Des feuilles qui se boursouflent, rosissent, s’enroulent sur elles-mêmes dès avril. Ce tableau, des milliers de propriétaires de jardin le découvrent chaque printemps avec inquiétude. Bonne nouvelle : c’est identifiable en trente secondes. Mauvaise nouvelle : si vous ne bougez pas dans les prochaines 48 heures, votre récolte de pêches est probablement compromise pour toute la saison.
À retenir
- Vous avez 48 heures pour intervenir avant que la maladie ne détruise votre récolte de la saison
- Il existe un test simple pour distinguer la cloque d’une autre maladie… et les traitements sont totalement différents
- Ce que vous ferez cet automne déterminera si votre pêcher sera intact ou ravagé l’année prochaine
Ce que vous voyez, c’est une cloque, et c’est du sérieux
Des feuilles boursouflées, enroulées sur elles-mêmes, rosies voire rougies : voici les symptômes de la cloque du pêcher, une maladie provoquée par un champignon, Taphrina deformans, qui se manifeste lors de printemps froids et humides. L’évolution est rapide et suit un scénario bien rodé. Au cours du développement de la maladie, les feuilles se gaufrent et s’enroulent sur elles-mêmes, puis elles épaississent, restent roses ou jaunissent tout en devenant cassantes et en se couvrant de blanc.
Les parties cloquées sont très volumineuses et se colorent de rouge, ce qui distingue ces déformations de celles provoquées par le puceron vert du pêcher. Un détail utile : si vous dépliez la feuille et qu’elle est molle et vide à l’intérieur, c’est un puceron. Si le tissu lui-même est épaissi, dur, gaufré, c’est la cloque. Deux pathologies, deux réponses totalement différentes.
En cas d’attaque précoce sur les jeunes rameaux, les feuilles se crispent, se décolorent puis se recroquevillent et se dessèchent, et la croissance des rameaux s’arrête, ce qui peut très fortement réduire la production de fruits. L’impact sur la récolte, c’est donc l’enjeu central. Si l’attaque survient très tôt au printemps et défeuille l’arbre, la récolte peut être totalement perdue. Si elle apparaît plus tard, elle est souvent seulement réduite, avec des fruits plus petits.
Comprendre pourquoi ça arrive maintenant
Le champignon Taphrina deformans hiverne sous forme de spores et de filaments sur l’écorce, dans les écailles des bourgeons ou dans les crevasses des rameaux. Au printemps, lorsque la température dépasse environ 10 °C et que l’air est humide, les spores germent et contaminent les tissus jeunes au moment de leur sortie.
Les attaques sur les feuilles se produisent préférentiellement à des températures comprises entre 10 et 21 °C, et le développement de la maladie est favorisé par l’eau libre et une pluviométrie supérieure à 10 mm pendant 24 heures. Un printemps doux et pluvieux, donc. Exactement ce que beaucoup de régions françaises connaissent en avril. La maladie passe inaperçue une partie de l’année, et sa présence est souvent détectée quand il est trop tard pour intervenir. C’est précisément le piège.
Le champignon a une autre caractéristique qui agace : il récidive. Un sujet touché plusieurs années consécutives risque de s’épuiser pour finir par mourir. En raison de la première chute de feuilles précoce, le pêcher produit une deuxième feuillaison qui nécessite beaucoup d’énergie, souvent au détriment de la production de fruits, et le fruitier finit par décliner petit à petit.
Ce que vous pouvez encore faire dans les 48 heures
Soyons directs sur un point : il n’existe pas de « guérison » des feuilles déjà cloquées. On agit pour limiter la propagation et aider l’arbre à refaire un feuillage sain. Mais « limiter » ici peut faire toute la différence entre un arbre qui repart et un arbre épuisé.
Premier geste, immédiat : supprimez les feuilles très atteintes, pas toutes, pour préserver la photosynthèse, ainsi que les rameaux sévèrement touchés. Ne mettez surtout pas ces parties dans votre compost car cela infecterait d’autres arbres. Brûlez-les, ou jetez-les dans les ordures ménagères résiduelles.
Après avoir retiré les parties infectées, pulvérisez l’arbre avec un traitement adapté. Le plus couramment utilisé reste la bouillie bordelaise. Pulvérisez bien de haut en bas pour couvrir l’ensemble de la ramure. Même si la fenêtre idéale pour ce traitement est passée (elle se situe avant le débourrement), une application maintenant ralentit la dissémination des spores vers les nouvelles pousses. Si vous arrivez après la bataille et que les dégâts sont déjà apparents, couper et brûler les premières feuilles atteintes reste une ressource pour réduire la progression du champignon.
En complément, vous pouvez pulvériser des décoctions de prêle sur le jeune feuillage déjà bien développé, du mois d’avril au mois de juin, toutes les deux semaines si nécessaire, afin de limiter les pulvérisations de cuivre. La prêle renforce la résistance des tissus foliaires sans agression chimique. Une option à ne pas sous-estimer dans une démarche de jardinage raisonnée.
Ce que vous faites cet automne détermine la saison prochaine
La vraie bataille se joue hors saison. Un traitement préventif à base de cuivre permet de juguler la maladie : agissez à trois moments clés en pulvérisant 15g/L de bouillie bordelaise, à la chute des feuilles en automne, en février quand les bourgeons commencent à gonfler, puis 15 jours après la deuxième pulvérisation.
La nutrition de l’arbre, c’est l’autre levier souvent négligé. Les carences en zinc et en bore rendent le pêcher plus vulnérable à la cloque. Apportez du compost à l’automne, couvrez le sol d’un mulch. Les spores ne sont pas capables de vivre dans le compost, ni dans le mulch, ni dans le sol. Un sol vivant, bien couvert, coupe donc le cycle de contamination.
Pour le choix de l’emplacement, plantez toujours vos pêchers en plein soleil : la chaleur matinale fait sécher le feuillage rapidement, car l’humidité stagnante est l’ennemie numéro un. Une taille aérée permet à l’air de circuler et empêche le champignon de s’installer durablement. Ce que peu de jardiniers savent, c’est que certaines variétés anciennes résistent nettement mieux. Parmi les cultivars recommandés figurent ‘Amsden’, ‘Charles Ingouf’ et ‘Sanguine de Savoie’. Si votre pêcher actuel est régulièrement ravagé depuis plusieurs années, la question du remplacement par une variété tolérante mérite d’être posée sérieusement, pas pour cette saison, mais pour la prochaine plantation.
L’offensive de la cloque se termine généralement en mai avec les premières périodes de temps chaud et sec qui stoppent le développement du champignon. L’arbre peut alors en profiter pour faire de nouvelles feuilles, s’il n’a pas été trop affaibli. Ce rebond est réel, à condition d’avoir agi à temps et de soutenir l’arbre par des apports de purin d’ortie pendant sa reconstitution foliaire. La cloque n’est pas une condamnation à mort pour votre pêcher. Mais deux ou trois saisons d’inaction consécutives, elles, peuvent l’être.
Sources : lesfruitiersdemile.fr | bio-enligne.com