Une colonie de pucerons qui envahit les rosiers ou les fèves du potager, et au beau milieu de cette masse grouillante, des petites formes sombres, allongées, presque inquiétantes. Réflexe immédiat : attraper le pulvérisateur. Erreur. Ces larves noires sont probablement vos meilleures alliées, et les éliminer serait exactement le contraire de ce qu’il faut faire.
À retenir
- Des créatures apparemment insignifiantes consomment jusqu’à 800 pucerons en quelques jours
- Elles opèrent dans l’obscurité avec une redoutable efficacité que vous ne soupçonnez jamais
- Détruire ces larves serait sabotter votre meilleur système de défense naturel
Ces larves que tout le monde confond avec des ennemis
Les larves de coccinelles, noires et allongées, ressemblent à de minuscules chenilles. Rien dans leur apparence ne suggère la coccinelle ronde et tachetée que tout le monde connaît. Ces larves sont aplaties, de couleur sombre et souvent décorées de taches jaunes à rouges plus ou moins nombreuses. Résultat : la plupart des jardiniers passent à côté de leur présence, ou pire, les écrasent en pensant neutraliser un parasite.
Il existe en réalité plusieurs espèces de larves prédatrices qui cohabitent dans vos massifs au moment des infestations. Parmi les auxiliaires prédateurs, les larves de chrysopes et de syrphes, ainsi que les larves et adultes de coccinelles, sont de gros consommateurs de pucerons de toutes espèces. Chacune a sa morphologie propre, mais toutes partagent la même vocation : réguler les colonies de ravageurs sans le moindre produit chimique.
Les larves de syrphes méritent une attention particulière. Dépourvues de pattes, de couleur blanche ou vert translucide et parfois marbrée, elles mesurent entre 8 et 15 mm. Les femelles déposent leurs œufs isolément ou par paquets généralement au milieu d’une colonie de pucerons, ce qui explique pourquoi on les retrouve précisément là où l’infestation est la plus dense. On pourrait facilement les prendre pour un asticot égaré. Ce serait dommage.
Des appétits qui dépassent l’entendement
Les chiffres donnent le vertige. Une larve de coccinelle à sept points peut consommer plus de 800 pucerons noirs pour atteindre sa taille maximale. Les larves, plus voraces que les adultes, atteignent 300 pucerons journaliers. C’est l’équivalent d’une population entière de pucerons sur un rameau infesté, éliminée en une seule nuit.
Les larves de syrphes ne sont pas en reste. Les larves de syrphes sont, pour la majorité des espèces, aphidiphages, c’est-à-dire consommatrices de pucerons. Au cours de leur développement, qui dure une dizaine de jours, elles consomment entre 400 et 700 pucerons. La larve mange intégralement les plus petits pucerons, mais pour les plus gros, elle aspire l’intérieur de leur corps et recrache la peau, on observe alors ces petites peaux blanches sur les feuilles, signe que la régulation est déjà à l’œuvre.
Les larves de syrphes n’ont pas de pattes, peuvent mesurer jusqu’à 1,5 cm et sont surtout actives la nuit. C’est pourquoi on ne les voit jamais à l’œuvre : elles travaillent en silence, dans l’obscurité, pendant que les fourmis continuent de garder leurs troupeaux de pucerons à quelques centimètres de là. Chez certaines espèces de syrphes, la femelle adulte peut pondre entre 2 000 et 4 500 œufs durant son cycle de vie, ce qui donne une idée du potentiel de colonisation de ces auxiliaires quand les conditions leur sont favorables.
La règle d’or : observer avant d’agir
La tentation de traiter vite est compréhensible. Une colonie de pucerons peut doubler en quelques jours, les feuilles se déforment, la sève s’échappe. Mais avant d’intervenir sur une colonie de pucerons, prenez le temps d’observer attentivement. Si vous voyez des larves de coccinelles allongées et sombres, des coccinelles adultes, des larves de syrphes ou des chrysopes, vous pouvez souvent patienter quelques jours. Les auxiliaires vont réguler la population. En intervenant trop vite, vous risquez de les éliminer eux aussi.
Les insecticides ont la faculté d’éliminer les insectes indésirables, mais ils tuent aussi ceux qui sont utiles, tant pour la pollinisation que pour l’équilibre biologique du jardin. Un traitement au savon noir, appliqué en urgence sur une infestation qui était déjà en train d’être régulée naturellement, efface d’un coup plusieurs semaines de travail silencieux. L’idée est d’accepter une petite présence de pucerons sur certaines plantes, tout en surveillant que l’infestation ne devienne pas massive. Avec le temps, un équilibre se met en place entre ravageurs et auxiliaires.
Transformer son jardin en refuge pour prédateurs
Attirer et retenir ces auxiliaires ne demande pas de grands travaux. L’essentiel tient à la diversité végétale. Les syrphes adultes se nourrissent exclusivement de pollen et de nectar, participant activement à la pollinisation. Pour qu’ils pondent dans vos colonies de pucerons, encore faut-il qu’ils trouvent de quoi se nourrir à l’état adulte à proximité. Les soucis (Calendula), avec leur floraison prolongée de mai à octobre, attirent les syrphes. L’aneth et le fenouil, avec leurs ombelles, nourrissent chrysopes et guêpes parasitoïdes.
Des hôtels à insectes, remplis de tiges creuses, de bûches percées, de paille ou de pommes de pin, offrent des niches pour coccinelles, chrysopes et abeilles solitaires. Ces espaces offrent des refuges naturels aux coccinelles tout au long de l’année. La préservation de quelques mauvaises herbes dans une friche au fond du jardin favorise également leur installation. Un coin de jardin délibérément laissé en désordre, avec des herbes hautes et des fleurs sauvages, vaut mieux que le gazon parfait pour maintenir une population stable d’auxiliaires.
Un détail souvent négligé : la coccinelle à sept points fréquente les plantes herbacées de moins d’un mètre, tandis que la coccinelle à deux points préfère les arbres fruitiers et les arbustes de plus de 2,5 mètres. Jouer sur la stratification végétale, du couvre-sol jusqu’à la haie arbustive, revient à multiplier les niches écologiques et donc les espèces auxiliaires présentes. L’objectif dans un jardin équilibré n’est pas de multiplier une seule espèce à tout prix, mais de favoriser un ensemble d’auxiliaires variés, dont les coccinelles locales, les syrphes, les chrysopes et les oiseaux insectivores. Un jardin qui accueille ces trois familles de prédateurs dispose d’un filet de sécurité bien plus robuste qu’un potager traité aux insecticides, où tout est à recommencer à chaque saison.
Sources : pesticideinformation.fr | jardinage-entomologique.fr