. Le plant de tomates va ainsi se développer sur deux ou trois tiges principales. C’est un très bon compromis qui permet de tuteurer ses plants sans trop de difficulté tout en espérant des récoltes plus conséquentes.

Variétés déterminées ou indéterminées : le critère qui change tout

Tout ne se taille pas à l’identique. La règle d’or, c’est de connaître son plant avant de sortir le sécateur. Les variétés à croissance indéterminée, comme ‘Sweet 100’ ou ‘Black Cherry’, gagnent à être tuteurées et à ce que l’on supprime une partie de leurs gourmands pour aérer la plante et faciliter la récolte. En revanche, les variétés naines ou buissonnantes, comme ‘Tiny Tim’, n’ont pas besoin de taille, voire la supportent mal.

Les tomates cerises, qu’elles soient déterminées ou indéterminées, méritent une approche spécifique. Leur forte capacité de production et leur vigueur naturelle permettent d’obtenir d’excellents rendements sans taille systématique. Pour les variétés les plus touffues, une intervention ciblée reste utile, non pas pour supprimer des gourmands productifs, mais pour éviter l’étouffement du plant. Pour les variétés extrêmement touffues, si vous constatez un étouffement de la plante et un ralentissement significatif de la fructification, vous pouvez supprimer une partie des gourmands pour permettre à l’air et à la lumière de mieux circuler.

Un plant bien soigné peut produire pendant plusieurs mois. Un plant bien soigné peut produire de juin-juillet jusqu’en octobre, tant que les températures restent douces et qu’il n’y a pas de gelée. Autant de raisons de ne pas l’amputer inutilement dès juillet.

Quand et comment intervenir sans abîmer la plante

Si vous décidez tout de même de tailler, pour aérer la base ou maîtriser un plant qui envahit tout le carré potager — la technique compte autant que le moment. Il est préférable d’intervenir par temps sec, de préférence le matin après l’évaporation de la rosée, afin de limiter les risques d’infection par des agents pathogènes qui pourraient pénétrer par les plaies.

Pour les jeunes pousses, pas besoin d’outil. Elles se détachent facilement en les pinçant entre le pouce et l’index, sans nécessiter l’usage d’un outil. Si les gourmands ont déjà atteint une taille plus importante, l’utilisation d’un sécateur propre et bien aiguisé devient indispensable pour réaliser une coupe nette qui cicatrisera rapidement. Et surtout, il est plutôt conseillé de couper régulièrement que de faire une taille massive d’un seul coup car le pied serait trop fragilisé par de nombreuses coupes.

Bonne nouvelle pour les jardiniers pressés : les gourmands retirés ne doivent pas être jetés sans réflexion. Ils peuvent être replantés pour créer de nouveaux plants ou ajoutés au compost pour enrichir le sol. Une tige de 10 cm plongée dans un verre d’eau quelques jours développe ses propres racines, et vous donne un plant supplémentaire entièrement gratuit.

La vraie question, au fond, n’est pas « faut-il tailler ? » mais « qu’est-ce qu’on cherche à produire ? ». Quantité de petites tomates juteuses par dizaines, ou quelques fruits calibrés ? Sur la cerise, le buissonnement maîtrisé bat presque toujours la taille sévère. Et si un plant commence à ressembler à une jungle incontrôlable sur votre terrasse, peut-être que la solution est moins dans les ciseaux que dans un meilleur tuteurage, une cage de tomates ou un filet vertical qui guide la plante sans la contraindre.

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