Le laurier-palme (Prunus laurocerasus) reste la haie persistante la plus plantée dans les jardins français, et pour de bonnes raisons : il pousse de 40 à 60 cm par an, forme un écran dense en trois ans et supporte la plupart des sols. Il a aussi des défauts sérieux, que les pépinières mentionnent rarement au moment de l’achat.
- Le laurier-palme pousse de 40 à 60 cm par an et forme un écran en trois ans.
- Toutes ses parties contiennent des composés cyanogènes, toxiques si elles sont mâchées.
- La taille au taille-haie abîme les grandes feuilles, qui noircissent sur les bords.
Laurier-palme, laurier du Portugal, laurier-sauce : de quoi parle-t-on ?
Sous l’appellation « laurier », on range trois plantes différentes. Le laurier-palme (ou laurier-cerise) a de grandes feuilles vernissées de 10 à 20 cm, le laurier du Portugal (Prunus lusitanica) des feuilles plus petites et des tiges rougeâtres, tandis que le laurier-sauce (Laurus nobilis) est l’arbuste aromatique de la cuisine, bien plus lent à pousser.
Le laurier-tin (Viburnum tinus) se glisse parfois dans la liste, alors qu’il appartient à une autre famille. Sa floraison hivernale rose et blanche en fait un bon candidat pour une haie fleurie, avec une hauteur plus modeste, autour de 2 à 3 mètres.
Le choix de l’espèce conditionne tout le reste.
Pour une haie rapide et opaque, le laurier-palme domine. Pour une allure plus élégante et une meilleure résistance au froid comme à la sécheresse, le laurier du Portugal est souvent préféré par les paysagistes, même s’il demande un peu de patience et coûte plus cher à l’achat.
Planter sans se tromper
La période idéale s’étend d’octobre à mars, hors période de gel, quand le sol est encore tiède ou simplement humide. Les plants en conteneur se plantent presque toute l’année, mais ceux de l’été exigent un arrosage régulier pendant les deux premières saisons.
Côté densité, comptez un plant tous les 1 à 1,25 m pour une haie libre de laurier-palme, soit environ 1 pied par mètre linéaire pour un effet rapide. Les variétés compactes, comme celles vendues pour les haies taillées, tolèrent un espacement un peu plus serré.
Un trou deux fois plus large que la motte, un fond ameubli, un apport de compost mûr : rien de sophistiqué. Le paillage (écorces, BRF, tonte séchée) sur 5 à 8 cm d’épaisseur limite l’évaporation et freine les herbes concurrentes.
Le laurier n’aime pas les sols asphyxiés.
En terrain argileux gorgé d’eau l’hiver, les racines pourrissent et les feuilles jaunissent par plaques. Plantez alors sur une légère butte, ou drainez le fond du trou avec une couche de graviers. Les sols très calcaires provoquent de leur côté une chlorose, repérable à des feuilles jaune pâle aux nervures vertes.
La taille : le point où la haie se gagne ou se perd
Le laurier-palme se taille au sécateur, feuille par feuille, ou au moins avec un sécateur électrique à lame fine. Le taille-haie à lames classiques déchiquette les grandes feuilles, qui noircissent sur les bords et donnent à la haie un aspect brûlé pendant plusieurs semaines.
Deux passages par an suffisent : une taille de formation en fin de printemps, après la floraison, et une reprise en septembre pour garder des lignes nettes. Évitez d’intervenir en pleine canicule ou pendant les gelées, les coupes fraîches supportant mal les extrêmes.
Un laurier peut être rabattu fortement.
Sur une haie devenue trop haute, une taille sévère à la fin de l’hiver, jusqu’à 1,5 m, relance la végétation depuis le vieux bois. Prévoyez une saison pour retrouver un volume correct, et un apport de compost ensuite. Cette tolérance, rare chez les persistants, explique en partie la popularité de l’espèce.
Les revers que l’on découvre trop tard
Le laurier-palme est toxique : feuilles, noyaux et graines contiennent des hétérosides cyanogènes, qui libèrent de l’acide cyanhydrique une fois broyés ou mâchés. Les feuilles fraîches ne présentent pas de danger au simple contact, mais il vaut mieux surveiller enfants et animaux qui mâchonnent tout ce qui dépasse.
Sur le plan écologique, la facture est plus lourde. L’espèce est classée comme envahissante dans plusieurs pays européens et sa culture est déconseillée dans certaines régions, car ses fruits, dispersés par les oiseaux, germent dans les sous-bois. La haie compacte offre aussi peu de ressources aux insectes pollinisateurs, hormis une floraison blanche en grappes d’avril à mai.
Les feuilles ne se décomposent que lentement et acidifient légèrement le sol, ce qui complique les plantations sous la haie. Broyées avant d’aller au compost, elles s’intègrent néanmoins sans difficulté.
Les maladies, enfin, existent. La criblure, provoquée par un champignon, perce les feuilles de petits trous ronds, notamment après un printemps pluvieux. Elle se gère en éliminant les feuilles atteintes et en aérant la haie par la taille, sans traitement lourd dans la plupart des cas.
Quelles alternatives pour une haie plus vivante ?
Le laurier du Portugal, plus sobre et plus rustique, résiste mieux aux sécheresses que son cousin. Le photinia, le troène ou le fusain du Japon constituent des solutions persistantes ou semi-persistantes, tandis que la haie champêtre (charme, noisetier, cornouiller, viorne) accueille oiseaux et insectes, avec un coût de plantation souvent inférieur grâce à des plants à racines nues vendus en hiver.
Au Royaume-Uni, la Royal Horticultural Society recommande désormais de mélanger les essences plutôt que de miser sur une seule, un moyen de limiter les dégâts en cas de maladie.
Un mélange de laurier du Portugal et de lauriers-tins, par exemple, donne un écran dense l’été, fleuri en hiver, sans l’agressivité du laurier-palme.